Monde

Dévastation à Sumatra, des centaines de victimes

Jean-Claude Pomonti, mis à jour le 01.10.2009 à 10 h 07

A la tombée de la nuit, la population s'est retrouvée dans la rue, dans le noir absolu et sous les trombes d'eau. La panique a été générale.

Le séisme, de 7,6 sur l'échelle de Richter, s'est produit à 55 kilomètres seulement au nord-ouest de Padang, sur l'île indonésienne de Sumatra. Cette capitale provinciale, de neuf cent mille habitants, a été dévastée le mercredi 30 septembre, à 17h15, soit peu avant la tombée de la nuit sous des tropiques noyés sous la pluie. Des immeubles ont été détruits, y compris un centre commercial, deux hôpitaux, des bâtiments universitaires. Des centaines de citadins se sont retrouvés sous les décombres. Des milliers d'habitations ont été endommagées ou détruites. L'électricité a été coupée, l'aéroport, où la toiture du terminal s'est effondrée, a été momentanément fermé. Les seules communications avec l'extérieur se sont faites par téléphone portable.

A la tombée de la nuit, la population s'est retrouvée dans la rue, dans le noir absolu et sous les trombes d'eau. La panique a été générale, en dépit de la levée, au bout d'une heure, de l'alerte au tsunami. Deux cents cadavres avaient déjà été retirés des décombres jeudi 1er octobre au matin. Mais les premiers bilans ne sont que des indications. Les routes étant coupées, y compris par des écoulements de boue, les autorités ignorent ce qui s'est passé dans les nombreux bourgs et villages des environs. C'est notamment le cas à Pariaman, au nord de Padang, une agglomération de 80.000 habitants où les victimes seraient nombreuses. Il faudra plusieurs jours pour mesurer l'ampleur du désastre et le gouvernement indonésien redoute que le cap des mille morts soit franchi.

Le séisme a été assez violent pour que soit décidée l'évacuation de gratte-ciel à Singapour,- à 450 kilomètres à vol d'oiseau -, et à Kuala Lumpur, un peu plus éloignée. La terre a également tremblée à Jakarta, la capitale indonésienne sur l'île de Java, à plus de 600 kilomètres de l'épicentre. La catastrophe est intervenue moins de vingt-quatre heures après le tsunami - une vague de 3 à 7,5 mètres de hauteur - provoqué par un séisme de 8,0 sur l'échelle de Richter, qui a englouti une partie de l'archipel des Samoa, dans le Pacifique Sud, y faisant plus de 120 victimes.

Situés sur la côte occidentale de Sumatra, Padang et ses environs sont, de longue main, un sujet de préoccupation pour les spécialistes. Cette côte, en effet, est longée par la ligne de faille où se frottent constamment, sous la mer, les plaques tectoniques indo-australienne et eurasienne. C'est l'un des éléments du fameux «cercle de feu» du Pacifique. Les glissements des plaques y sont fréquents et les volcans nombreux. Que Padang en soit victime à son tour n'était qu'une question de temps.

C'est un mouvement, plus au nord, de cette ligne de faille qui a engendré le séisme (9,15 sur l'échelle de Richter) qui a provoqué le tsunami du 26 décembre 2004: 230.000 morts ou disparus sur les côtes de l'Océan indien, dont 170.000 à Atjeh, à la pointe septentrionale de Sumatra. Il a été suivi, dans le même secteur, d'un séisme un peu moins puissant (8,7), qui a fait plus de mille victimes, notamment sur l'île de Nias, au nord-ouest de Padang. Le 27 mai 2006, àYogyakarta, sur la côte occidentale de Java, 150.000 habitations ont été détruites par un autre tremblement de terre. Bilan: cinq mille morts.

Autant que leur intensité, la multiplication des séismes ces dix dernières années laissent penser qu'un «big bang» est de plus en plus probable dans le secteur des îles de la Sonde. Jeudi 1er octobre, en début de matinée, un deuxième séisme (6,9 sur échelle de Richter) s'est produit à 280 kilomètres de l'épicentre du précédent. Depuis le tsunami de 2004, les systèmes d'alerte ont été renforcés et les populations côtières savent ce qu'elles doivent faire quand l'alerte au tsunami est déclenchée. Les secours d'urgence sont mieux organisés. Mais il demeure impossible de prévoir l'intervention et l'intensité d'un séisme.

Il est déjà très difficile de mettre au point la prévention des typhons. Quand le typhon Ketsana a atteint le nord de l'archipel philippin le week-end dernier, il a ravagé une partie de l'île de Luçon et la capitale Manille, où des centaines de personnes sont mortes noyées et pas moins de 2,5 millions de gens se sont retrouvés sans abri. Le typhon s'est rabattu, dans la foulée, sur le centre du Vietnam (74 morts jeudi 1er octobre dans la matinée, 180.000 habitations endommagées ou détruites) et la moitié nord du Cambodge (une douzaine de victimes). Les destructions sont évaluées à des centaines de millions d'euros. Les populations n'ont guère tenu compte des alertes diffusées à la veille de la tempête. Or, même s'il est vrai que Ketsana a été le phénomène le plus puissant en l'espace de quarante ans, les Philippines devraient savoir à quoi s'en tenir: ils sont victimes, chaque année, d'une vingtaine de typhons.

Jean-Claude Pomonti

Image de Une:  Un immeuble détruit à Padang  Crack Palinggi / Reuters

Voir aussi le portfolio Magnum sur le tsunami que en 2004 frappait l'Indonésie, le Sri Lanka, l'Inde et la Thaïlande.

 

 

Jean-Claude Pomonti
Jean-Claude Pomonti (23 articles)
Journaliste
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