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Face aux attentats, la froide résistance de la bourse s’explique

Gérard Horny, mis à jour le 19.11.2015 à 9 h 45

La période de deuil a été de courte durée à la bourse de Paris: hésitante lundi 16, celle-ci s’est envolée le lendemain. La crainte de nouveaux attentats a toutefois pesé sur Wall Street mardi soir.

Minute de silence au New York Stock Exchange le 16 novembre 2015 en hommage aux victimes des attentats | REUTERS/Brendan McDermid

Minute de silence au New York Stock Exchange le 16 novembre 2015 en hommage aux victimes des attentats | REUTERS/Brendan McDermid

Le moins que l’on puisse dire est que cela n’a pas été la panique le 16 novembre à la bourse de Paris, après les attentats du vendredi 13: l’indice CAC 40 a reculé de 0,08%. À l’ouverture du marché, la baisse était nettement plus prononcée, de 1,06%, sans que l’on puisse dire avec certitude que les attentats en étaient la cause principale. Car, le vendredi 13, à Wall Street, l’indice Dow Jones avait perdu 1,16%; la semaine s’était terminée sur un recul de 3,7%, le plus fort depuis le mois d’août. Or, à l’ouverture, la bourse de Paris ne fait souvent que s’inscrire dans le prolongement de la dernière séance de la bourse américaine.

Secteurs plus exposés

On trouve toutefois un impact significatif des événements du week-end dans le détail des cotations. Parmi les plus fortes baisses du jour, on remarque le groupe hôtelier Accord (-4,71%), Air France-KLM (-5,67%), Eurotunnel (-3,04%), Hermès (-1,35%) et LVMH (-1,39%). Ces entreprises appartiennent, sans surprise, aux secteurs considérés comme les plus exposés aux conséquences de ce type d’événement: le tourisme, le transport et le luxe, auxquels il faudrait ajouter la distribution.

Mais, le jour même, aux États-Unis, le marché finit en forte hausse. Le Dow Jones progresse de 1,38% et l’indice S&P 500 de 1,49%, pour deux raisons principales: le cours du baril de pétrole enregistre un net rebond, les valeurs pétrolières remontent (+4,4% pour Chevron, +3,6% pour Exxon Mobil) et les investisseurs misent sur le fait qu’en cas de problèmes en France et dans les pays voisins la Banque centrale européenne assouplira encore sa politique. Du coup, le marché parisien commence la journée de mardi par une hausse modeste (+0,24%), qui gagne progressivement en puissance pour atteindre +2,77% en clôture. Les perdants de la veille regagnent une partie du terrain perdu et même au-delà pour Eurotunnel.

Nouvelle alerte mardi 17

Dans l’après-midi, Wall Street a ouvert en hausse, mais la tendance s’inverse rapidement. D’abord, le pétrole repart à la baisse et, surtout, la nouvelle est tombée de l’annulation du match amical de football à Hanovre entre l’Allemagne et les Pays-Bas à la suite de la découverte d’un colis suspect. Très vite, le Dow Jones abandonne l’essentiel de ses gains; il termine la journée sur une hausse minime de 0,04% tandis que le S&P 500 recule de 0,13%. Contrairement à certaines informations, l’annonce d’une fausse alerte à la bombe sur deux avions d’Air France reliant Los Angeles et Washington à Paris n’a joué aucun rôle dans cette affaire: la nouvelle n’a été connue qu’après la fermeture du marché.

Les attentats ont une incidence d’autant plus faible que le pays visé a une économie de grande taille et diversifiée

Dans le prolongement de ce recul final de la bourse américaine, Paris ouvre mercredi 18 en légère baisse. Le mouvement s’accentue jusque vers 11 heures du matin, puis s’inverse et, au final, la baisse est limité à -0,62%. On remarque d’ailleurs que les valeurs qui enregistrent les plus forts replis du jour n’appartiennent pas aux secteurs les plus menacés par les conséquences économiques potentielles des attentats. Au total, au cours de ces trois jours, ceux-ci n’auront donc eu qu’un impact limité.

Longue expérience

Comment peut-on expliquer cette résistance des milieux financiers aux tragiques événements qui ont frappé la capitale française et ont été abondamment commentés par les médias du monde entier? par le sang-froid des opérateurs? Peut-être, mais plus certainement par l’expérience acquise au cours des dernières années. Malheureusement, si dramatiques soient-ils, les attentats de Paris ne sont pas les premiers, les analystes commencent à avoir en ce domaine des références qui les conduisent à relativiser les conséquences économiques et financières de tels actes.

Ils peuvent par exemple se référer à une étude publiée en juin par le FMI et réalisée par trois économistes, dont le professeur Todd Sandler, de l’Université du Texas, spécialiste de ces questions. Il en ressort que les attentats du 11 septembre 2011 auraient coûté 80 milliards de dollars aux États-Unis, une somme énorme qui ne représente pourtant qu’à peine 0,1% de leur PIB. Les attaques terroristes menées entre 1968 et 2000 contre 177 pays auraient seulement conduit à une réduction de 0,048% de la croissance du PIB par tête dans ces pays sur une base annuelle. Autre constat: les attentats ont une incidence d’autant plus faible que le pays visé a une économie de grande taille et diversifiée, ce qui est le cas de la France, sixième économie mondiale selon les derniers classements.

Chocs ponctuels

Les investisseurs français ont pu aussi bénéficier des rappels historiques effectués par les économistes du courtier Aurel BGC. Ces derniers soulignent que les attaques contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher ou les attentats de Madrid en mars 2004 n’ont pas eu d’impact durable en bourse. Certes, il est possible que des attentats survenus en novembre aient un impact plus important sur le tourisme et la consommation à l’occasion des fêtes de fin d’année. La fréquentation des hôtels parisiens avait déjà chuté après les attentats de janvier, les prochaines semaines pourraient être difficiles pour l’hôtellerie et les produits de luxe réservés à une clientèle haut de gamme. Mais, d’une façon générale, le choc provoqué par de tels événements est ponctuel et d’une ampleur limitée. Alors, on s’y habitue…

Aux États-Unis, après le 11 septembre 2011, après une chute violente en septembre, la consommation avait nettement rebondi au cours des mois suivants. Un phénomène similaire avait été observé en France en 1995, où huit attentats avaient eu lieu entre juillet et octobre. Les ventes au détail avaient baissé de plus de 5% en juillet et de plus de 6% en août, mais elles avaient remonté de près de 6% en septembre. En ce qui concerne le tourisme, que ce soit à New York, à Madrid ou à Londres en 2005, la fréquentation n’avait reculé que pendant quelques semaines. La réaction la plus forte est généralement enregistrée dans le transport aérien, mais, là encore, la réaction est souvent de court terme. On pourrait aussi rappeler que, malgré les événements du 7-Janvier, la France a enregistré au premier trimestre une croissance de son PIB de 0,7%, chiffre le plus élevé depuis le deuxième trimestre 2013.

La modeste réaction de la bourse aux attentats du 13 novembre peut donc s’expliquer. Il n’en reste pas moins que la froideur de ces chiffres et de ces analyses peut choquer. On est ici face à des réalités qui appartiennent à des ordres différents. Ni le bonheur des peuples ni leurs malheurs ne sont cotés en bourse. Celle-ci ne prend en compte que ce qu’ils produisent et consomment, le reste ne la concerne pas.

Gérard Horny
Gérard Horny (300 articles)
Journaliste
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