Monde

La Chine est redevenue une puissance mondiale

Richard Arzt, mis à jour le 02.10.2009 à 9 h 44

Soixante ans après la naissance de la Chine communiste, le pays le plus peuplé est à nouveau un acteur majeur de la géopolitique planétaire.

Nous publions une série de cinq articles sur le soixantième anniversaire de la naissance de la Chine communiste. Cette troisième partie revient sur l'aura qui, depuis 1949, entoure encore Mao. A lire aussi, la première partie: «Les hommes de la révolution chinoise» et la deuxième partie «La mémoire perdue».

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En 1949, la guerre froide Est-Ouest a déjà commencé et la Chine populaire n'a pas d'allié possible hors du camp soviétique. Mais ce n'est pas de gaieté de cœur que Mao Zedong se rend à Moscou en décembre. Il n'a pas oublié que pour s'emparer du parti communiste chinois dans les années 30, il a dû écarter des rivaux soutenus par Staline. Et puis en 1947, alors que les troupes maoïstes s'apprêtaient à franchir le Yangzi et à conquérir le nord du pays, le maitre du Kremlin lui a envoyé une délégation avec Anastase Mikoyan, membre du bureau politique soviétique, pour lui dire: «ne franchissez surtout pas le fleuve sinon les Américains vont venir au secours du Kuo-Min-Tang».

Mao n'en a pas tenu compte mais il se souvient que cette délégation russe ne mangeait de poisson qu'après avoir vérifié qu'il était cuisiné vivant. Deux ans après à Moscou, Mao répète la même exigence. Néanmoins, le 14 février 1950, il signe avec Staline le traité d'amitié sino-soviétique. L'aide de l'URSS et des nouvelles Républiques populaires d'Europe de l'est va orienter durablement l'économie chinoise. La brouille s'installe quand Khrouchtchev, le successeur de Staline, demande que la marine de guerre russe puisse mouiller librement dans des ports chinois. Mais surtout, Mao ne tolère pas la déstalinisation. C'est à ses yeux un geste indigne et déstabilisateur pour le communisme mondial.

Au début des années 60, la rupture avec l'URSS est consommée. La Chine, qui n'a plus guère de relations qu'avec la Corée du Nord, s'affirme solidaire des pays pauvres du tiers-monde. Un après-midi de 1963, Mao quelque peu écarté du pouvoir après le tragique fiasco du Grand bond en avant, prend un cours d'anglais. L'exercice consiste à lire ses propres œuvres traduites en anglais. Son secrétaire lui apporte un message: en France, de Gaulle a décidé d'établir des relations diplomatiques avec la Chine. Ce qui est analysé comme une manifestation d'indépendance à l'égard des Etats-Unis. L'ambassade à Pékin et celle à Paris sont ouvertes en janvier 1964. Le Premier ministre Zhou Enlai a fait recruter d'urgence deux cents Chinois francophones pouvant devenir diplomates ou journalistes en France.

La Révolution culturelle, en 1966, stoppe l'élan économique qu'aurait pu avoir le geste diplomatique français. La Chine se referme à nouveau. En 1967, recevant le Général Guillermaz, attaché militaire à Pékin, de Gaulle admet: «les avantages immédiats de cette reconnaissance de la Chine ne sont pas apparents». De plus en mai 68, les communistes chinois approuvent les manifestations antigaullistes à Paris!

Après la mort de Mao, quand  Deng Xiaoping s'empare du pouvoir et lance la «politique de modernisation et d'ouverture», la France n'est plus la seule nation à avoir reconnu la Chine: tous les pays occidentaux en ont fait autant. Kissinger et Nixon diront simplement que de Gaulle a préparé le terrain.

Mais les dirigeants de l'après-Mao ont d'autres priorités que la diplomatie. L'ouverture façon chinoise vise d'abord à attirer les investissements et les technologies. Démarche fructueuse jusqu'en juin 1989 où le pays s'isole à nouveau en réprimant violemment l'occupation de la place Tian'anmen. L'Union Européenne et les Etats-Unis condamnent vigoureusement et décrètent un embargo sur les armes à destination de la Chine qui dure encore. Les pays communistes d'Europe qui ont renoué avec la Chine sont plus modérés mais leurs régimes s'écroulent quelques mois plus tard.

Depuis 1971, le Kuo-Min-Tang de Taiwan a du rendre au gouvernement de Pékin le siège permanent de la Chine au Conseil de sécurité de l'ONU. Mais il a fallu attendre le milieu des années 2000 et l'accroissement considérable de ses réserves de changes pour que le poids de la Chine se fasse sentir sur la scène internationale. Elle est aujourd'hui en première ligne pour modérer les provocations nucléaires de la Corée du Nord et fait partie des pays en charge du dossier iranien. Dans les sommets mondiaux, le Président chinois annonce des initiatives comme récemment au G20 à propos de réductions des émissions de gaz à effet de serre.

La croissance économique et les besoins de matières premières de ce pays d'un milliard 350 millions d'habitants l'amènent à développer des relations pragmatiques notamment avec l'Afrique et l'Amérique latine. Le refus des dirigeants communistes chinois de défendre les valeurs universelles de droits de l'homme limite cependant la portée de leur diplomatie. Sur ce terrain, l'ère maoïste n'a pas montré le chemin.

Richard Arzt

Image de Une: L'armée chinoise défile pour le soixantième anniversaire de la République populaire Joe Chan / Reuters

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