France

Pourquoi Marc Trévidic ne peut plus être juge antiterroriste

Robin Panfili, mis à jour le 18.11.2015 à 23 h 29

Après les attentats de Paris, beaucoup aimeraient voir le magistrat retourner à la lutte contre le terrorisme. Mais ce n’est pas possible.

Marc Trévidic sur le plateau de France 2, le 14 novembre 2015 | Capture d’écran

Marc Trévidic sur le plateau de France 2, le 14 novembre 2015 | Capture d’écran

Après les attentats du 13 novembre, qui ont coûté la vie à 129 personnes dans l’est parisien et à Saint-Denis, en région parisienne, l’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic est apparu sur de nombreux plateaux télévisés et à la radio. 

Avant même ces attaques terroristes, le magistrat avait déjà pris la parole, à de nombreuses reprises, pour alerter sur la menace terroriste en France. Des apparitions médiatiques et une expertise souvent remarquées et saluées par les téléspectateurs, les auditeurs ou les internautes.

Prenez, par exemple, cette séquence diffusée sur YouTube, extrait du JT de France 2 du 14 novembre, intitulée «Marc Trévidic dit ses quatre vérités», qui a été largement visionnée et relayée en ligne. À ce jour, la vidéo comptabilise plus d’un million de vues.

Avec un discours clair et direct qui aborde les enjeux du terrorisme en France avec pédagogie et rigueur, les prises de parole de Marc Trévidic semblent appréciées du public... et des médias. Dans le monde de la télévision, on appelle ça un «bon client». Dans la presse régionale et nationale, ses analyses sont également très recherchées. 

Pourtant, depuis le mois de septembre, le travail du magistrat n’a plus grand-chose à voir avec la lutte contre le terrorisme. Il occupe désormais le poste de vice-président au tribunal de grande instance de Lille, où il est en charge de la coordination du pôle pénal.

L’incompréhension du public

Après plusieurs années de spécialisation dans l’antiterrorisme, Marc Trévidic est retourné dans le bain de la «justice du quotidien». Une nouvelle mission qui a débuté avec «un stage de juge aux affaires familiales, audience de comparution immédiate, permanences de juge des libertés»explique La Voix du Nord

Dans le contexte actuel, cette affectation étonne. «Pourquoi le juge Trévidic qui s’occupe de divorces à Lille n’est pas réaffecté d’urgence à la lutte antiterroriste?» s’est ainsi demandé Frédéric Gerschel, grand reporter au Parisien, dans un tweet largement relayé.

Une question de législation

Ce qui rend impossible, en l'état, un retour de Marc Trévidic au pôle antiterroriste du parquet de Paris, c’est la législation française. Une loi interdit aux juges spécialisés –y compris aux magistrats instructeurs comme lui– d’occuper les mêmes fonctions plus de dix ans. 

Voici ce qu’écrivait Libération après l’annonce du départ de Marc Trévidic du pôle antiterroriste du parquet de Paris:

«On le croyait éternellement lié à ces affaires. Qui disait antiterrorisme disait Marc Trévidic. Seulement, la loi a fini par le rattraper lui aussi, à 49 ans, au climax de sa carrière. [...] Après dix ans au pôle antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris, le “grand petit juge” est donc sommé de migrer.»

Dans L’Obs, en avril dernier, la présidente de l’Union syndicale des magistrats, Marie-Jeanne Ody, avait exprimé son incompréhension face à la situation«Il y a quelque chose d’un peu illogique à contraindre un juge d’instruction à partir au bout de dix ans, alors qu’il est chargé de dossiers très lourds et très compliqués», avait-elle déclaré. Dans sa carrière, Marc Trévidic a travaillé sur de nombreux dossiers sensibles, du Rwanda à Karachi, en passant par l’assassinat des moines de Tibhirine, en 1996.

Aujourd’hui, l’incompréhension semble toujours d’actualité. Compte tenu de la situation actuelle et de la menace terroriste en France, beaucoup se sont étonnés, voire agacés, de cette réglementation. Nicolas Demorand, aujourd’hui journaliste à France inter, a regretté, dans un tweet, que Marc Trévidic «ne [puisse] plus travailler utilement à cause d’une règle débile». De son côté, Annick Cojean, grand reporter au Monde, a parlé d’une «aberration» et d’un «gâchis». D’autres se sont montrés plus nuancés face à ce vaste appel à la rescousse en rappelant que, dans la magistrature, il existe «un tas de gens» aussi compétents que Marc Trévidic.

 

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
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