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- Par Jean-Yves Nau
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Journaliste et docteur en médecine, Jean-Yves Nau a été en charge des questions de médecine, de biologie et de bioéthique au Monde pendant 30 ans. Il est notamment le co-auteur de «Bioéthique, Avis de tempête».
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Jean-Yves Nau
Journaliste et docteur en médecine, Jean-Yves Nau a été en charge des questions de médecine, de biologie et de bioéthique au Monde pendant 30 ans. Il est notamment le co-auteur de «Bioéthique, Avis de tempête».
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Un moustique génétiquement modifié contre le paludisme
Saura-t-on bientôt transformer ce redoutable ennemi en un puissant allié?
Le paludisme est l'un des principaux fléaux planétaires. Il affecte plus particulièrement l'Afrique sub-saharinne et provoque au moins un million de morts prématurées (et 250 millions d'infections) par an et d'incalculables conséquences médicales, sociales et aussi économiques dans les pays les plus touchés qui sont souvent impuissants à combattre la maladie.
Depuis des décennies tout ou presque a été tenté pour rompre la chaîne parasite -> un moustique-vecteur -> un humain récepteur via la piqûre sanguine du moustique infecté: élaborer des parades vaccinales contre le parasite (pour l'heure sans succès probants), détruire au mieux le moustique-vecteur (au risque de subir les foudres de défenseurs de l'environnement). On a aussi cherché (avec des succès statistiquement démontrés) que l'on pouvait défendre les personnes exposées en les protégeant (via des moustiquaires imprégnées de produits chimiques) de l'action des moustiques, une solution souvent économiquement inaccessible.
Mais il existe aussi en théorie une autre possibilité d'action préventive: transformer le moustique ennemi en un allié radical. La version parasitaire, en somme, du classique retournement de l'agent secret. Les dernières nouvelles en provenance du front scientifiques des combattants antipaludéens offrent de ce point de vue un beau thème pour écrivains à succès. On pourrait peut-être la transmettre au plus vite à John Le Carré dont on sait à quel point il excelle dans le concept du retournement; à quel point aussi il se passionne pour l'utilisation qui peut être faite de certains corps humains à des fins sanitaires collectives.
Des scientifiques travaillant en France et en Allemagne viennent donc d'identifier un gène à l'origine de la résistance au paludisme chez certains des moustiques vecteurs du parasite paludéen. Les résultats de ce travail seront publiés dans la revue américaine Science datée du 2 octobre 2009. Ces chercheurs (de l'EMBL, Heidelberg et de l'unité Inserm «Réponse immunitaire et développement chez les insectes - analyse post-génomique de la réponse antiparasitaire chez l'anophèle», Strasbourg)  expliquent comment ils ont découvert que de subtiles variations dans un seul gène jouent ou non sur la capacité des moustiques à résister à l'infection par le parasite du paludisme.
«Le parasite du paludisme doit passer une partie de sa vie dans le moustique, et une autre partie chez l'homme. En comprenant comment le moustique résiste au paludisme, nous pourrions mettre au point de nouveaux outils pour limiter sa transmission à l'homme dans les zones endémiques», précise Stéphanie Blandin (Inserm) qui a conduit ce travail en collaboration avec Rui Wang-Sattler et avec le groupe de Lars Steinmetz à l'EMBL à Heidelberg.
En pratique, ces chercheurs ont entrepris méthodiquement d'enquêter sur les indices moléculaires potentiellement présents au sein de la totalité du génome du moustique Anopheles gambiae (principal vecteur du parasite responsable de la forme la plus sévère du paludisme en Afrique). Ils ont ensuite focalisé leurs efforts sur la résistance du moustique à un parasite du paludisme couramment utilisé comme modèle expérimental: Plasmodium berghei, responsable du paludisme chez les rongeurs. «Lorsqu'ils ont comparé les génomes des moustiques capables de résister à cette infection à ceux des moustiques non-résistants, les scientifiques ont découvert que la différence majeure se situait au niveau d'un seul fragment de chromosome, résume-t-on auprès de l'Inserm. Parmi les quelques 975 gènes contenus dans ce morceau d'ADN, un en particulier semble jouer un rôle important dans la détermination de la résistance d'un moustique au paludisme. Ce gène, appelé TEP1, encode une protéine connue pour se lier au parasite Plasmodium berghei et promouvoir sa destruction au sein de l'intestin du moustique. »
Ils ont ainsi pu mettre au point une nouvelle technique de lutte. «C'est une avancée importante, car la nouvelle technique peut s'appliquer à un grand nombre d'organismes très différents, déclare Lars Steinmetz. Elle étend le pouvoir que nous avions acquis chez les levures: nous pouvons aller d'une région complète d'ADN au gène causal lui-même: une prouesse rarement réalisable chez les organismes complexes.» En pratique les chercheurs ont réussi à créer des moustiques «résistants» et d'autres «porteurs» potentiels du parasite paludéen. Puis ils ont pu génétiquement «éteindre» la potentialité infectieuse. «Bien que cette étude ait été menée avec un parasite responsable du paludisme chez les rongeurs, il existe des indications montrant que ce gène serait également impliqué dans la réponse immunitaire des moustiques au paludisme humain, reconnaît-on, non sans une courageuse modestie auprès de l'Inserm».
Cette piste est actuellement explorée par les chercheurs. Elle pourrait, selon eux, grandement améliorer l'efficacité des  multiples et coûteux programmes en cours visant (sans réel espoir) à l'éradication du paludisme. Encore faudra-t-il pour cela obtenir l'autorisation de créer (de répandre et de laisser proliférer) des moustiques génétiquement modifiés.
(1) «Dissecting the genetic basis of resistance to malaria parasites in Anopheles gambiae».
Jean-Yves Nau
Image de une: un moustique Anopheles gambiae, grossi 51 fois au microscope électronique. © Public Health Image Library / CDC
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Comments
Question(s) naïve(s).
Très intéressant et astucieux,
il existe donc bien naturellement
des moustiques qui résistent
au germe infectieux,
n'est-ce pas ?
Que ne sont-ils pas
triés, élevés intensivement,
puis lancés dans la compétition
avec la population "sauvage"
afin d'en réduire le pourcentage
d'individus infectants ?
Mais n'y a-t-il pas plusieurs membres
indésirables pour l'Homme
dans la famille Plasmodium
et n'empruntent-ils pas aussi
divers moustiques vecteurs ?
Et que sait-on de l'impact
de la mutation impliquée
en terme d'avantage (ou non) sélectif ?
En bref, il y a probablement loin encore
entre la belle découverte "fondamentale"
et le progrès significatif contre l'épidémie
sur le terrain.
Il serait donc préférable (plus mesuré !)
de retirer "bientôt" et "puissant"
du sous-titre ronflant.
Diptèrement.
. . .
Une piste, fût-elle prometteuse,
ne vaut pas résultat éprouvé
au guichet de la science.
Polémikoeur.
Quelques précisions
En tant qu'auteur de l'article scientifique dont il est fait référence ici, je tiens a remercier Jean-Yves Nau d'avoir porté notre travail à l'attention des lecteurs de Slate.fr. J'aimerais cependant apporter quelques precisions.
La première concerne l'application potentielle de notre découverte à la lutte contre le paludisme. En aucun cas nous ne considérons créer des moustiques transgéniques résistants au parasite palustre. En effet, la forme résistante du gène TEP1 existe dans les populations de moustiques sauvages, il n'est donc pas question de l'introduire, mais plutôt de favoriser les moustiques qui la portent aux dépends des autres. On pourrait par exemple utiliser TEP1 comme marqueur pour distinguer les moustiques résistants des moustiques dangereux, et cibler ces derniers pour les traitements insecticides. Notons aussi que nos conclusions sont fondées sur l'infection d'Anopheles gambiae (l'un des principaux vecteurs du paludisme humain en Afrique) avec un parasite palustre inoffensif pour l'homme. Aussi, nous reste t il à confirmer que les différentes formes de TEP1 confèrent aussi différents degrés de résistance aux parasites humains, avant d'envisager toute application de nos travaux à la lutte antipaludéenne.
La seconde concerne la méthode qui nous a permis de montrer que les différentes formes de TEP1 confèrent différents degrés de résistance au parasite palustre des rongeurs. La méthode dont il est question n'est pas "une nouvelle technique de lutte", c'est un outil permettant d'identifier exactement la forme d'un gène (dans notre cas, l'allèle de TEP1) à l'origine d'un caractère spécifique (dans notre cas, la résistance au parasite). Contrairement aux méthodes actuellement disponibles qui ne s'appliquent qu'à un nombre limité d'organismes, celle que nous proposons repose sur un processus utilisé par la plupart d'entre eux. Ses applications sont donc potentiellement plus nombreuses.
Stephanie B.