Sports

Pourquoi le CIO a choisi Rio

Yannick Cochennec, mis à jour le 03.10.2009 à 11 h 14

La ville brésilienne avait bien le meilleur dossier des quatres candidats.

Le Comité international Olympique a finalement retenu la candidature de Rio de Janeiro pour organiser les Jeux olympiques d'été de 2016. Chicago, qui était soutenue par le président américain Barack Obama, a été éliminée au premier tour  de vote, à la surprise générale. Cet article, paru à la veille de la décision, expliquait pourquoi Rio avait le meilleur dossier des quatres villes candidates.

***

Faites vos Jeux, rien ne va plus! A la veille de la désignation de la ville hôte des Jeux Olympiques de 2016, quatre concurrents (Chicago, Madrid, Rio de Janeiro et Tokyo), espèrent décrocher le gros lot à Copenhague où le Comité International Olympique tiendra la 121e session et le 13e congrès de son histoire.

Chacun fourbit ses armes — pas toujours réglementaires — et met ses troupes en ordre de bataille. Barack Obama, qui a fait toute sa carrière politique à Chicago avant d'accéder à la Maison Blanche, doit faire le déplacement pour épauler Michelle, son épouse, tant le facteur humain sera décisif au moment de séduire les 106 membres du CIO chargés de rendre leur verdict. On se souvient combien Tony Blair, alors Premier Ministre de Grande-Bretagne, avait su amadouer de nombreux votants lors d'un lobbying intensif à Singapour, en juillet 2005, pour arracher la décision en faveur de Londres, désignée pour les Jeux de 2012 et pour le plus grand désespoir de Paris, battue de quatre malheureuses voix lors de l'ultime scrutin.

L'Europe passe son tour

Selon les spécialistes de l'olympisme, et selon Jacques Rogge, le président du CIO, jamais course à la désignation des Jeux d'été n'aurait été aussi serrée entre quatre villes qui n'ont pas été départagées par le rapport technique de la commission chargée de pointer les défauts des dossiers de candidatures. Mais tout le monde sait, ou feint de ne pas le savoir, que Madrid est hors course, même si Juan Antonio Samaranch, 89 ans, président du CIO de 1980 à 2001, saura s'arranger pour attirer quelques électeurs vers la capitale espagnole. Il faut être réaliste, en effet: après Athènes, en 2004, et surtout Londres, en 2012, l'Europe doit clairement passer son tour en 2016. Déjà candidate pour les Jeux de 2012, Madrid laboure, avec pugnacité, son terrain pour les Jeux de 2020 ou de 2024 pour lesquels Paris pourrait retenter sa chance.

Direction le continent américain: au nord ou au sud?

Restent Chicago, Rio de Janeiro et Tokyo. La mégalopole japonaise, qui a déjà accueilli les Jeux de 1964, a deux handicaps qui devraient lui être fatals. Contrairement à ses deux rivales, sa candidature ne dispose pas du soutien massif de sa population comme l'ont montré divers sondages. Plus rédhibitoire est sans doute l'idée apparemment largement répandue dans les rangs du CIO qu'il est temps pour les Jeux de remettre le cap à l'Ouest après Sydney (2000), Athènes (2004), Pékin (2008) et Londres (2012). Ces Jeux de 2016 ne devraient donc pas échapper, en principe, au continent américain.

Alors Chicago ou Rio? Barack Obama ou Luiz Inacio Lula da Silva? Les Etats-Unis ont déjà organisé les Jeux Olympiques d'été à quatre reprises et la dernière fois remonte seulement à 1996 et Atlanta (qui a laissé les pires souvenirs à tous ceux qui les ont vécus tant la pagaille était générale). Candidate recalée pour les Jeux de 2004 et 2012, Rio de Janeiro mise, à revers, sur le fait que l'Amérique du Sud n'a, elle, jamais eu l'honneur d'être choisie pour mettre sur pied le plus grand événement sportif mondial — Buenos Aires avait également tenté sa chance, sans succès, pour les Jeux de 2004.

Le doublé Mondial - JO

Face à la toute puissance américaine, et à l'influence considérable de la chaîne NBC, détentrice des droits télévisuels des Jeux Olympiques et qui fait la pluie et le beau temps au CIO au point d'avoir réussi à lui imposer des finales matinales pour les épreuves de natation lors des Jeux de Pékin afin d'être en direct, le soir, aux Etats-Unis, le Brésil ne peut pas crier victoire trop tôt. Mais Rio de Janeiro n'est pas loin du but. Le voyage d'Obama en est paradoxalement la preuve. Et le fait d'avoir déjà obtenu l'organisation de la Coupe du Monde de football en 2014 ne sera pas un handicap, bien au contraire. Ceux qui estiment que ce serait «trop» pour un seul pays oublient que les Etats-Unis avaient accueilli la Coupe du Monde en 1994 et les Jeux en 1996. La perspective de cette répétition générale de 2014 devrait, au contraire, rassurer les plus sceptiques déjà soulagés de savoir que la moitié des sites de compétition existent déjà grâce à la tenue des Jeux Panaméricains de 2007.

Au nom de la France, Nicolas Sarkozy a indiqué que la France était à 100% derrière Rio. Et le Roi d'Espagne, Juan Carlos, qui sera à Copenhague pour soutenir Madrid, a d'ores et déjà annoncé que son pays soutiendra la ville brésilienne dans l'hypothèse où Madrid serait éliminée lors des votes préliminaires. Voilà de quoi faire le bonheur du Président Lula dont la campagne a été inlassable et chaleureuse au cours des deux dernières années. «Pour certains pays, il s'agirait seulement d'autres Jeux Olympiques, mais pour le Brésil, ce serait l'occasion de faire grandir l'estime personnelle de tout un peuple, a-t-il déclaré récemment. Aucune autre ville n'a autant besoin des Jeux que Rio. Est-ce que les pays riches doivent avoir l'exclusivité de leur organisation?»

A l'image de la Fédération Internationale de Football (FIFA) qui a donné sa chance à l'Afrique, et à l'Afrique du Sud pour la Coupe du Monde 2010, il est l'heure pour les membres du CIO de faire preuve d'ouverture «universelle» en confiant les Jeux de 2016 à Rio et à l'Amérique du Sud. «Pour la première fois, c'est un choix réaliste», a admis le Canadien Dick Pound, membre du CIO. Une hypothèse d'autant plus acceptable que le Brésil, membre éminent du G20, est en plein boom économique et qu'il a surtout à peine souffert des conséquences du crash financier de 2008. Ses adversaires ne se privent pas, évidemment, de stigmatiser la criminalité toujours galopante de Rio alors que l'on sait qu'en pareil cas, les forces de police seront démultipliées et rendront les sites des Jeux imperméables à toute persona non grata.

Le dossier de candidature de Rio a été jugé aussi solide, voire meilleur, que les autres. Il n'est donc plus question d'hésiter. Les Jeux Olympiques de 2016 doivent se tenir à Rio de Janeiro et le CIO ne manquera pas cette opportunité historique au risque d'infliger un camouflet à cette partie du monde. On a même envie de croire que vendredi, la victoire sera nette et sans bavures pour le plus grand bonheur des dizaines de milliers de personnes qui ont prévu de converger vers les écrans géants de Copacabana. Quant à Obama, dont le voyage est déjà contesté par les républicains, revenir bredouille constituerait un camouflet politiquement dangereux.

Yannick Cochennec

SI VOUS AVEZ AIMÉ CET ARTICLE, VOUS APPRÉCIEREZ PEUT-ÊTRE: le portfolio de photos Magnum «Villages Olympiques» ; «Que reste-t-il de l'échec de Paris 2012?»

Image de une: la plage de Copacabana, version olympique. ©Rio2016.org

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (575 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte