Culture

«Homeland» publie un message d'avertissement après les attentats à Paris

Christophe-Cécil Garnier, mis à jour le 17.11.2015 à 18 h 10

Il faut dire que la série s'inspire régulièrement de la réalité pour camper ses intrigues, de la guerre en Afghanistan à l'ascension de Daech.

Habituellement, c'est un générique qui s'enclenche. Mais ce septième épisode de la cinquième saison de Homeland commence tout d'abord par un message sur fond noir: «Vu les événements tragiques de Paris, nous vous rappelons que Homeland contient des éléments pouvant perturber. Nous offrons nos condoléances les plus sincères à tous ceux qui ont été touchés par les attaques».

Une annonce qui peut paraître anodine pour les assidus de la série, même si la situation l'exige. Depuis sa création, Homeland ne se préoccupe pas des «éléments pouvant perturber»: dans un épisode, c'est un tir de drone pour tuer un chef taliban au détriment de nombreuses victimes collatérales, dans un autre, ce sont des assassinats ciblés de terroristes qui causent la mort d'un enfant. 

Créée au départ comme un pendant américain de la série israélienne Hatufim, où le doute constant et l'espionnage complètent une fiction percutante, Homeland a progressivement lâché son côté fictionnel.

L'histoire, qui raconte celle d'un héros américain de retour au pays après des années de captivités et suspecté par une agent de la CIA d'être un agent double, a laissé la place après deux saisons à une intrigue qui s'inspire chaque fois des thématiques mondiales. La troisième saison met en place une guerre à distance avec l'Iran, dont les actions conduisent à l'accord sur le nucléaire entre la République islamique et les pays occidentaux. La suivante a pour scénario la guerre des drones en Afghanistan et le retour des talibans dans le pays tandis que la dernière s'inscrit dans le contexte syrien et une société fortement marquée par les révélations d'Edward Snowden (David Nevins, le patron de la chaîne Showtime, diffuseur de la série, a également indiqué que Charlie Hebdo serait abordé).

Une série critique et critiquée

Le show américain irrite très souvent par son côté réducteur et éventuellement une vision erronée d'un point de vue géopolitique et religieux, notamment sur l'image qu'il donne du Liban, du Pakistan ou de l'Iran (sur le site d'information Mashreghnews, Homeland était clairement désigné comme un programme «anti-Iran» en 2013, selon le Point). Des artistes avaient également jugé que la série était «raciste». Cela n'a pourtant pas empêché Barack Obama d'affirmer qu'il en était fan.

D'autant qu'Homeland se montre souvent extrêmement critique vis-à-vis de la politique extérieure américaine. Au début de la saison cinq, Peter Quinn, un agent de la CIA incarné par Rupert Friend, revient de deux ans en Syrie, dans la région de Raqqa. Face à ces supérieurs, il demande quelle est la stratégie des États-Unis pour contrer le groupe État islamique. Devant un parterre muet de généraux, il se montre sans concession:

«Vous voyez, c'est ça le problème. Parce qu'eux ont une stratégie. Ils se regroupent en ce moment à Raqqa par dizaines de milliers. Cachés parmi les civils, armés. Ils savent pourquoi ils sont là […]. Ils sont là pour une seule raison: mourir pour le Califat et créer un monde sans infidèles. C'est leur stratégie et ça l'a toujours été depuis le septième siècle. Donc vous pensez vraiment que quelques équipes des forces spéciales vont mettre fin à cela?»

Pour y remédier, le cynique agent américain préconise l'envoi de «200.000 troupes américaines au sol pour une période indéfinie afin de garantir la sécurité. Et autant de docteurs et d'instituteurs». Face au refus de ces supérieurs, il évoque une autre hypothèse: «Appuyer sur reset. Transformer Raqqa en parking». Ce que la France a commencé à faire après les attentats

Christophe-Cécil Garnier
Christophe-Cécil Garnier (63 articles)
Journaliste à Slate.fr
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