France

Poster un drapeau français sur votre profil Facebook, c'est (un peu) de l'ethnocentrisme

Repéré par Camille Belsoeur, mis à jour le 17.11.2015 à 14 h 17

Repéré sur The Independent

Pour une journaliste britannique, le drapeau tricolore qui s'affiche en solidarité des victimes des attentats du 13 novembre a des relents d'«impérialisme».

La tour Eiffel aux couleurs de la France, le 16 novembre 2015. Crédit photo: REUTERS/Charles Platiau

La tour Eiffel aux couleurs de la France, le 16 novembre 2015. Crédit photo: REUTERS/Charles Platiau

Comme nombre de mes «amis» Facebook qui sont aussi des proches dans la vie réelle, j’ai apposé un drapeau français sur ma photo de profil sur le réseau social. Sur le moment, après un court moment de réflexion sur le bien-fondé ou non de l’opération, j’ai décidé de cliquer sur l’option proposée par Facebook en solidarité aux victimes des attaques terroristes qui ont endeuillé Paris le 13 novembre.

Mais cet acte en apparence plein d’empathie, et au premier abord plutôt anodin, ne l’est peut-être –rien n’est définitif puisque l’on va rentrer dans un vif débat– pas tant que ça. 

Paris-Beyrouth, deux poids et deux mesures

Dans une chronique très partagée sur les réseaux sociaux (plus de 38.000 partages à l’heure d’écrire ces lignes), le très sérieux média britannique The Independent remet en cause le bon sens de cette initiative proposée par Facebook.

Lulu Nunn, la journaliste auteur de la tribune, écrit ces lignes:

«J’espère juste que vous allez aussi changer votre photo de profil avec un drapeau d’un pays différent à chaque fois que des personnes seront tuées à tort en représailles d’un conflit international –par exemple, comme pour les attaques à Beyrouth au Liban la veille [de l’attaque de Paris].»

L’attentat, également revendiqué par l’État islamique, qui a causé la mort de quarante-trois personnes dans la capitale libanaise, «n’a pas suscité la même émotion que les attaques de Paris, vingt quatre heures plus tard. Pas de monuments illuminés avec un cèdre, pas de photos de profil barrées de noir sur les réseaux sociaux, pas de veillées à la bougie aux quatre coins du monde», écrivait le site Rue89.

Ethnocentrisme occidental

Pour The Independent, la photo tricolore qui s’affiche sur nos photos de profil Facebook souligne l’ethnocentrisme occidental. Les Américains ou les Britanniques vont eux aussi partager –de manière inconsciente– le drapeau français, plutôt que le cèdre libanais.

Mais la critique du média britannique ne s’arrête pas là:

«Les drapeaux sont des symboles chargés d’un incroyable sens politique et historique –regardez juste l’infâme drapeau que porte haut l’État islamique lui-même–, qui représentent les États, leur influence, leur pouvoir, les frontières, l’identité, le nationalisme, qui sont quelques-unes des causes les plus courantes qui mènent à un conflit armé. C’est important, avant d’apposer un drapeau sur votre visage souriant, de penser à tout cela», écrit Lulu Nunn.

Tourner le dos à l’impérialisme

La journaliste britannique va encore un peu plus loin en ajoutant que le parfum d’«impérialisme» qui peut se dégager du drapeau français ainsi partagé en masse sur Facebook peut servir la cause de l’État islamique, qui se sert lui-même à plein des réseaux sociaux pour diffuser sa propagande très élaborée. 

Il y a aussi le deux poids, deux mesures mis en place par Facebook –qui est une entreprise américaine– et souligne de ce point de vue cet ethnocentrisme occidental. Comme pour le service Safety Check, un service mis en place par le réseau social pour indiquer à vos proches que vous êtes en sécurité après une catastrophe ou un attentat, Facebook a oublié Beyrouth.

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