Monde

C’est aussi la faute des lecteurs si on a moins entendu parler des attentats de Beyrouth

Repéré par Claire Levenson, mis à jour le 17.11.2015 à 10 h 08

Repéré sur Vox, New Statesman

Nombreux sont ceux qui se plaignent de la faible couverture par les médias des attentats de Beyrouth du 12 novembre. Sauf qu’il y a eu des articles et que peu de gens les lisent.

Un soldat libanais sécurise les lieux des attentats du 12 novembre 2015 dans la banlieu de Beyrouth | REUTERS/Aziz Taher

Un soldat libanais sécurise les lieux des attentats du 12 novembre 2015 dans la banlieu de Beyrouth | REUTERS/Aziz Taher

Un jour avant les attentats du 13 novembre à Paris, quarante-trois personnes avaient été tuées dans un double attentat suicide à Beyrouth, au Liban. En règle générale, les médias occidentaux n’ont pas couvert cette tragédie avec la même intensité que les attaques terroristes en France et, sur les réseaux sociaux, beaucoup de gens se sont plaints de cette disproportion, parfois de manière fort exagérée.

Par exemple, un tweet avec la photo d’une explosion datant de 2006 accusait les médias de ne pas avoir parlé de l’attentat du 12 novembre à Beyrouth. Malgré l’inexactitude à la fois de la photo et de l’accusation, ce message avait été retweeté plus de 50.000 fois:

 

«Aucun média n’a couvert cet événement, mais paix à tous ceux qui ont perdu la vie au Liban dans des attaques de Daech.»

Pourtant, de nombreux articles avaient été publiés au sujet de cet attentat, que ce soit dans les grands quotidiens américains,  les agences ou encore la presse française.

Le paradoxe, c’est que peu de gens lisent ce genre d’articles, tout en aimant se plaindre que les médias n’en parlent pas.

«Personne ne va le lire»

Sur le site Vox, le journaliste Max Fisher évoque un papier qu’il avait écrit en 2010 sur des attentats qui avaient tué quatre-vingt-cinq personnes à Baghdad en Irak.

Il avait alors dialogué avec le rédacteur en chef du site web de The Atlantic pour trouver une photo et un titre qui attireraient un maximum de visiteurs. Mais le rédacteur en chef lui avait rétorqué:

«“Le choix de photo ou le fait de mettre l’article en une ne changeront rien. Personne ne va le lire.” Et il avait raison. On a eu beau promouvoir le papier à multiples reprises auprès des lecteurs, ils n’étaient pas intéressés.»

Même dynamique pour les récents attentats au Koweït, en Turquie ou encore en Thaïlande. Les correspondants des grands quotidiens et magazines ont fait leur travail, mais plutôt dans l’indifférence. Comme l’explique l’universitaire Folker Hanusch dans The New Statesman, le mécanisme est extrêmement simple et peu surprenant:

«On a tendance à plus s’intéresser aux gens qui sont plus proches de nous, plus comme nous. On s’intéresse aux personnes auxquelles on s’identifie.»

Mais, plutôt que d’accepter cette préférence, nombreux sont ceux qui aiment à s’indigner tout haut que certaines tragédies soient moins populaires. Le journaliste du Guardian Jamiles Lartey a bien résumé la situation dans une série de tweets sur ceux qui se plaisent dans cette posture d’indignation contre les médias. Il parle à ce sujet de hipsters de la tragédie car, comme des hipsters avec des goûts musicaux obscurs, le concours est à celui qui s’intéressera le plus à des événements tragiques hors d’Occident:

 

«Honnêtement, certains commentateurs aujourd’hui sont comme des hipsters de la tragédie. "Eh mec, moi je m’intéresse à de la souffrance et des morts dont tu n’as jamais entendu parler."»

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