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Entre stabilité budgétaire et sécurité, Hollande a choisi

Gilles Bridier, mis à jour le 16.11.2015 à 18 h 51

Le chef de l’Etat a annoncé le gel des réductions d’effectifs dans l’armée et des embauches dans les forces de police. Et remet en question les engagements sur la réduction des déficits.

Des militaires devant Notre-Dame-de-Paris, le 15 novembre 2015. REUTERS/Gonzalo Fuentes.

Des militaires devant Notre-Dame-de-Paris, le 15 novembre 2015. REUTERS/Gonzalo Fuentes.

«Nous sommes en guerre», a réaffirmé François Hollande devant le Congrès réuni à Versailles en réponse aux attentats de Paris du 13 novembre. Mais une guerre suppose des objectifs, une stratégie pour les atteindre, des moyens pour  y parvenir.

D’abord, les objectifs. Ils sont explicitement définis: «notre ennemi en Syrie, c’est Daech.» Ensuite, la stratégie: elle passe par la constitution d’une coalition réunissant entre autres les Etats-Unis et la Russie, et qui interviendrait avec le feu vert du Conseil de sécurité de l’ONU.

Enfin, les moyens, pour figurer au sein de cette coalition avec une force d’intervention adaptée à la menace. Et pour que l’élévation du risque soit compensée, au niveau de la sécurité intérieure, par une capacité plus grande à le maîtriser.

Déjà une rallonge après Charlie Hebdo

A propos de ce dernier point, la France va devoir surmonter certaines contradictions nées des politiques budgétaires menées dans la période récente. Comment décréter un état de guerre dans une France qui compte moins de militaires que de cheminots? C’est le résultat des coupes successives dans les budgets de Défense opérées entre 1990 et 2002, puis à partir de 2009. En réalité, en trente ans, le poids des budgets Défense a été réduit de moitié, de 3% à 1,5% du PIB.

Déjà, après l’attentat contre Charlie Hebdo, François Hollande avait annoncé une rallonge de 3,8 milliards d’euros sur quatre ans par rapport au plan de marche de la loi de programmation militaire et une réduction des effectifs de l’armée limitée à 15.500 postes au lieu de 34.000 prévus dans cette loi. Sur la période 2014-2019, ces effectifs devaient donc malgré tout baisser. Au point que le chef d’état major des armées s’était permis de relever qu’il y aurait moins de militaires français professionnels en 2019 qu’en 1996… avant la professionnalisation.

Et dans l’armée de l’air, on soulignait que la réduction du nombre de commandos était allée «trop loin pour pouvoir prêter main forte à Sentinelle mais surtout pour assurer de manière optimale la protection des propres installations».

Conséquences budgétaires

Pour remédier à cette contradiction exacerbée par le nouveau contexte de guerre au terrorisme, François Hollande a clairement gelé les effectifs de la Défense, indiquant qu’il n’y aurait aucune diminution du nombre de postes jusqu’en 2019, c'est-à-dire jusqu’à la fin de l’actuelle loi de programmation militaire. Il n’est pas certain que ce gel soit à la hauteur des moyens à engager face aux défis que la France doit relever. Au moins les contradictions ne seront-elles pas aggravées par ce report du calendrier.

En outre, comme les moyens ne se mesurent pas seulement au nombre de militaires mais aussi à la capacité d’assurer la sécurité intérieure dans une période où la menace sera forcément exacerbée, le chef de l’Etat a aussi annoncé la création de 5.000 postes de policiers et gendarmes, de 2.500 postes dans le secteur de la Justice et de 1.000 dans les Douanes. Au cours des dernières années, les effectifs dédiés à la sécurité publics n’avaient pas été épargnés par les compressions, passant de 148.000 en 2005 à 143.000 en 2014 pour les policiers et de 100.000 à 97.000 pour la gendarmerie, selon l’Institut Montaigne. La tendance va s’inverser.

Sur un plan budgétaire, les conséquences seront forcément très lourdes. C’est, pour François Hollande, le prix à payer pour faire face à la situation créée par le risque terroriste. Mais les conséquences budgétaires sont assumées: le pacte de sécurité prend le pas sur le pacte de stabilité. Les prévisions de réduction du déficit à 3,3% du PIB en 2016 et 2,7% en 2017 ont ainsi été remises en question.

C’est pour le chef de l’Etat, une condition nécessaire pour ne plus couper dans les moyens au moment où ils deviennent prioritaires pour la Nation. Tant pis, pour l’Elysée, si cette décision est en contradiction avec les engagements pris à Bruxelles avant les attentats.

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
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