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Avec Safety Check, Facebook endosse une grave responsabilité

L’outil Safety Check de Facebook a été lancé pour que les utilisateurs du réseau social ayant échappé aux attentats vivant à Paris puissent rassurer leurs proches

L’outil Safety Check de Facebook a été lancé pour que les utilisateurs du réseau social ayant échappé aux attentats vivant à Paris puissent rassurer leurs proches

Facebook est un outil adéquat pour collecter des informations sur le niveau de sécurité de chacun. Ce qui n’empêche pas d’étudier de près le pouvoir que nous lui octroyons.

Le safety check de Facebook a été enclenché après les attentats à Bruxelles ce mardi 22 mars 2016. Nous republions cet article de novembre 2015, qui faisait suite à la mise en place du safety check pour vérifier la sécurité des Parisiens. 

Pendant la crise à Paris vendredi soir, les gens se démenaient pour avoir des nouvelles, pas seulement sur ce qui se passait mais aussi pour savoir si leurs amis et leurs familles étaient en sécurité. Et la fonction Safety Check de Facebook, introduite pour la première fois en 2014, s’est rapidement avérée un outil pratique et précieux. Tout ce que les utilisateurs de Facebook à Paris avaient à faire était de répondre à la question «Êtes-vous en sécurité?».

C’est une question simple, dont la réponse peut contribuer à rassurer nos communautés et nos réseaux pendant les moments d’incertitude. Mais c’est aussi une question profondément personnelle. En général, on nous la pose à l’oral –c’est quelqu’un qui nous aime ou une personne chargée de dispenser les soins assurés par la société, comme un secouriste ou un travailleur social.

Facebook demande déjà à ses utilisateurs:«Exprimez-vous» [en anglais il demande: «What’s on your mind?», c'est-à-dire «À quoi pensez-vous?»] tous les jours dans les statuts, et le service recueille des tonnes de données personnelles sur chacun de ses utilisateurs. Mais le fait qu’une entreprise à plusieurs milliards de dollars pose à des individus une des questions les plus fondamentales de la vie ajoute un nouveau degré d’intimité à la relation entre les réseaux et leurs utilisateurs. Facebook, avec ses plus de 1,5 milliard d’adeptes, est un outil adéquat pour collecter des informations sur le niveau de sécurité de chacun. Il possède l’infrastructure idoine. Mais plus nous nous appuyons sur lui, plus nous lui permettons de nous rassurer dans les moments de chaos et plus nous devons étudier de près le pouvoir que nous lui octroyons.

Bonnes nouvelles sur mesure

Nous savons tous à quel point l’incertitude et la perte de contrôle peuvent être perturbants. Même quand les gens attendent des trains et des bus, on remarque une différence psychologique notable lorsqu’il y a un compte à rebours et qu’il n’ont pas besoin d’attendre nerveusement sans la moindre idée du temps qu’il reste. Les fonctionnalités qui servent à indiquer que l’on est à l’abri du danger font appel au même genre d’émotions. Vous connaissez peut-être des gens qui n’utilisent pas les médias sociaux, ou qui ne vont sans doute pas s’embêter à signaler qu’ils sont en sécurité pendant une crise, mais le simple fait d’avoir une confirmation de n’importe laquelle de vos connaissances vous fait du bien. Ces statuts –qui indiquent que quelqu’un que vous connaissez va bien– s’interprètent comme des bonnes nouvelles sur mesure au milieu d’un torrent d’informations impersonnelles et imprévisibles qui émergent d’une situation de crise.

Lorsque Facebook a lancé Safety Check pour la première fois, mon collègue de Slate.com Will Oremus a écrit: «Je ne peux imaginer que la fonction deviendra populaire au point que vos proches seront pris de panique s’ils ne voient pas votre nom en cas de catastrophe.» Mais le profond réconfort que ce service procure aux gens est, à mes yeux, exactement ce qui va rendre Safety Check omniprésent. Et cela signifie que Facebook va endosser une grave responsabilité.

 

Le profond réconfort que ce service procure aux gens est exactement ce qui va rendre Safety Check omniprésent

«Le safety check de Facebook est une fonctionnalité extraordinaire. Utilisez-la.»

 

«Encouragez vos amis à Paris à aller sur @facebook et à activer simplement le “safety check” pour signaler que tout va bien.»

Le service de Facebook n’est pas le seul en son genre, bien sûr. D’autres fonctionnalités du même style comme Google Person Finder proposent des alternatives pour ceux qui n’utilisent pas Facebook. Mais on voit bien comment les choses peuvent se compliquer à ce stade. Et si quelqu’un signale qu’il va bien sur un service et pas sur l’autre? Et si quelqu’un signale qu’une autre personne est en sécurité (option utile proposée par Facebook) en se fondant sur des informations erronées? Et comment les entreprises technologiques vont-elles décider à quel moment une crise est assez importante pour mériter d’activer ces fonctionnalités?

 

Tweet de @ThijsSquare: «Tant de gens sont à la recherche de leurs proches à Paris, ce serait le bon moment pour que Google Person Finder refasse surface.»

Informations centralisées

Quand les renseignements sur la sécurité personnelle font partie des éléments engrangés par les réseaux sociaux, les gens se sentent davantage obligés de participer que face aux demandes sociales auxquelles ils s’estiment ordinairement tenus de réagir. Et si les internautes experts en la matière apprécient la diversité des choix et se méfient de tout réseau qui devient un peu trop monopolistique, la raison pour laquelle les signalements que l’on est en sécurité sont plus efficaces lorsque les informations sont centralisées est évidente. Facebook et des services comme le dépôt de témoignage et de signalement de personne disparue mis en place par le gouvernement français sont proposés par deux types d’organisations très différentes. Mais plus nous nous reposons sur ces services, plus il peut sembler simplement logique de s’appuyer sur une entreprise comme Facebook –avec sa portée massive et ses priorités parfois dictées par la rentabilité– pour signaler aux autres que nous sommes à l’abri du danger.

Il peut sembler logique de s’appuyer sur Facebook pour signaler aux autres que nous sommes à l’abri du danger

Plus nous nous voyons nous tourner vers ces fonctionnalités et plus il semble réaliste d’imaginer qu’un jour elles seront activées en permanence –et lorsqu’il y aura un accident de la route ou un immeuble en feu dans une communauté, les gens pourront indiquer de manière proactive qu’ils sont en sécurité.

Est-ce qu’au bout de quelques jours des publicités ciblées pour des assurances incendie ou des traitements du TSPT, en fonction de la nature de la catastrophe, vont commencer à apparaître sur nos réseaux sociaux? Et que se passera-t-il si vous n’avez pas envie de répondre à la question «Êtes-vous en sécurité?» si vous êtes dans un lit d’hôpital après un traumatisme? La question de la manière dont ces services vont évoluer ne doit pas impliquer qu’ils ne sont pas valables. En fait, c’est leur valeur qui rend si importante l’exploration de leurs implications. Nos mises à jour de statuts peuvent nous paraître des actes minuscules et éphémères, mais quand il s’agit de ces notifications en particulier, nous devons être conscients de leur gravité: ce sont littéralement des questions de vie ou de mort.

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