Parents & enfantsFrance

Soyons fiers de notre école

Louise Tourret, mis à jour le 15.11.2015 à 16 h 10

La vitesse de la réaction du monde scolaire aux attentats de vendredi 13 novembre a été inédite.

REUTERS/Lucy Nicholson

REUTERS/Lucy Nicholson

Quand il se passe quelque chose de grave, nous nous tournons vers l’école. Et les enseignants répondent présents.

Dès le soir du 13 novembre, une question taraudaient tous les parents et les familles: comment parler aux enfants de ce qui s’est passé, de ce qui effraie et dépasse l’entendement. Des psychologues ont été interviewés par les médias le lendemain pour nous aider. Mais ce qui est inédit, c’est la vitesse de la réaction du monde scolaire.

Des enseignants d’abord, quelques heures seulement après les premières informations sur les attentats, dans la nuit:


Des réactions de plus en plus rapides

Car, oui les profs savent que parler, expliquer, entendre fait aussi partie de leur travail, qu’il s’agit bien là d’enseigner et éduquer.

L’Éducation nationale a réagi aussi très rapidement. Le site Educscol, à destination des enseignants, a publié une sorte de vade mecum pour lundi, avec cette première consigne formidable: écouter les élèves.

«Pour accompagner au mieux le moment de recueillement, il convient donc de faire en sorte de répondre favorablement, dans un premier temps, aux besoins, interrogations ou demandes d'expression qui pourraient avoir lieu dans les classes par des élèves très jeunes et des adolescents. Les élèves auront besoin de s'exprimer. Écouter sera une des premières missions.»

Ensuite discuter.

Une même humanité frappée par le deuil

«Dans un second temps, il conviendra de veiller à orienter les discussions sur le fait que, dans Paris et en Seine-Saint-Denis, vendredi soir, ce sont des hommes, des femmes et des enfants qui ont été atteints, quelles que furent leur opinions personnelles, leurs opinions philosophiques ou leurs convictions religieuses. Une même peine atteint leur famille et leurs proches, au-delà de toute appartenance, dans une même humanité frappée par le deuil.»

Enfin, parce qu’à l’école on travaille, le ministère donne des idées de ressources et de fiches pédagogiques pour tous les degrés, en français mais aussi en éducation artistique ou en anglais et bien sûr, sur la question des Droits de l’Homme.

Des ressources qui vont s’étoffer mais les enseignants disposent évidemment des leurs, auront leurs idées.

C’est cela aussi la liberté pédagogique et c’est aussi assez réjouissant.

Réflexions pédagogiques

Les médias spécialisés à destination des enseignants n’ont pas tardé à réagir: dès samedi matin, le Café pédagogique publiait l’interview d’une psychologue, Agnès Florin, qui donnait des conseils aux enseignants concernant l’attitude à avoir et les propos à tenir lundi matin.

Ce dimanche, les Cahiers pédagogiques publiaient un texte issu d’un groupe de travail réunit ce 14 novembre: Quelle pédagogie pour aborder les attentats du 13 novembre 2015 à Paris avec des élèves?

«Éléments de précaution. Ce qui change par rapport aux événements de janvier 2015: il ne s’agit plus de se demander si ces gens-là “l’avaient cherché”? (Mais les dessinateurs de Charlie Hebdo ne l’avaient pas non plus cherché.) Écrire, défendre la liberté, se détendre en buvant un coup, manger par gourmandise, regarder un match sportif, écouter un concert... ne sont pas permis par les extrémistes auteurs de ces attentats.»

Un monde plus dangereux et plus inquiet

À la lecture de ces textes, on ne peut pas s’empêcher de penser que l’école a aussi appris des événements de janvier et que nous vivons aujourd’hui dans un monde différent. Plus dangereux et plus inquiet. Les sorties et voyages scolaires sont annulés jusqu’au 22 novembre. C’est aussi de cela dont il faudra arriver à parler dans les écoles, collèges, lycées. Ce qui devient le contexte scolaire contemporain et ne ressemble en rien de ce que nous avons déjà connu en France. Cela modifie le travail des enseignants.

Il est évidemment trop tôt pour dire comment l’école va se transformer sous ces pressions, mais, comme le 7 janvier, ce qui saute aux yeux c’est à quel point les regards se tournent vers l’école, perçue comme le cœur battant du projet républicain. Les évènements si proches et si tragiques réactivent l’idée que les enseignants sont les acteurs de ce projet, qu’ils défendent et portent nos valeurs, celles qui ont été attaquée le vendredi 13 novembre 2015. Et des enseignants ont pris la parole pour l’affirmer.

Soyons fiers de notre école

Enfin, comment ne pas évoquer ce petit commentaire incroyablement réjouissant et réconfortant, posté sur le site du New York Time. Une ode aux Français qui n’oublie pas la place centrale de la culture et de l’école dans notre pays

Oui, «lire n’importe quel livre, aller à l’école gratuitement». Nous oublions trop souvent la chance que nous avons en France d’avoir une école laïque, gratuite, dans lequel chaque enfant peut être accueilli.

Alors oui, les terroristes nous terrifient. Mais à cette peur, nous pouvons opposer aussi opposer nos convictions et un modèle. Celui d’une République qui prend en charge l’éducation de ses enfants. Qui s’est fixé pour rôle de les défendre et les protéger en offrant à tous un accès au savoir. Alors, même si elle est loin d'être parfaite, nous pouvons aussi être fiers de notre école.

Louise Tourret
Louise Tourret (167 articles)
Journaliste
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