France

Attention, on ne se pose pas les bonnes questions sur le terrorisme

Repéré par Robin Verner, mis à jour le 15.11.2015 à 12 h 54

Repéré sur The Atlantic, Vice

Se demander pourquoi un être humain se lance dans le terrorisme est contre-productif. Mieux vaut s'interroger sur le comment.

Définition du terrorisme | Jagz Mario via Flickr CC License by

Définition du terrorisme | Jagz Mario via Flickr CC License by

Les attentats de Paris bien sûr portent notre attention sur les faits en eux-mêmes et les circonstances du drame. Mais il est également urgent de réfléchir au concept même de terrorisme. Or, selon The Atlantic, nous ne nous posons pas les bonnes questions.

Cet article explique que la question du «pourquoi devient-on un terroriste?» ne devrait pas tant nous occuper. On relève de nombreuses réponses possibles à cette interrogation mais toutes sont, au choix, partielles ou contestables, voire les deux.

Il y a d’abord l’explication par la folie. Les terroristes seraient ainsi pathologiquement atteints. Mais cette analyse, pour le moins lapidaire, s’embarrasse peu de la diversité des terrorismes et semble s’arrêter à la surface des choses et des individus.
Les limites de cette vision assurent en partie l’émergence d’un autre prisme: l’explication politico-sociale. Albert Bandura, psychologue social, écrivait ainsi en 2002: «Des faits atroces requièrent des conditions sociales favorables plutôt que des gens monstrueux.» 

Cet éclairage a le mérite de rappeler que le terrorisme ne tombe pas de la branche d'un arbre et qu’il est intimement lié à des phénomènes historiques et à des déterminations sociales. Mais elle aussi pêche sur un point essentiel: comment expliquer alors que des gens qui correspondent au profil qu’on pourrait tracer a priori des terroristes ne basculent pas dans la violence? Pourquoi d’autres attendent très longtemps avant de le faire? Inversement, pourquoi un Breton, devenu brutalement islamiste, part-il en Syrie?

On le voit, dans ce domaine, les «pourquoi» ouvrent sur des «pourquoi». L’article suggère de se poser les questions suivantes à la place: «Comment devient-on terroriste? Comment intègre-t-on un réseau?» Au moment où il s’agit de protéger la population et de parer au plus pressé, ces interrogations sont effectivement peut-être plus immédiatement utiles.

L'explication la plus absurde est souvent la meilleure

Si nous avons tout intérêt à nous poser ses questions, c’est aussi parce qu’il n’est pas impossible que les terroristes eux-mêmes ne connaissent pas réellement les motifs les poussant à agir.

C’est en tout ce qu’affirmait en septembre l’année 2014 John Horgan, qui s’est entretenu avec de nombreux terroristes venus du monde entier. Il a souvent eu l’occasion de noter les variations dans les motivations d’un individu à l’autre. Certains sont des militants politiques convaincus, d’autres des mystiques religieux guerriers, quand d’autres se fichent des grandes idées et veulent simplement qu’on leur permette de faire partie de ce qu’ils voient comme une aventure, et si possible avec une arme à la main. 

«Les interviews les plus intéressantes qu’il m’ait été donné de réaliser étaient celles où mes interlocuteurs me disaient: “Franchement, je ne sais pas trop pourquoi j’ai fait ça.” Ils désignaient une multiplicité de facteurs plutôt qu’une raison en particulier.»

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