Les séries piratées l'ont bien cherché

Pierre Langlais, mis à jour le 30.09.2009 à 15 h 35

Marketing, buzz, programmation, petit tour d'horizon des causes de leur «succès»...

Les internautes aiment les séries. Selon une étude de Big Champagne, l'année 2009 aura été marquée par l'affirmation d'une fiction télé ouverte à tous les vents, dix fois plus repiquée que le grand écran. Heroes, favorite des «pirates», aurait ainsi comptabilisée, de janvier à juin dernier, 54,6 millions de téléchargements illégaux — loin, très loin devant les misérables 16,9 millions des Watchmen, leaders côté cinéma du très illicite palmarès. Une domination on ne peut plus logique quand on sait qu'une série compte entre 22 et 24 épisodes par saison (soit, dans le cas de Heroes, environ 2,4 millions de téléchargements par épisode), offrant ainsi une masse de données proposées, dans les heures qui suivent leur diffusion originale, sur les torrents du monde entier. Reste à savoir comment, au milieu de cet étalage sériel, les pirates font leur choix...

Des séries hyper marketées

Les dix séries qui dominent ce classement sont toutes des programmes à gros budgets marketing. Heroes, Grey's Anatomy, 24h Chrono, Gossip Girl, etc. sont des reines de la promo, de grosses machines américaines savamment marketées à travers la planète, bref des séries totalement mondialisées. Logiquement, plus le degré de notoriété d'une œuvre (d'un produit, si on se place du point de vue de ses promoteurs) gonfle, plus elle prend le risque d'être téléchargée. Inutile d'avoir mis les pieds à Hollywood et d'être tombé nez à nez avec les affolantes affiches publicitaires de Lost, Prison Break ou Dr. House pour connaître ces séries. D'ailleurs, ce sont les mêmes, à peu de choses près, qui apparaissaient dans le palmarès des programmes les plus piratés de 2008.

 

Des championnes du Buzz

Plus important encore que le marketing «à l'ancienne» — affiches, spot télé, pubs dans la presse - le «buzz» est devenu le premier moteur de notoriété des séries. Au cœur du buzz, Internet, royaume des nouveaux commerciaux mais aussi... des pirates. Parmi les dix séries les plus téléchargées, on trouve quatre des programmes les plus actifs sur la toile. Heroes, avant même sa diffusion en France, était un must-see du Net, et une des premières séries à s'affranchir des frontières - étatiques et cathodiques. Webisodes, jeux, produits dérivés... NBC, qui diffuse la série aux Etats-Unis, a mis le paquet, sachant que sa série plairait aux fans de superhéros, geeks en tous genres. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle a réussi son coup...

Même conséquences pour Prison Break (29,2 millions de téléchargements, 4e du classement), annoncée il y a quatre ans comme «la nouvelle 24h Chrono» et vendue à travers le monde comme le prochain carton de la décennie. Plus remarquable encore, la présence de deux séries de JJ Abrams, Lost (2e, 51,1 millions de clics) et Fringe (6e, 21,4 millions de clics). Abrams, maître incontesté du buzz, a été une des premiers à surfer sur la mode des ARG (Alernate Reality Games, sorte de jeux de piste en ligne), truffant la toile d'indices, de vidéos et d'infos sur ses séries. Forcément, en mettant le paquet sur les contenus Internet, on risque de mettre en appétit les amateurs du téléchargement illégal...

Le choix des ados

Heroes, Prison Break, Gossip Girl (9e, 19,7 millions) et Smallville (10e, 19,5 millions de clics) sont aussi des séries chéries des adolescents, les plus gros téléchargeurs illégaux si on en croit la majorité des études récentes (dont celle du site communautaire Habbo.fr, qui estime que 65% d'entre eux téléchargent. Tournées vers un public plus âgé, Les Experts, Esprits Criminels ou NCIS, pourtant leader des audiences, semblent boudées des gros téléchargeurs. Seule House (et en une moindre mesure Desperate Housewives) dépassent les clivages générationnels.

Des spécialistes du suspens

Il est enfin important de noter que les séries qui dominent ce classement sont des reines de la tension scénaristique, écrites et tournées de sorte à captiver les téléspectateurs et à les pousser à revenir en seconde semaine. Heroes, Lost, 24h Chrono et Prison Break sont ainsi passées maîtresses dans l'art du «cliffhanger», ce suspens intenable qui clôt un épisode ou une saison. Incapable d'attendre la prochaine diffusion de sa série préférée, le fan anxieux préférera se ruer sur la toile. Ce n'est pas une surprise, sachant cela, si les comédies sont absentes de ce palmarès...

Le cas d'Heroes et de Prison Break

Reste à éclaircir un mystère, valable aussi bien en France qu'outre-Atlantique. Comment expliquer les positions dominantes de Heroes (1er) et de Prison Break (4e) dans ce classement? Passée aux Etats-Unis de 14,3 millions de téléspectateurs en 2006 à 9,3 millions cette année, Heroes n'a plus les faveurs de TF1, qui attend toujours de passer sa saison 3 (sans doute au bout de la nuit). Prison Break, quant à elle, a dégringolée à 5 millions de fans seulement aux Etats-Unis, avant de prendre la porte au printemps dernier. En France, Prison Break qui frôlait en 2006 la barre des 6 millions de curieux sur M6, n'en attire même plus deux millions!

Base de fans fidèles, diffusion chaotique, rattrapage par les pirates d'un retard de visionnage accumulé face à la qualité décroissante des séries, les explications de ce décalage du téléviseur à la toile ne manquent pas. Reste une corrélation plus directe, et sans doute loin d'être impossible: si ces séries ont connues de telles chutes d'audience, c'est aussi parce qu'elles sont téléchargées à tour de bras. Mais comment expliquer alors la bonne tenue télé de 24h Chrono ou House, pourtant elles aussi largement pillées?

Une chose est sûre, ce classement a de quoi faire frémir TF1, qui se démène pour promouvoir sa plateforme de téléchargement légal. Dans les dix séries favorites des pirates, plus de la moitié sont proposées sur TF1 Vision, souvent au lendemain de leur diffusion américaine (pour 1,99 € par épisode). Si le classement, mondial ne précise pas les goûts et les couleurs des téléchargeurs français, on se doute qu'ils ne doivent pas être bien loin de la tendance globale. Preuve ultime qu'une offre légale ne semble pas encore être suffisante pour combler les fans des séries, les Etats-Unis, où existent pourtant des sites de téléchargement gratuit comme Hulu.com, représentent à eux seuls plus de 47% du piratage...

Pierre Langlais

Image de une: Tiré de House MD, épisode 1, saison 6/ FOX

Pierre Langlais
Pierre Langlais (54 articles)
24CULUREdr houseHeroesLost
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte