France

Comment les journaux ont choisi leurs photos de unes sur les attentats

Fanny Arlandis, mis à jour le 14.11.2015 à 20 h 15

Slate a interrogé des journaux français et étrangers sur le choix des photographies utilisées en une du 14 novembre.

Différentes unes de journaux datées du 14 novembre.

Différentes unes de journaux datées du 14 novembre.

Libération

En début de soirée, Libération publie une première version de leur une. Elle montre des corps recouverts de draps blancs devant le bar Le Carillon, rue Bichat. Sur la gauche on aperçoit deux membres des services de secours.

«Nous avions une couverture photo assurée par certains de nos photographes mais aucune image n’était assez forte alors nous avons utilisé une photo du «fil» [là où les différentes agences de presse diffusent des photos pour les rédactions, ndlr]», raconte Isabelle Grattard, chef de service au service photo du journal. De nouvelles images arrivent en permanence et Libération décide de changer la une vers 23h. La rédaction opte pour une seconde photographie qui montre un blessé en train d'être évacué du Bataclan:

«Nous avions une manchette forte qui mettait en avant le carnage alors nous avons pris le parti de montrer le travail des secours. Il nous semblait également important de publier une image prise près du Bataclan car on commençait à comprendre l’ampleur incontestable de ce qui était en train de se passer dans cette salle de concert»

Wall Street Journal

Au Wall Street Journal, le choix de l'image de leur édition du week-end a fait l'unanimité dans la rédaction. Il s'agit d'une photographie de Jérôme Delay, photographe à l'Associated Press, surprenante par sa simplicité et son intensité. Elle montre un corps étendu sur un trottoir recouvert d'un drap sur lequel se reflète une forte lumière. Il est entouré de feuilles d'arbres tombées sous l'autonme.

La rédaction du WSJ a préparé trois unes à différents moments de la nuit. La dernière s'est imposée par «sa force et sa puissance», explique Lucy Gilmour, directrice de la photographie au journal. La rédaction décide de mettre de côté les photos spectaculaires de secours, de blessés ou de forces de police. «Cette photographie permettait à elle seule d'évoquer l'énormité de l'attaque et la désolation ensuite»

Le Parisien

De façon exceptionnelle, Le Parisien a publié deux éditions ce 14 novembre. La première, réalisée la nuit dernière, met en une l'image d'un de leur photographe, Olivier Arandel. On distingue un brancard, un corps sur le sol recouvert d'un drap et des secours. «Nous voulions mettre en avant l'état de sidération et d'effroi dans Paris après l'attaque», raconte Aurélie Audureau, rédactrice en chef adjointe du Pôle Image. 

La seconde édition, publiée en fin de matinée, montre des corps non recouverts et baignant dans leur sang. 

«Nous assumons la violence de cette image. Nous considérons qu'elle est proportionnelle à l'attaque qu'a subi la France et nous ne voulons pas ménager le lecteur tel que nous le faisons habituellement en adoptant une ligne éditoriale très stricte qui refuse de montrer des corps pour respecter l'intégrité des victimes». 

La dernière page du journal est aussi une photo. On y voit des militaires sur un passage pieton. «Nous avons opté pour une double une car nous voulions souligner cette scène surréaliste de l'armée déployée sur la voie publique à Paris».

Fanny Arlandis
Fanny Arlandis (271 articles)
Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.
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