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«Bloody Friday»: il va falloir dépasser collectivement les phénomènes de sidération et de tétanisation

Jean-Yves Nau, mis à jour le 14.11.2015 à 15 h 07

La France va faire face dans les jours et les semaines à venir à un défi inédit: gérer le traumatisme de l'après 13 novembre.

Paris, le 14 novembre 2015 I REUTERS/Johan Nilsson/TT News Agency

Paris, le 14 novembre 2015 I REUTERS/Johan Nilsson/TT News Agency

Que faire, collectivement, pendant et après la tétanisation? Nous sommes encore loin d’avoir pris la mesure des conséquences de la tragédie de la nuit parisienne du 13 au 14 novembre. Conséquences physiques, charnelles mais aussi conséquences psychologiques. Comment les personnes, comment les groupes et les foules, comment un pays réagissent-ils à un tel traumatisme? Qui le sait et comment exploiter ce savoir?

Sur Slate.fr, Éric Leser fait, fort justement, un rapprochement avec le 11-Septembre: «Attentats du 13 novembre: le 11-Septembre français». Le parallèle, comme toujours, a ses limites. Quatorze années plus tard le monde a profondément changé et les réactions à venir à Paris, en France et dans le monde ne seront en rien les répliques de celles qui furent observées à New York, aux États-Unis et dans le monde alors. Un monde connecté comme il ne l’a jamais été et qui est désormais officiellement entré dans une guerre de religions/civilisation qu’il n’a jamais connue sous cette forme.

Catharsis et bouc émissaire

Que faire pendant la sidération collective? Dès maintenant des lecteurs de signes magiques cachés sont à l’œuvre. Ils notent que tout cela survient au lendemain des cérémonies de commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918, à proximité immédiate d’un France-Allemagne amical. Et, bien évidemment un vendredi 13. C’est l’éternel combat du hasard et de la fatalité.

Tétanisation, sidération collectives sont, eux des phénomènes objectifs. Ce sont aussi des entités qui peuvent être décryptées, analysées ; face auxquelles on peut réagir pour en réduire les conséquences les plus possiblement dramatiques. C’est là retravailler les concepts de catharsis et de bouc émissaire. C’est faire appel à la psychiatrie, à la psychologie et à ce que l’on sait de l’inconscient des foules. 

Parler pour dépasser le traumatisme

C’est traiter cette tragédie comme un phénomène pathologique qui réclame, parallèlement aux services médicaux d’urgence, à la sécurité civile et aux actions de police militaire, une sémiologie et une thérapeutique adaptées –le tout dans un nouvel environnement, multi-connecté, que l’on tenait pour transparent.

C’est, pour le dire autrement, mettre en œuvre de nouvelles manières et avec de nouveaux outils la dynamique existante avec les cellules de soutien psychologiques déployées depuis plusieurs années lors de traumatismes de taille limitée. Parler pour dépasser le traumatisme. Parler pour, in fine, moins souffrir. Tout n’est certes pas une affaire de réponse étatique. Et on peut raisonnablement parier sur des réponses spontanées du type de celles observées après les tragédies du 11 janvier. Pour autant la puissance publique existe. C’est là, pour les autorités sanitaires françaises, un défi sans précédent. Un défi qu’elles peuvent et se doivent de relever: aider à la sublimation collective des passions.

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
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