France

«Le jour d’après la grande attaque»: le colonel français qui avait prévu les attentats du 13 novembre

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 14.11.2015 à 14 h 19

Repéré sur Michel Goya / La voie de l'épée

Michel Goya s'inquiétait il y a peu dans une note de blog du manque de préparation de l'État français sur l'après.

Un pompier auprès d'un blessé près de la salle de concert du Bataclan, à Paris, le 13 novembre. REUTERS/Christian Hartmann

Un pompier auprès d'un blessé près de la salle de concert du Bataclan, à Paris, le 13 novembre. REUTERS/Christian Hartmann

Colonel à la retraite, Michel Goya a travaillé au cabinet du chef d’état-major des armées. Il a été directeur de recherches à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM). Docteur en histoire contemporaine, il enseigne l’histoire militaire de la guerre à Sciences Po Paris, est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire de la guerre moderne et intervient régulièrement dans les médias.

Or, le colonel Michel Goya a écrit le 25 octobre 2015 sur son blog, soit il y a quelques semaines à peine, un texte intitulé «Le jour d’après la grande attaque», dans lequel il explique très froidement pourquoi des attaques massives comme celles de la nuit du 13 novembre allaient arriver.

Dizaines d'attentats massifs depuis 2001

Selon l'auteur, les attaques de 2012 et de janvier 2015, «qui ont provoqué beaucoup d’émotion ne sont pourtant encore que peu par rapport aux dizaines d’attentats massifs et d’attaques dynamiques qui ont frappé diverses nations du monde depuis 2001. La première des responsabilités serait d’expliquer que cela arrivera très probablement sur notre sol dans les mois ou années à venir.» (les extraits sont soulignés par Slate).

Ces attaques pourraient prendre «la forme d’un commando venu de Libye éclatant en cellules autonomes de massacre au cœur de Marseille ou d’une équipe de snipers frappant les foules parisiennes une nuit du nouvel an… ou tout autre procédé pourvu qu’il soit stupéfiant», écrit-il encore.

Pas de stratégie pour l’après-11-Septembre français

Mais le colonel Goya est avant tout soucieux dans son texte de démontrer que, selon lui, la France n’est pas préparée à engager une véritable stratégie pour répondre à de telles attaques.

 «Il reste à savoir ce qui se passera le jour d’après. Quelle sera la réponse à ce qui, bien plus qu’en janvier, ressemblera vraiment aux attaques du 11 septembre 2001 aux États-Unis ?» Or, «s’il y a bien un message que la France a envoyé après les attentats de janvier, juge-t-il, c’est bien qu’elle avait été surprise et qu’elle le serait encore plus en cas événements particulièrement graves.»

Selon Michel Goya, «une stratégie suppose en effet la définition d’un chemin vers la victoire et la fin de la guerre, et ce chemin on ne le voit guère.» Enumérant les mesures prises après les attaques de janvier 2015, il estime qu’elles ne sont pas à la hauteur des enjeux:

«L’épée est donc déjà sortie mais pour quel effet? Nous avons engagé deux brigades dans les rues de métropole afin de rassurer un peu les Français, nous tentons d’endiguer les organisations armées nord-africaines avec 3.000 hommes et quelques aéronefs en limite d’un sous-continent très fragile et de la taille de l’Europe, quant à nos 12 avions de combat au Proche-Orient, ils réalisent 3% d’une campagne de frappes qui n’obtient que des résultats mitigés contre l’État islamique. Le moins que l’on puisse dire est que vu de Raqqa notre contre-djihad manque singulièrement de punch et nous sommes pourtant à notre maximum.»

Ces atermoiements se lisent, poursuit le gradé, dans le vocabulaire employé par l’exécutif depuis janvier: un «engagement majeur» plutôt qu’une «guerre», le «terrorisme» plutôt que le «djihadisme», etc. Comme si la menace ne pouvait être précisément identifiée ni l’ennemi clairement désigné.

Équilibres bouleversés

Sur le plan militaire et international, «il faudra expliquer pourquoi on a diminué en permanence ces moyens, pourquoi on a baissé la garde alors qu’on ne cessait de dire, y compris dans les documents officiels, que le monde qui nous entourait était toujours plus dangereux.» Sur le plan intérieur, les conséquences d'un tel attentat bouleverseront les équilibres de la société française, sans que nul ne sache pour quel résultat:

«Il faudra gérer la crise autrement que par des slogans, des numéros verts et la désignation de “référents” antiracistes. Il faudra gérer des colères de tous côtés et on ne voit pas très bien comment cela évoluera.»

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