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Après le raid contre le bourreau «Jihadi John», certains regrettent une défaite pour la justice

Mohammed Emwazi dans une vidéo de propagande de l'État islamique.

Mohammed Emwazi dans une vidéo de propagande de l'État islamique.

Si la mort de Mohammed Emwazi, ce Britannique devenu bourreau de l'État islamique, n'est pas encore confirmée, plusieurs s'élèvent pour dénoncer un raid aérien mortel plutôt qu'une capture en vue d'un procès.

Mohammed Emwazi, citoyen britannique et bourreau de l'État islamique également connu sous le nom de «Jihadi John», a été visé par un raid aérien au-dessus de la ville de Raqqa, capitale autoproclamée du «califat» en Syrie. Si sa mort n'a pas encore été confirmée par les autorités américaines et britanniques qui continuent d'analyser les résultats de l'opération militaire, il serait «très probable» qu'il ait été tué au cours de l'attaque, rapporte un haut responsable à la BBC.

Mohammed Emwazi, anciennement programmateur informatique à Londres, est devenu en quelques mois le symbole de la violence de l'État islamique en apparaissant (toujours masqué) dans plusieurs vidéos de propagande. Il a également été aperçu dans les vidéos d'exécution de plusieurs otages, notamment celles de David Haines et Alan Henning, deux travailleurs humanitaires britanniques.

Toujours dans l'attente d'une confirmation de la mort de Mohammed Emwazi, David Cameron, le premier ministre britannique, a qualifié la frappe aérienne américaine «d'acte d'autodéfense», ajoutant que «c'était la bonne chose à faire». 

Des réactions mitigées

Une position que tout le monde ne partage pas. Certains auraient effectivement préféré que Mohammed Emwazi soit traduit en justice et jugé plutôt que tué dans une attaque militaire, à l'image de Jeremy Corbyn, le chef du parti travailliste d'opposition anglais. Il s'est exprimé peu après l'annonce de l'attaque au-dessus de Raqqa et a déclaré qu'il aurait été «de loin préférable pour nous tous de lui demander de rendre des comptes devant la justice».

La mère de James Foley, un journaliste américain enlevé puis décapité en 2012 dans la première vidéo où Mohammed Emwazi est apparu, a déclaré que sa mort serait un «maigre réconfort» pour la famille. Reg, le frère d'Alan Henning, se dit soulagé par les rumeurs, mais «aurait préféré qu'il soit confronté à la justice». De son côté, le neveu d'Alan Henning, Stuart Henning, s'est montré partagé après les rumeurs autour de la mort de Mohammed Emwazi:

«J'éprouve des sentiments mélangés. Parce que je voulais que le lâche qui se cachait derrière le masque souffre comme ont souffert Alan [Henning] et ses amis. Mais dans le même temps, je me réjouis de sa destruction.»

D'autres sont plus catégoriques. Majid Freeman, un travailleur humanitaire présent dans le convoi lors de la capture d'Alan Hening en décembre 2013, est également partagé à propos du traitement qui aurait été réservé à Mohammed Emwazi, explique le Guardian:

«Évidemment, je ne vais pas fondre en larmes pour lui, mais le fait est que j'aurais aimé, tout comme les proches de ceux qui ont été pris en otage, qu'il soit capturé vivant et jugé comme un criminel de guerre. Si les Américains étaient capables de savoir où il était pour le cibler dans une attaque de drone, ils auraient certainement pu le capturer comme ils l'ont déjà fait auparavant pour d'autres combattants de Daech.»

Dans un communiqué, l'association britannique Cage –dont les positions sont controversées– a rapidement réagi à l'annonce du raid aérien visant Mohammed Emwazi. L'organisme a regretté qu'il ne soit pas capturé afin d'être traduit en justice:

«Cage réaffirme son opposition aux exécutions extrajudiciaires de toute sorte. Les assassinats ciblés soutenus par un État entravent le processus judiciaire qui montrerait que les spirales de violence peuvent être stoppées. Emwazi aurait dû être jugé comme un criminel de guerre.»

Des précédents

En 2013, Human Right Watch questionnait déjà les pertes civiles lors d'attaques de drones menées par les forces américaines. Le rapport revenait sur différentes attaques meurtrières et demandait aux États-Unis de s'«expliquer les fondements juridiques de ces assassinats ciblés», de «clarifier publiquement toutes les directives» sur ces attaques et traduire en justice les auteurs de «meurtres illégaux».

Quelques jours plus tôt, Malala Yousafzaï était invitée à la Maison Blanche par Barack Obama et n'avait pas hésité à critiquer le recours aux attaques de drones «qui alimentent le terrorisme, tuent des innocents et renforcent le ressentiment des Pakistanais».

Les circonstances de la mort d'Oussama Ben Laden, en 2011, avaient également soulevé des interrogations au regard du droit international, comme l'expliquait L'Express. Philippe Currat, avocat suisse, estimait que la justice n'avait pas été faite dans cette affaire: 

 «Je préfère utiliser le terme d'exécution sommaire ou extrajudiciaire dans la mesure où il y a eu un usage de la force publique pour servir un intérêt public. Mais justice n'a pas été faite. On était dans une opération de police qui a pour mandat d'interpeller et remettre à la justice et non de juger, il ne faut pas confondre.»

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