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En Formule 1, la chance prend souvent tout le monde de vitesse

Lewis Hamilton, le 25 octobre 2015 I Action Images / Hoch Zwei

Lewis Hamilton, le 25 octobre 2015 I Action Images / Hoch Zwei

Lewis Hamilton a-t-il eu beaucoup de chance pour être sacré champion du monde pour la troisième fois? Dans un sport aussi aléatoire que la Formule 1, Nico Rosberg, son dauphin, aurait plutôt tendance à le penser au seuil du dernier Grand Prix de la saison à Abu Dhabi.

Pour Lewis Hamilton, déjà sacré champion du monde de Formule 1 pour la troisième fois depuis le 25 octobre, le Grand Prix d’Abu Dhabi, organisé dimanche 29 novembre sur le circuit de Yas Marina, ne constitue pas un enjeu particulier sauf impérial. Cette course –la dernière de la saison– pourrait être pour lui, vainqueur de 10 Grands Prix sur 18 en 2015, l’occasion d’un point d’exclamation final alors que Nico Rosberg, son rival chez Mercedes, vient de remporter en succession les Grands Prix du Mexique et du Brésil. 

En 2014, le Grand Prix d’Abu Dhabi avait scellé, en revanche, le destin de la saison de Formule 1 et Lewis Hamilton, en s’y imposant, avait écarté la menace du même Nico Rosberg pour s’arroger sa deuxième couronne mondiale. Dans l’histoire de la Formule 1, série née en 1950, c’était la 28e fois que le champion du monde avait été consacré lors de la dernière course de la saison. Et Hamilton a récemment admis que cet enjeu avait réussi à lui faire perdre le sommeil au seuil de ce rendez-vous crucial. 

Coups du sort à Interlagos

Dans ce contexte de suspense à outrance, Lewis Hamilton s’était déjà retrouvé deux fois au cœur de la bataille pour le titre, en 2007 et 2008, quand le Grand Prix du Brésil, alors dernière épreuve de la saison, avait effectivement décidé de l’identité du pilote couronné. Fortunes diverses et même inverses. En 2007, il avait laissé échapper, pour un point, le graal au profit du Finlandais Kimi Räikkönen à cause de problèmes de boîte de vitesses et de pneus sur le circuit d’Interlagos à Sao Paulo.

Mon cœur était près d’exploser mais, heureusement, j’ai pu repasser Glock

Lewis Hamilton, en 2008

Mais en 2008, son sort avait été spectaculairement contraire. Lewis Hamilton semblait devoir abandonner son rêve de titre de champion du monde au profit du héros local, le Brésilien Felipe Massa, vainqueur de la course. Mais dans le dernier tour, le pilote McLaren avait bénéficié d’un miraculeux coup du destin venu du ciel. Classé 6e de la course (la 5e place étant impérative pour lui assurer le titre), le Britannique paraissait condamné sauf que la pluie, qui s’était mise à retomber depuis quelques minutes, avait soudain pénalisé les Toyota mal «chaussées» en pneumatiques, et notamment celle de Timo Glock, 5e, à l’agonie sur une piste devenue trop glissante. Dans le dernier tour, au virage 10 d’Interlagos, Hamilton, béni des cieux et des Dieux, avait dépassé Glock à l’intérieur et avait «sauté» ainsi à la cinquième place suffisante pour lui assurer la couronne mondiale quelques dizaines de mètres plus tard au plus grand désarroi de Felipe Massa, battu pour un point et qui s’y «voyait» déjà. À coup sûr, l’un des derniers tours les plus palpitants de l’histoire du Championnat du monde. 

«J’ai vraiment été chanceux, notamment dans ce dernier tour, mais finalement j’ai réalisé mon rêve, avait-t-il raconté sous le coup de l’émotion. Mon cœur était près d’exploser mais, heureusement, j’ai pu repasser Glock. On a fait ce qu'on devait faire. Je ne sais pas ce qui serait arrivé si j'avais perdu le titre comme ça dans le dernier tour.»

 

Accidents, envahissements de la piste… 

Sans les rebondissements sortis de l’imagination des nuages, Lewis Hamilton serait-il devenu champion du monde pour la première fois en 2008? En tant que «victime» de ce chambardement atmosphérique, Felipe Massa, qui n’est jamais devenu champion du monde, pourra se poser cette question jusqu’à la fin de son existence. Pour tout sportif, la chance est un élément parfois constitutif et même décisif d’un résultat, mais elle est parfois la conséquence d’un acte. La balle qui touche la bande du filet d’un court de tennis sur une balle de match et retombe dans la bonne partie du terrain pour celui qui l’a frappée, c’est à la fois de la veine, mais aussi la conséquence d’un coup exécuté par le joueur en question qui, s’il l’avait négocié différemment, n’aurait peut-être pas bénéficié de ce petit coup de pouce du destin final.

En 1976, Niki Lauda préfère abandonner au bout de deux tours que prendre un risque pour sa vie

En sport automobile, et notamment en Formule 1, la chance, ou la malchance, est liée souvent à de multiples éléments extérieurs et incontrôlables avec leurs répercussions tout au long d’une saison: accidents de concurrents, débris traînant sur la piste, envahissement de la piste par un spectateur et, bien sûr, interventions de la fameuse «safety car» à l’image de celle, décisive, du dernier Grand Prix de Monaco où Nico Rosberg n’a dû sa victoire qu’à cette intrusion intempestive de la voiture de sécurité pour priver Lewis Hamilton d’un succès qui lui était absolument acquis. «J’ai été extraordinairement chanceux», avait reconnu Rosberg. 

Les caprices de la météo

Le mot «chance» avait d’ailleurs été au cœur d’un échange doux-amer entre Rosberg et Hamilton en marge du récent Grand Prix de Singapour. Hamilton avait déclaré ne pas vouloir prendre en cause le facteur chance pour expliquer sa réussite du moment et Rosberg avait répondu: «C’est un fait. Il y a de la chance et de la malchance», en arguant qu’il n’avait pas été, lui, très heureux ces derniers temps. 

La météo, à l’image du Grand Prix du Brésil 2008, est, bien sûr, un ingrédient essentiel qui peut venir arbitrer les débats au moment où se décide le titre suprême comme en 1976 lorsque Niki Lauda, en lutte avec James Hunt pour le sacre, avait choisi d’abandonner, par prudence, le dernier Grand Prix de l’année, au Japon, au bout de deux tours parce que les conditions atmosphériques étaient, selon lui, trop dangereuses.

Nigel Mansell avait ainsi titre «gagné» face à Alain Prost lorsque son pneu explose au 64e tour

Traumatisé par son terrible accident survenu plus tôt dans la saison sur le circuit du Nürburgring, en Allemagne, l’Autrichien, qui menait de trois points au classement, avait ainsi «offert» le titre au Britannique parce que le destin en avait décidé de la sorte. «Assez!, s’était-il écrié. Ma vie vaut mieux qu’un titre de champion du monde.» 

Forcer sa chance

Mais le matériel qui lâche, sans prévenir, est aussi un autre facteur discriminant frappé d’injustice du sport automobile dans les derniers kilomètres d’une longue saison. En 1986, lors de la dernière manche du Championnat du monde de Formule 1, qui se déroulait alors à Adélaïde, à l’occasion du Grand Prix d’Australie, Nigel Mansell avait ainsi titre «gagné» face à Alain Prost lorsque son pneu avait explosé au 64e tour, accident qui avait permis au Français d’être couronné pour la toute première fois de sa carrière. Encore une fois, le malheur de l’un… 


Pour Michael Schumacher, savoir forcer sa chance lors du dernier Grand Prix pour tenter de s’arroger la couronne mondiale coûte que coûte pouvait relever clairement d’une stratégie de la part d’un coureur de Formule 1. En 1994, au cours du Grand Prix d’Australie, dans un moment fameux resté dans les annales, il n’avait pas hésité ainsi à couper la route à Damon Hill qui risquait de lui brûler la politesse en direction du sacre. Énorme scandale avec l’élimination des deux rivaux, mais titre acquis pour l’Allemand en dépit de ce coup de volant intempestif clairement antisportif. Sous son ciel presque éternellement azur, le Grand Prix d’Abu Dhabi s’annonce, heureusement, et en principe, plus pacifique. C’est une chance…


 

 

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