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Loubna Abidar a joué une prostituée marocaine: ce rôle lui coûte son pays

Loubna Abidar, actrice principale du film «Much Loved», a décidé de quitter le Maroc en raison de l’hostilité rencontrée par cette œuvre sur la prostitution, si forte qu’elle a reçu des menaces de mort.

Le film Much Loved aborde le thème de la prostitution au Maroc à travers le portrait de quatre femmes. L’une d’elles est incarnée par l’actrice marocaine Loubna Abidar, qui tient le rôle principal. Dans une tribune au Monde, elle explique que le jour où elle a obtenu le premier rôle dans ce film était le «plus beau jour de [sa] vie», notamment parce qu’elle allait pouvoir «donner la parole» à toutes les filles qu’elle avait côtoyées dans son enfance. Sauf que ce rôle a eu d’autres implications: il est à l’origine de sa décision de quitter son pays natal pour ne «pour ne plus vivre dans la peur».

Après avoir été présenté au festival de Cannes, le film (Zin li fik, en arabe) a été interdit de diffusion au Maroc et y a entraîné une vive polémique, tout comme un débat sur la prostitution, interdite dans le pays. «C’est un film qui parle non pas de la prostitution au sens générique du terme, mais de quatre femmes», a défendu dans un entretien à l’AFP Nabil Ayouch, qui considère les prostituées du film comme «des guerrières». Et Loubna Abidar, qui a certes reçu plusieurs prix dans les pays étrangers pour ce rôle, a dû endurer une campagne de haine sur les réseaux sociaux, comprenant des menaces de mort.

«On m’insulte parce que je suis une femme libre»

Après quelques mois, elle s’est décidée à sortir à visage découvert dans Casablanca. Elle y a été agressée par trois hommes ivres et a ensuite raconté dans sa tribune au Monde comment les autorités et les secours l’ont dénigrée:

«Au fond, on m’insulte parce que je suis une femme libre. Et il y a une partie de la population, au Maroc, que les femmes libres dérangent, que les homosexuels dérangent, que les désirs de changement dérangent. Ce sont eux que je veux dénoncer aujourd’hui, et pas seulement les trois jeunes qui m’ont agressée…»

L’actrice a tout de même reçu de nombreux soutiens en provenance de son pays natal pour avoir incarné son personnage. Elle s’est félicitée que de nombreuses prostituées aient pu témoigner de leur vécu et se soient reconnues dans le film. L’une d’elle, sous couvert d’anonymat, a appuyé la déclaration de Loubna Abidar:

«Je ne comprends pas pourquoi la société n’a pas accepté ce film. Peut-être parce qu’il montre une catégorie de la population qu’elle préfère maintenir cachée?»

Le code pénal marocain prévoit pour la prostitution des peines de deux à dix ans d’emprisonnement et des amendes allant de 5.000 à 1 million de dirhams (de 450 à 90.000 euros).

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