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Étiquetage des produits: Israël paie ses lacunes de communication

Dans un champ près de la colonie de Mevo Horon, en 2010. REUTERS/Baz Ratner.

Dans un champ près de la colonie de Mevo Horon, en 2010. REUTERS/Baz Ratner.

La dernière décision de la Commission démontre qu’Israël doit radicalement changer sa position vis-à-vis de l’Europe.

La Commission européenne a demandé, mercredi 11 novembre, aux 28 États membres de procéder à l’étiquetage des produits originaires des implantations israéliennes de Cisjordanie. Cette décision, à laquelle Israël s’est toujours opposé, a été adoptée lors d’une réunion du collège des commissaires européens à Bruxelles. Pour l’instant, les produits des implantations sont étiquetés comme fabriqués en Israël; il faudra dorénavant mentionner la provenance précise sur les étiquettes.

Cette mesure symbolique pendait au nez d’Israël depuis longtemps. L’Europe, qui avait pour principe de ne condamner que l’intransigeance israélienne, avait plusieurs fois menacé de prendre des mesures coercitives contre les constructions dans les implantations. C’était la seule arme dont elle disposait. Il ne s’agit pas d’un boycott à proprement dit, puisque les produits continueront d'entrer sur le continent: seuls les ménages européens décideront ou non du sort qui sera réservé aux produits des implantations. Les Européens, les Français en particulier, sont beaucoup moins politisés, à l’exception d’une poignée de militants irréductibles qui ne pèseront pas lourd face au choix des acheteurs. Le prix et la qualité des produits primeront sur l’origine.

L’Union européenne considère qu’il s’agit avant tout d’une mesure «technique non politique» qui a pour but l’information des consommateurs, qui restent maîtres du choix de leurs achats. La concurrence sur certains produits étant faible à certaines périodes de l’année, les conséquences ne devront pas se faire sentir au-delà du symbolique. La mesure d’interdiction d’entrée, avant le mois de janvier, des produits Jaffa décrétée il y a plusieurs années avait été ressentie comme un coup pour l’agriculture israélienne, mais elle s’en est bien remise. Les oranges et pamplemousses se vendent normalement au-delà de cette date butoir. En tout état de cause, à peine 2 à 3% des échanges commerciaux entre Israël et l’UE pourraient être touchés pour un montant de 200 millions de dollars, soit l’équivalent de la vente de trois drones israéliens.

Réaction épidermique israélienne

Benjamin Netanyahou, qui a estimé que l’UE «devrait avoir honte de sa décision», n’a aucune carte entre ses mains. Il attendu trop longtemps avant d’agir et il ne peut que mobiliser tardivement ses relais en Europe, qui n’ont pas les moyens de mettre en cause une décision actée. Il a trop mésestimé l’Europe au profit des États-Unis et de certains pays asiatiques pour ne pas être surpris par cette décision. Son argument comme quoi Israël est confronté à «une vague de terrorisme» peut être considéré comme hors sujet. En revanche, il est vrai que «l’étiquetage des produits ne fait pas avancer le processus politique entre Israël et les Palestiniens, au contraire. L’étiquetage renforcera les éléments radicaux qui soutiennent le boycott d’Israël et dénient à Israël le droit d’exister».

On voit mal les conséquences politiques qui pourraient en découler. Israël n’est pas en mesure d’imposer des représailles, sauf à répercuter sa mauvaise humeur sur les Palestiniens qui auraient préféré que les produits soient strictement interdits à la vente. Quelques étiquettes sur les produits ne décourageront pas les acheteurs européens, sauf les vrais militants.

Mais Israël souffre d’une lacune dans sa politique d’information. Il n’a jamais réussi à convaincre l’Occident que les implantations juives sont une source d’emplois pour les Palestiniens des territoires. Selon le Bureau central palestinien des statistiques, plus de 20.000 Arabes palestiniens travaillent exclusivement dans les implantations juives de Cisjordanie. Sachant qu’avec un salaire israélien, un Palestinien fait vivre quatre familles, le boycott des produits des implantions peut mettre en danger les revenus de près 100.000 familles arabes. Cette information ne peut laisser de marbre les décisionnaires d’un éventuel boycott.

Une diplomatie atone

La diplomatie israélienne n’est pas innocente dans cette affaire. Le précédent ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, était persona non grata dans les chancelleries européennes. Aujourd’hui, le Premier ministre a récupéré cette fonction qui lui laisse peu de temps pour s’opposer aux décisions des commissaires européens. La diplomatie avec l’Europe a souffert. La nomination pendant cinq ans d’un ambassadeur à Paris ne parlant pas le français, Yossi Gal, n’a pas arrangé les choses alors que les francophones diplômés et expérimentés ne manquent pas en Israël. La nouvelle ambassadrice, Aliza Bin-Noun, a du pain sur la planche pour rétablir une situation détériorée.

L’Europe a toujours été considérée comme une cause perdue pour Israël. La diplomatie n’a rien fait pour freiner le sentiment anti-israélien qui s’y est propagé. Le Parlement européen est largement dominé par des partisans de l'étiquetage des produits, voté en septembre par 525 voix contre 70. Et l'une des rares voix discordantes est venue d’un eurosceptique déclaré, l'eurodéputé UKIP Roger Helmer, qui voit dans Israël «une oasis de relative stabilité, de démocratie, de primauté du droit, d'esprit d'entreprise et de libre marché», entourée de «théocraties médiévales».

La dernière décision européenne démontre qu’Israël doit radicalement changer sa position vis-à-vis de l’Europe, en négligeant la haute diplomatie pour concentrer ses efforts sur les médias et sur les populations, qui peuvent être réceptives à son message en ces temps de montée de l’islam radical. La position israélienne n’est pas expliquée, comme si l’État juif refusait de s’abaisser à se justifier face à des positions vues commme antisionistes et souvent soutenues par des antisémites déclarés. L'Etat israélien paie les lacunes de sa stratégie de communication.

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