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Un photojournaliste raconte de manière bouleversante des «scènes de guerre en zone de paix»

Un réfugié syrien porte un bébé dans le port de Mytilène à Lesbos, le 5 novembre 2015. REUTERS/Alkis Konstantinidis

Un réfugié syrien porte un bébé dans le port de Mytilène à Lesbos, le 5 novembre 2015. REUTERS/Alkis Konstantinidis

Aris Messinis, photojournaliste de l'AFP, couvre la crise des migrants à Lesbos, une île grecque qui fait face à un vertigineux afflux de réfugiés venus de Syrie, d'Afghanistan, d'Irak et d'Erythrée. Et de là, il raconte de manière bouleversante la difficulté d'assister à des «scènes de guerre» dans un pays en paix. 

Entre des photos de bébés échoués sur le rivage, de réfugiés hurlant, de gens heureux aussi d'être enfin arrivés, Aris Messinis écrit:

«Ce qui me choque le plus dans cette couverture, c'est de me dire qu'on n'est pas en zone de guerre. Qu'on travaille en zone de paix. Mais les émotions qui passent par mon objectif sont dignes d'une scène de guerre.

J'ai travaillé en Syrie et en Libye. Photographier la guerre, je connais. Quand on va là-bas, on s'attend à ce genre de scènes. Mais pas à Lesbos.

 

A Lesbos, la souffrance humaine ne diffère pas de celle qu'on croise dans une guerre. De savoir que ce n'est pas le cas rend les choses encore plus émotionnelles. Et beaucoup plus douloureuses.

C'est dur aussi d'avoir à traduire les difficultés des gens, leur souffrance, alors qu'on ne court soi-même aucun danger. Quand on couvre une guerre, on est menacé aussi, alors on est d’une certaine façon davantage sur un pied d'égalité avec les gens qu’on photographie. Mais ici, on ne risque rien. C'est pourquoi, souvent, je lâche le boîtier et j’aide. C’est un besoin.»

Lesbos, comme l'expliquait Reuters le 10 novembre, est «l'épicentre d'une crise migratoire qui ne fait que prendre de l'ampleur. Environ 125.000 réfugiés sont arrivés à Lesbos depuis la Turquie en octobre, deux fois le nombre d'août, selon l'International Rescue Committee (IRC). (...) Plus de 791.000 sont arrivés par la mer depuis janvier».

Mais pour s'occuper d'eux? Rien de concret n'est mis en place, ce sont des volontaires qui font tout. Reuters précise

«Le gouvernement grec, qui se débat encore avec l'ultime chapitre de sa crise financière, a dépensé sur les 18 derniers mois 1.5 milliard d'euros pour la crise des migrants, selon le ministère de l'immigration grec, Yiannis Mouzalas. Dans le même temps, la Commission Européenne a débloqué seulement 42 millions d'euros des 259 millions d'euros aloués à la Grèce, pour aider à gérer l'afflux de migrants.

Mais quant à savoir où est allé cet argent, ce n'est pas très clair. A Lesbos, ce sont des volontaires qui ont recours à du crowd-funding pour financer les ravitaillements de base et qui organisent les entrepôts contenant les dons.»

Des vestes de sauvetage de migrants à Lesbos le 21 octobre 2015. REUTERS/Yannis Behrakis

Voir ces scènes de guerre

Dans son article sur le blog Making Of de l'AFP, Messinis parle notamment des enfants, ceux qui meurent sur les côtes de l'Europe ou ceux qui vivent ces conditions si difficiles. 

Libération rappelait le 4 novembre que si «la mort du petit Syrien, le 2 septembre, avait choqué l’Europe, ils sont de plus en plus nombreux à subir le même sort en mer EgéeLe quotidien ce jour-là égrénait d'ailleurs les noms (ou les X) des plus de cent enfants morts depuis Aylan.

Messinis ajoute:

«Il faut que le monde entier voie cela. Ca ne va pas s'arrêter. Ils vont continuer à arriver, en risquant tout. La météo ne va pas tarder à s'aggraver, et ça va devenir bien pire avec l'hiver. Peut-être que si on continue à montrer ces images, quelque chose changera. C'est mon espoir.»

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