Monde

Le «moment Mandela» d’Aung San Suu Kyi est une bonne nouvelle pour les militaires

Temps de lecture : 2 min

La victoire du parti de la «Dame de Rangoon» aux élections législatives birmanes n’implique pas forcément un changement radical de cette «démocratie disciplinée».

Remise du Prix Sakharov à Aung San Suu Kyi par Martin Schultz au Parlement européen à Strasbourg le 22 octobre 2013 | Claude Truong-Ngoc via Wikimedia CC License by

L’annonce a pu surprendre. Alors que les résultats définitifs de l’élection législative en Birmanie ne sont pas encore publiés, le Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP), créé par l’ancienne junte militaire qui a longtemps régné sur le pays, a admis sa défaite. «Nous avons perdu», a déclaré Htay Oo, le président par intérim de l’USDP à Reuters.

Pourtant, la victoire ne saurait être complète pour la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi. Déjà parce qu’elle ne peut être élue présidente, à cause d'une modification de la constitution par la junte militaire qui interdit à toute personne ayant des enfants étrangers –elle a eu deux enfants avec le Britannique Michael Aris– d’accéder à la fonction suprême. De plus, ce moment «à la Mandela», comme le définit le Guardian, est une aubaine pour ces adversaires.

Une démocratie «disciplinée»

En ayant modifié la constitution en 2008, la junte a fait en sorte que le gouvernement élu suive le chemin de la «démocratie disciplinée»:

«Cela veut dire que les militaires en sont les garants ultimes et ont le pouvoir de discipliner n’importe quel gouvernement élu ou député qui ose s’écarter de la voie choisie par les militaires et leur définition de démocratie parlementaire», écrit Maung Zarni, chercheur au centre de documentation du Cambodge, au Guardian.

Pourquoi cette version militaire de la démocratie a-t-elle alors acceptée de laisser la victoire à Aung San Suu Kyi, alors qu’elle avait annulé son triomphe en 1990? D'après Maung Zarni, il s'agit d'une stratégie donnant-donnant:

«C’est un changement progressif en écho au printemps Arabe, sans le bain de sang ou le chaos. Le public et l’opposition ont la chance de découvrir une nouvelle vague d’euphorie. Et les gouvernements démocratiques à Washington, Londres, Paris ou Canberra peuvent maintenant soutenir la Birmanie de la même façon qu’ils soutiennent la Chine. Aung San Suu Kyi peut se sentir confirmée dans son statut de Mandela et dans le choix d’une stratégie pragmatique de ne plus faire de vagues et de ne plus combattre pour les droits humains.»

Slate.fr

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