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Nous préférons faire semblant d’être d'accord avec les autres qu’avoir raison

Poignée de mains | Metropolitico.org via Flickr CC License by

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Une étude scientifique prouve que les considérations morales et sociales l’emportent sur les faits dans les discussions de groupe.

Certaines études psychologiques désespèrent quant à l’humanité et d’autres exaltent sa nature. Curieusement, de rares enquêtes parviennent à remplir ces deux points. Celle d’Ali Mahmoodi de l’université de Téhéran, associé à de nombreux universitaires des États-Unis, d’Allemagne, de Chine, du Royaume-Uni et du Danemark, est du nombre. Le Washington Post lui consacre un article.

Publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences, elle établit qu’un étrange phénomène de groupe, baptisé «le prisme de l’équité», pousse les individus à valoriser leur opinion quant bien même ils savent qu’ils sont moins qualifiés dans ce domaine que leur voisin, qui lui, bien que plus doué, préférera rabaisser la sienne afin de trouver un compromis. Cette trouvaille indique également une tendance à une sorte de consensus mou, ou de relativisme dans les discussions.

Désaccord

Les expériences se présentaient ainsi: deux personnes formaient une équipe. Les deux individus devaient tout d’abord, séparément, assister à la projection rapide de deux images alternatives. L’une  d’entre elles se distinguait de l’autre par un élément insolite. Chacun devait dire quelle image contenait cette donnée et à quel degré de certitude ils étaient capables de l’affirmer. Ensuite, chaque candidat s’informait de la réponse de son partenaire. C’est ici que les choses se corsent car il était non seulement nécessaire d’essayer de repérer le détail mais aussi de s’accorder avec son partenaire sur l’image qui le contenait. 

En cas de désaccord, un seul membre du binôme devait donner la réponse de la paire en son âme et conscience. Généralement, le meilleur des deux à ce jeu avait la fâcheuse tendance de faire trop confiance au jugement de son coéquipier, malgré ses performances, et pas assez aux siennes et vice versa. Plus simplement: «Les candidats tendaient à se comporter comme s’ils étaient soit aussi bons soit aussi mauvais que leur partenaire.»

Bons sentiments

Les deux individus examinés à chaque session avaient pourtant tout le temps de se rendre compte de leur habileté respective dans ce test puisqu’ils devaient réitérer ce schéma 256 fois. Les scientifiques encadrant le test ont ajouté certaines modifications, à l’occasion, pour voir si ce «prisme de l’équité» continuait à se vérifier en diverses circonstances. Ils ont placé côte à côte les scores de chaque candidat. Ils ont parfois arbitrairement compliqué la tâche d’un des deux participants. Ou alors ils ont promis de l’argent pour donner ultimement la bonne réponse. Sans effet notable.

Les experts ont expliqué cette tendance: «En restant sur ses positions plus qu’il ne l’aurait dû, le membre le moins bon de chaque binôme essaye sans doute de garder un rôle significatif dans le groupe et de ne pas être exclu socialement. Inversement, le meilleur ne veut pas donner l’impression de ne pas prendre en compte son partenaire.»
Des sentiments aussi louables que compréhensibles pour les deux participants mais un peu inadéquats s’ils s’étendent au débat public. 

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