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Les régionales vont être les élections du rejet et de l’indifférence

Distribution de tract FN pour les régionales 2015 à Denain, dans le nord de la France, le 8 octobre 2015 October 8, 2015 | REUTERS/Pascal Rossignol

Distribution de tract FN pour les régionales 2015 à Denain, dans le nord de la France, le 8 octobre 2015 October 8, 2015 | REUTERS/Pascal Rossignol

Les élections régionales ne passionnent pas les foules et, parmi les citoyens qui se déplaceront aux urnes, nombreux le feront pour y déposer un vote-sanction.

Tout indique que les élections régionales des 6 et 13 décembre prochains ne seront pas la manifestation d’une éclatante vitalité démocratique. Un record absolu d’abstention est même à redouter pour ce scrutin qui ne passionne pas les foules.

À un mois de l’échéance, l’institut Ipsos évalue à seulement 40% le taux de participation probable pour le premier tour. Une abstention de 60% des électeurs inscrits serait encore supérieure au précédent record enregistré lors des régionales de 2010 (53,6%). La participation au scrutin régional s’érode presque régulièrement depuis la première élection de ce type en 1986.

Des fusions impopulaires

Il est à redouter que la nouvelle carte régionale, composée de vastes territoires aux frontières arbitraires, ne favorise pas l’implication du citoyen. Toujours d’après Ipsos, les habitants de régions fusionnées jugent, à raison de 54% d’entre eux, que cette réforme territoriale est une «mauvaise chose». Ils considèrent, à une large majorité, qu’elle «affaiblira le lien de proximité entre les conseils régionaux et les citoyens» (64%) et qu’elle «va créer des nouveaux territoires qui manqueront trop d’identité» (62%).

C’est d’autant plus dommageable que les enjeux régionaux ne sont déjà pas faciles à appréhender pour l’électeur. Toujours d’après la même enquête, 35% des personnes interrogées avouent ne pas en savoir assez pour se prononcer sur le bilan de leur conseil régional sortant (avec 26% de «satisfaits» et 39% de «mécontents»).

Votes de mécontentements

Le mécontentement qui s’exprimera dans les urnes en décembre concernera cependant d’abord l’échelon national. Le schéma classique d’élections «locales» permettant aux électeurs de sanctionner le pouvoir exécutif sera, une fois de plus, au rendez-vous.

Seules deux régions semblent devoir, sauf surprise, rester à gauche

Selon la manière de poser la question, le degré de «vote-sanction» attendu change, mais sa force est observée par tous les instituts. Pour Ipsos, pas moins de 55% des électeurs comptent exprimer leur «opposition à François Hollande» lors du premier tour. Cette motivation est plus forte encore qu’au moment des élections départementales de 2015 (49%), qui s’étaient traduites par de lourdes défaites du PS. L’embellie dont on se gargarise dans les allées du pouvoir n’a apparemment guère amélioré l’humeur du citoyen ordinaire.

Une gauche très affaiblie

L’argument martelé par le PS de la nécessité de garder des majorités régionales de gauche, au bilan présumé bon, ne semble pas non plus porter outre mesure. Dans les régions où la gauche est sortante, une enquête TNS-Sofres-OnePoint nous apprend que 57% des électeurs considèrent qu’un basculement à droite ne changerait que «peu» ou même «pas du tout» les «choses» pour eux-mêmes. Pire, pour les 43% qui anticipent alors un changement, celui-ci serait positif dans 20% des cas et négatif dans 15%.

Dans ces conditions, on ne s’étonnera guère que les listes socialistes soient créditées d’un bas niveau d’intentions de vote au niveau national (20% selon TNS, 21% d’après Ipsos). Mais c’est surtout la faiblesse de l’ensemble de la gauche qui est inquiétante pour les socialistes (34,5% à 36%) dans la perspective du tour décisif.

Ces données laissent augurer la perte de nombreuses régions pour le PS. Au vu des enquêtes d’intentions de vote publiées à ce jour, seules deux régions semblent devoir, sauf surprise, rester à gauche: l’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, qui rassemble bien des bastions historiques de ce camp, et la Bretagne, devenue rose dans les dernières décennies.

Le PS devrait encore pouvoir conserver le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, qui concentre nombre de ses zones traditionnelles d’influence. Trois autres régions pourraient aussi être éventuellement sauvées: Auvergne-Rhônes-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté et Normandie. Mais les pertes s’annoncent lourdes partout ailleurs, avec l’Île-de-France, selon une forte probabilité, au premier chef.

Des jeux triangulaires

Le parti au pouvoir profitera toutefois de la multiplication des seconds tours où une triangulaire l’opposera à la droite et au FN. Le mode de scrutin lui permettra ainsi de conserver plusieurs régions sans avoir à recueillir une majorité absolue de suffrages.

Le FN pourrait battre un nouveau record absolu en se situant au-dessus de ses performances des européennes de 2014

L’influence annoncée de l’extrême droite affaiblira ainsi le succès du parti dirigé par Nicolas Sarkozy. Crédité de 26% (Ipsos) à 28% (TNS) des intentions de vote au niveau national, le FN pourra, une fois de plus, se prétendre «premier parti de France». Il pourrait même, à cette occasion, battre un nouveau record absolu en se situant au-dessus de ses performances des européennes de 2014 (25,2%) et des départementales de 2015 (24,9%).

Franchir le seuil du quart des électeurs permettra-t-il à la formation lepéniste de briser le «plafond de verre» et de l’emporter dans au moins une région? La question se pose ici sérieusement pour la première fois. Dans la vaste région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, qui semble avoir été dessinée pour favoriser le dessein de Marine Le Pen, la dynamique frontiste est telle que la victoire finale est désormais une hypothèse fort plausible.

Dynamique frontiste

Dans cette région, le FN arrive très nettement en tête avec de 38% (Ifop) à 42% (BVA) des intentions de vote selon les dernières enquêtes. Une triangulaire au second tour assurerait, sans aucun doute, la victoire de l’extrême droite. Mais un duel FN-droite –dans l’hypothèse, sérieusement envisagée en haut lieu, d’un retrait de la liste socialiste pour faire barrage à Le Pen– ne garantirait nullement sa défaite. BVA a même trouvé une majorité de sondés préférant alors le FN à LR au second tour...

Le parti lepéniste est également très menaçant dans deux autres régions. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les listes de Marion Maréchal-Le Pen sont données en tête au premier tour mais Christian Estrosi pourrait bien l’emporter au second, même en cas de triangulaire. Une victoire frontiste est encore plus aléatoire en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, même si une enquête Odoxa place le FN en tête au premier tour.

N’oublions pas enfin que ces études préélectorales ne peuvent, par nature, appréhender les équilibres exacts du scrutin. Lors des régionales de 2010, ces sondages avaient sous-estimé le FN et surestimé la droite classique tout en laissant bien prévoir un basculement à gauche massif des régions.

L’inquiétude perceptible, ces derniers temps, dans la droite républicaine tient précisément à cette hypothèse que la vague de rejet, si perceptible dans l’opinion, ne propulse le parti frontiste plus haut encore qu’on ne l’imagine aujourd’hui.

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