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La performance d’un PDG dépend-elle de sa chance?

King cards of all four suits | Enoch Lau  via Wikimedia License by

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Une étude américaine affirme que les performances d’un PDG au sein de sa boîte sont surtout dues au hasard.

Et si les bons résultats de votre entreprise n’étaient pas dus aux qualités de votre patron mais tout simplement à sa chance? C’est en tout cas ce que montrent les premiers résultats d’une étude américaine publiée fin octobre. Le site Forbes explique que, selon les travaux du professeur Markus Fitza, de la Texas A&M University, «l’effet PDG» est surestimé dans les résultats d’une entreprise. «Une grande partie de la performance d’un PDG est due à la chance —à des facteurs hors du contrôle des PDG— et peu à ses capacités», écrit le journal.

Pour tirer ces étonnantes conclusions, Markus Fitza a étudié les données de performances des 1.500 plus grosses entreprises américaines de 1993 à 2012, pour savoir quelle part de ce succès pouvait être attribuée à tel ou tel PDG en poste lors des périodes les plus profitables.

«Les différences de performance d’une firme pendant la période d’occupation d’un poste peuvent être causées par deux choses, explique-t-il dans le communiqué de presse publié sur le site de la Texas A&M University. Il y a des différences de capacité des PDG mais aussi les événements que le PDG ne peut contrôler, c’est-à-dire les événements fortuits.»

Ainsi, les révélations sur le scandale des filtres à particules chez Volkswagen peuvent bien sûr apparaître comme un handicap pour le PDG de l'époque, Martin Winterkorn, et pour les affaires de l’entreprise –Winterkorn qui, par ailleurs, a affirmé ne pas être au courant de ces manigances. Une entreprise concurrente pourrait alors connaître une croissance plus forte sans que son patron n’ait eu de rôle à jouer. De plus, explique Markus Fitza dans son étude, comme la plupart des patrons restent quatre ans seulement à leur poste, la chance (ou la malchance) ponctuelle pèse souvent plus dans la balance que le travail mis en place sur le long terme.

Le phénomène est tel que plus de 70% des performances mesurées dans d’autres études seraient en réalité dues à la chance. Selon Marku Fitza, ces chiffres pourraient logiquement alimenter le débat sur l’importance des patrons, leur rémunération et l’habitude qu’ont les conseils d’administration de les remplacer dès que les résultats trimestriels sont mauvais: «Si nous ne voulons pas que les PDG soient récompensés ou sanctionnés pour leur chance, la compréhension de leur véritable contribution aux performances de leur compagnie devrait constituer une part importante dans l’établissement de leurs indemnités.»

Pour Stowe Boyd, de Gigaom Research, ces résultats sont intéressants, mais il faut regarder au-delà des capacités individuelles des PDG pour se concentrer sur les stratégies managériales qu’ils mettent en place, comme par exemple leur influence dans la fameuse «culture d’entreprise». Il reprend ainsi l'exemple de Martin Winterkorn et sa décision de créer une culture de la gestion centralisée et fermée aux actionnaires, qui n’ont pas été informés de la supercherie aux filtres à particules. «La vérité, écrit le journaliste, c’est que de grands PDG peuvent avoir un impact exponentiel, mais aussi que les PDG moyens peuvent mettre à mal une compagnie de façon toute aussi exponentielle. Néanmoins, cela ne devrait pas se transformer au sein des conseils d’administration en d’énormes salaires pour les PDG, comme si cela allait en faire de grands patrons.»

 

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