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Comment le capitalisme vous fait aimer les photos de chats mignons

Les mutants sont mignons | Steve Jurvetson via Flickr CC License by

Les mutants sont mignons | Steve Jurvetson via Flickr CC License by

L’universitaire Sianne Ngai a une théorie pour expliquer votre attendrissement devant les photos de chatons.

S’attendrir devant une photo de chat ou la vidéo d’un panda sur un toboggan n’est pas si insignifiant ni si innocent que ça. La professeur de littérature et théorie culturelle de l’université de Stanford Sianne Ngai avait publié il y a quelques années un essai intitulé The Cuteness of the avant-garde, et revient sur sa démarche à présent sur le site de la chaîne australienne ABC.

Reprochant à la philosophie esthétique contemporaine «d’être restée bloquée au XVIIIe siècle», elle a délaissé les grandes abstractions pour s’intéresser au «mignon» soit l’expérience esthétique et émotionnelle la plus courante dans la vie de tous les jours. L’article note cependant que Sianne Ngai n’est pas tout à fait la première à faire travailler ses neurones sur le sujet: le paléontologue Stephen Jay Gould, dans une brochure intitulé Un hommage biologique à Mickey Mouse, avait déjà remarqué que la célèbre souris avait tendance non pas à vieillir avec les générations mais au contraire à rapetisser et rajeunir, de manière à susciter les élans maternels du public.

En ceci, il ne faisait que suivre la théorie selon laquelle les bébés sont généralement perçus comme mignons car l’attendrissement est le moteur principal du soin qu’on leur accorde, théorie émise en 1940 par l’Autrichien Konrad Lorenz (dont on ignore si ses considérations sur la tendresse l’ont accompagné un an plus tard lors de son départ sur le front de l’Est).

Infériorité

Le site Quartz revient aussi sur les thèses de Sianne Ngai. Après avoir lu le livre de l’intellectuelle, le site explique ses vues. Si le Mignon semble encore plus flou à définir que le Beau, il mobilise toujours certains traits: nous ne pouvons considérer comme mignon que ce qui nous apparaît comme inférieur de par ses proportions ou ses capacités physiques et cérébrales. Ainsi, est mignon ce qui dépend de nous, ce que nous pouvons maîtriser. 

Impitoyable pour le petit cœur des internautes, la philosophe avance que le sentiment du Mignon mêle à notre apitoiement «les désirs sadiques du consommateur pour le pouvoir et le contrôle». Ce plaisir hiérarchique et cette soif de consommation facile sont des «symptômes de la culture capitaliste». Précédemment, Ngai avait troussé la formule suivante: «Le Mignon est une sorte d’esthétisation de l’impuissance.»

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