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Dans la famille Bush, Jeb ne demande plus ni le père ni le frère

Les anciens présidents George H.W. Bush et son fils George W. Bush à Dallas, Texas, le 25 avril 2013 | REUTERS/Mike Stone

Les anciens présidents George H.W. Bush et son fils George W. Bush à Dallas, Texas, le 25 avril 2013 | REUTERS/Mike Stone

Jeb Bush apprécierait sans doute que son père et son frère n’évoquent pas trop leurs présidences respectives alors qu’il brigue, lui aussi, la fonction suprême.

C’est l’histoire de famille classique: un vice-président, devenu président, critique son ancien secrétaire à la Défense qui a servi de vice-président à son fils, un autre président, ce qui pousse ledit fils, président, à prendre ses distances avec son père président, mais pousse également son autre fils, pas encore président, mais qui voudrait bien l’être, à prendre lui aussi ses distances avec les deux. Vous suivez?

Quand Jeb Bush a annoncé qu’il se présentait à la primaire républicaine, il s’est présenté comme «un type qui a rencontré son premier président le jour de sa naissance et son deuxième président quand il est rentré de la maternité chez lui». Les relations père-fils sont toujours délicates quand tout le monde exerce le même métier mais, quand la famille est pleine de présidents, les moments gênants sont inévitables. Et la publication du livre de Jon Meacham sur George H. W. Bush, dans lequel l’ancien président fait le bilan de la présidence de son fils, en est assurément un.

Dans cet ouvrage, Destiny and Power: The America Odyssey of George Herbert Walker Bush, le 41e président des États-Unis déclare que Cheney la «tête dure» et Donald Rumsfeld n’ont pas bien servi son fils, le 43e président. Cheney, secrétaire à la Défense sous Bush l’ancien, ayant «monté son propre secrétariat d’État» (ministère des Affaires étrangères, NDT) selon le 41e président. Et Rumsfeld étant un «prétentieux», qui ignorait superbement les avis de tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui.

Réécriture

Voilà probablement le genre de sujet que Jeb Bush aimerait bien ne pas voir abordés, au moment même où sa campagne bat de l’aile; les erreurs liées à l’invasion de l’Irak et les relations complexes au sein de la famille. Sans parler du fait que Rumsfeld avait caressé l’espoir d’être président et encouragé Richard Nixon à envoyer George H. W. Bush en Chine afin d’écarter un possible rival.

Peu après la publication des bonnes feuilles le concernant, tant George W. Bush que Jeb ont affiché leur soutien à Cheney. «Dick Cheney a bien secondé mon frère en tant que vice-président et a été extraordinaire comme secrétaire à la Défense de mon père», a ainsi déclaré Jeb, qui s’est ensuite lancé dans une tentative d’explication des motivations de son père: «Je pense que mon père, comme un paquet de gens qui aiment George, a juste voulu raconter les choses un peu différemment pour… parce que c’est des choses qui arrivent, non?» (silence gêné)

Quand la famille est pleine de présidents, les moments gênants sont inévitables

Sans extrapoler l’analyse textuelle du discours d’un fils tentant de protéger son père, ce que l’on en retire, en gros, c’est que Jeb nous signifie que les gens qui aiment W. aimeraient bien lui trouver quelques excuses pour les erreurs commises par son administration, en les imputant à Cheney et Rumsfeld, ce qui peut signifier deux choses différentes.

Soit les gens aiment tellement W. qu’ils sont prêts à le dédouaner des petites erreurs de son administration en l’attribuant à Cheney. Ou, alors, les erreurs sont si énormes qu’ils veulent les attribuer à Cheney car ils ne peuvent imaginer que leur cher W. puisse en être responsable. Mais, en tout état de cause, il n’en demeure pas moins que la présidence de George W. Bush pose manifestement problème, au point qu’il faille tenter de la réécrire.

Obsolescence

Bush l’ancien tente de réécrire l’histoire de Bush le jeune dans le livre de Meacham et il va être tout à fait fascinant de débattre de sa version de l’histoire au cours de l’année de campagne qui s’annonce. La question soulevée par le livre est celle de l’obsolescence ou non de Bush père. Sa présidence doit-elle être un modèle pour le parti vers lequel le nouveau président devrait tendre –politique étrangère essentiellement fondée sur la diplomatie, prudence dans les affaires intérieures?

Jeb Bush affirme que le monde a bien changé depuis le départ de Cheney du secrétariat à la Défense. «Le contexte change –il faudrait dépasser l’idée que 1991 est un peu comme 2001, qui serait un peu comme 2017. Ce n’est pas le cas. Le monde a changé. Il change en permanence.» (Aparté: c’est là l’argument principal de la campagne du sénateur Marco Rubio. Il affirme avoir une vision du monde actuel qui rend celle de Jeb, vieille d’une décennie, caduque.)

Toute la présidence de George H. W. Bush serait alors bonne à jeter aux oubliettes? Les principaux débats de la primaire des Républicains concernent les démonstrations possibles de force à l’égard de l’étranger. Si, en tant que candidat, H. W. aurait sans nul doute été partisan de la même ligne –il fut un candidat acharné durant la primaire–, en tant que président, il s’est montré finalement bien plus mesuré (dans le livre, une des critiques qu’il fait à son fils porte sur son langage, peu diplomatique).

Sur les questions intérieures, il est d’une autre époque. Sa décision d’accepter une augmentation des impôts afin de boucler le budget avec les Démocrates est très éloignée de la ligne actuelle du Parti républicain, au sein duquel toute augmentation d’impôt est considérée comme un blasphème. Jeb a déclaré que cette décision était sans doute la plus courageuse jamais prise par un président de l’ère moderne. Mais sitôt que le livre sera paru, il aura sans nul doute l’occasion de nous expliquer si ce contexte a lui aussi changé.

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