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Dormir en position «cuillère», c'est sexiste?

Spooning | Sweet Evie via Flickr CC License by CC

Spooning | Sweet Evie via Flickr CC License by CC

Un journaliste américain s'est lancé dans une grande tirade contre la violence symbolique de ce qu'il assimile à un rapport de force dominant/dominé.

On dit d'un couple qu'il dort en cuillère lorsque les deux partenaires sont l'un contre l'autre comme deux cuillères dans un tiroir. Or, pour J. Bryan Lowder, qui vient d'écrire un manifeste contre cette position dans Slate.com, ce genre de câlin est problématique pour des raisons à la fois physiologiques et idéologiques. Sa première raison, peu surprenante, est que la position est peu confortable sur le long terme. Après vingt minutes, on ne sait plus où mettre ses mains, il fait trop chaud et on est gêné par la respiration de l'autre. Il faut se séparer pour dormir. 

La deuxième raison qu'il donne est plus philosophique. Dans un couple hétérosexuel, c'est l'homme qui est derrière, dans le rôle de la grande cuillère, et dans un couple homosexuel, c'est le partenaire actif. Dans cet arrangement, il y a donc toujours une petite cuillère et une grande cuillère, et cette dynamique implique une relation de pouvoir:

«Chez les gays, parler de grande cuillère et petite cuillère est une façon de signaler qui est en-dessous et qui est au-dessus pendant les relations sexuelles. Or, cette dynamique dessus/dessous a aussi un poids symbolique: les grandes cuillères sont masculines et s'occupent de vous; les petites cuillères sont des créatures fragiles et passives qui ont besoin d'être protégées. C'est une configuration fondamentalement sexiste, dans laquelle la grande cuillère est considérée comme “l'homme et la petite cuillère comme “la femme

En défense de la cuillère

À ce sujet, Lowder parle carrément de «violence symbolique»:

«Je pense que la position de la cuillère est dejà un jeu de pouvoir, une stratégie perverse par laquelle on rejoue chaque nuit les rapports injustes entre “grands et “petits qui gangrènent notre société à tous les niveaux.»

Les lecteurs de Slate.com n'ont pas l'air d'être d'accord avec cette analyse. Sur 530 personnes qui ont répondu à un sondage sur le sujet, 61% étaient en faveur de la cuillère toute la nuit, alors que seuls 39% partageaient la position de l'auteur. 


L'analyse de Lowder, qui frôle sans cesse le second degré, lui a valu de nombreuses moqueries sur Twitter:


Enfin, quelqu'un a eu assez de courage pour prendre position contre cette injustice sociale qu'est la position de la cuillère.

D'autres ont noté que cette position n'était de toutes façons pas faite pour le long terme:


Le vrai problème, c'est qu'Hollywood donne aux jeunes une image peu réaliste de la position de la cuillère.


La position cuillère, c'est fait pour vingt minutes! Les films où ils se réveillent en cuillère, c'est seulement un truc d'acteurs professionnels.

Course aux clics ou joies du débat?

Plus qu'un essai sur les câlins, le site Daily Beast a vu ce manifeste comme un symptôme des problèmes du journalisme web:

«Ce type savait probablement qu'aucune vraie personne sur terre ne partagerait son analyse, et pourtant il a passé plusieurs heures de sa vie humaine à l'écrire [...]. C'est profondément stupide. Il le sait. Il l'a publié quand même. Mais ce n'est pas de sa faute.»

Dans son article intitulé «La position de la cuillère n'est pas sexiste. C'est juste Internet qui est cassé», Ben Collins explique que tout cela est la faute à la course aux clics: «Si vous pensez que les standards de ce qu'il est acceptable de publier dans des sites d'information respectables sont devenus très bas à cause de la course aux clics, vous avez raison.»

Mais d'autres pensent justement que c'est là tout le charme d'un certain journalisme web: 


Quand Slate lance un grand débat sur un petit sujet, c'est ce que je préfère dans Slate. Ca me manque tellement!

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