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Le conservatisme aura-t-il la peau des films de Michael Moore et Tarantino?

Michael Moore lors de la première de «Where To Invade Next» au festival du film de Toronto, le 10 septembre 2015 (REUTERS/Fred Thornhill) et Quentin Tarantino, à Los Angeles, le 1er décembre 2014 (REUTERS/Mario Anzuoni)

Michael Moore lors de la première de «Where To Invade Next» au festival du film de Toronto, le 10 septembre 2015 (REUTERS/Fred Thornhill) et Quentin Tarantino, à Los Angeles, le 1er décembre 2014 (REUTERS/Mario Anzuoni)

Deux cinéastes vedettes sont simultanément en butte à des offensives de grande ampleur pour avoir pris des positions contestataires affirmées. Les deux affaires n’ont rien de commun; seule leur concomitance témoigne d’une atmosphère particulière aux États-Unis.

Au cours d’une manifestation organisée par #RiseUpOctober à New York pour protester contre les nombreux cas récents de noirs tués par des policiers, Quentin Tarantino a déclaré: «Quand je vois un assassinat, je ne reste pas à l’écart, et je dois appeler assassinat un assassinat et assassins les assassins.»

Cette déclaration a été suivie d’une intense mobilisation des policiers dans de nombreuses grandes villes. Leurs représentants ont dénoncé des propos inadmissibles, exigé des excuses publiques, traité Tarantino de type qui se fait du fric avec la violence et d’ami des truands, et appelé au boycott du prochain film, The Hateful Eight (Les Huit Salopards, sortie française prévue le 6 janvier). Les syndicats de policiers de New York, Los Angeles, Houston, New Jersey, Chicago et Philadelphie, puis la National Association of Police Organizations (Napo), qui affirme représenter 1.000 unités à travers le pays ont multiplié les attaques. Sur son site, la Napo a appelé ses adhérents à refuser d’exécuter toute tâche concernant des activités liées à Tarantino, qu’il s’agisse de protection, de régulation du trafic ou de conseils techniques.

Dans une interview au Los Angeles Times du 5 novembre, le cinéaste a de son côté maintenu ses propos et déclaré qu’il n’avait aucune intention de s’excuser. Depuis, Hollywood joue à un de ses jeux favoris: essayer de deviner si cet épisode gênera la carrière commerciale de The Hateful Eight ou au contraire la servira.

Diffusion limitée

D’une autre nature, la décision dont vient d’être victime Michael Moore est clairement destinée à limiter la diffusion de son nouveau film. Aux États-Unis, la censure n’est pas le fait du gouvernement mais de l’association des Majors, la MPAA. En infligeant au nouveau film du réalisateur polémiste le label «R», pour Restricted (c’est-à-dire interdit aux moins de 17 ans non accompagnés), la MPAA entend frapper directement au porte-monnaie. Dans les faits, cette interdiction s’accompagne d’une série de limitations, notamment concernant les publicités télévisées, vitales aux États-Unis pour la carrière des films.

Le nouveau film de Moore, Where to Invade Next, est une critique du système américain de santé, d’éducation, d’information, de travaux publics à travers l’exploration de la situation dans d’autres pays et des réponses qui ont été apportées à ces dossiers. Il n’est pas plus obscène ou sadique que Bowling for Columbine ou Farenheit 9/11. Pas moins non plus, et à ce titre, les représentants des grands patrons de studios sont tout à fait cohérents, puisqu’ils avaient infligé la même peine aux précédents films de Michael Moore, depuis Roger and Me.

Le cinéaste a fait appel de la décision, espérant obtenir une autre décision avant la sortie américaine du film, prévue le 23 décembre. Ce serait une première: malgré ses efforts, il n’a jusqu’à présent jamais réussi à faire modifier le rating de ses films.

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