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Le code du travail est tellement illisible que Myriam El Khomri ne le lit pas


Myriam El Khomri admet ne pas connaître le... par BFMTV

La mauvaise réponse de la ministre du Travail à la question de Jean-Jacques Bourdin sur le nombre de renouvellement d’un CDD est symptomatique.

Après la bourde, voilà le retour de bâton. La ministre du Travail, Myriam El Khomri, s’est fait piéger par le journaliste Jean-Jacques Bourdin sur le nombre de renouvellements possibles d’un CDD. La réponse était deux, et non trois, comme elle l’a affirmé sur le plateau de l’animateur de RMC / BMF TV. Myriam El Khomri s’est donc pris une volée de bois vert sur les réseaux sociaux de la part d’élus du parti Les Républicains et du Front national. Mais, au fond, est-ce vraiment si étonnant qu’un gouvernement qui affirme nuit et jour que le code du travail est «illisible»... ne le lise pas?

Reprenons les déclarations récentes:

  • «Le code du travail est devenu trop complexe, parfois même illisible», déclare Manuel Valls début septembre, en présentant la réforme du travail.
  • «Le problème n’est pas le volume de notre code du travail mais le fait qu’il soit devenu de plus en plus difficile à lire par les intéressés eux-mêmes», affirme quant à lui François Hollande mi-octobre.
  • La ministre du Travail elle-même estime dans un dossier de presse que les règles sont devenues «illisibles»«Alors qu’il doit à la fois protéger les travailleurs et sécuriser les entreprises pour leur permettre de se développer, il ne parvient qu’imparfaitement à atteindre ces objectifs, sous l’effet conjugué des bouleversements du monde du travail et de la sédimentation de règles devenues en partie illisibles

Une ministre du Travail qui ne lit pas un code devenu illisible, quoi de plus normal?

La mesure avait fait les gros titres 

Au-delà de l’ironie, il n’empêche que cette ignorance de la ministre du Travail pose quelques questions. La plupart des personnes qui ne sont pas en CDI actuellement, et elles sont nombreuses puisque huit embauches sur dix se font sur ce modèle, savent qu’un CDD peut se renouveller deux fois. N’importe quelle personne qui lit régulièrement la presse, qui a une lecture attentive d’un quotidien national ou regarde tous les jours un site d’information généraliste a eu aussi vent de la chose. 

Cette nouvelle possibilité avait été annoncée début juin, dans le cadre d’une série de mesures prises par le gouvernement pour relancer l’emploi dans les TPE-PME. Elle avait fait les gros titres de la presse, de toute la presse, les titres spécialisés bien sûr, comme les Échos, mais aussi le Figaro, France TV info, Metronews et près de 400 autres sources d’information.

Le rejet des «experts»

Il est donc assez inquiétant qu’une ministre chargée du Travail n’ait pas sur son sujet la culture minimale que possède toute personne qui lit régulièrement la presse. Myriam El Khomri n’a visiblement pas appliqué les conseils prodigués par le journal Libération, qui lui recommandait début septembre de connaître le code du travail.

Outre ce manque de culture générale, l’affaire révèle aussi les choix d’un gouvernement qui, aux nominations de spécialistes comme Vincent Peillon sur l’éducation ou Emmanuel Macron sur l’économie, préfère souvent octroyer un maroquin pour des raisons de stratégie politique. Pour équilibrer les postes entre courants du PS, par exemple.

Une marionnette?

Ce qui fait dire à l’essayiste et journaliste Patrice de Plunkett, ancien du Figaro Magazine, que «la faute professionnelle» ne revient pas directement à la ministre mais au gouvernement qui l’a choisie alors qu’elle n’avait selon lui «aucune des qualifications nécessaires pour être nommée à un poste aussi névralgique que celui de ministre du Travail en France en 2015».

Avec cette bourde, les partisans du choix d’Alain Vidalies, expert du code du travail, qui avait été écarté à son profit, marquent aussi des points. Les critiques qui pointaient le fait que la ministre n’était qu’une marionnette placée là pour sa gentillesse et son obéissance, tandis que les vraies décisions se prendraient à Bercy, ne vont certainement pas se tarir...

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