Partager cet article

Affaire Benzema: un contrôle judiciaire, ça vaut aussi pour le terrain

Mathieu Valbuena et Karim Benzema lors du quart-de-finale de Coupe du Monde qui les a opposés à l'Allemagne, le 4 juillet 2014. REUTERS | Charles Platiau

Mathieu Valbuena et Karim Benzema lors du quart-de-finale de Coupe du Monde qui les a opposés à l'Allemagne, le 4 juillet 2014. REUTERS | Charles Platiau

Mis en examen dans une affaire de chantage, le Madrilène ne pourra pas évoluer aux côtés de Valbuena sous le maillot bleu, y compris hors de France.

L'attaquant du Real Madrid et de l'équipe de France Karim Benzema a été mis en examen, jeudi 5 novembre, dans le cadre d’une affaire de chantage présumé envers le milieu de terrain Mathieu Valbuena. Trois personnes, dont on ignore encore les noms, auraient tenté d’extorquer plusieurs dizaines de milliers d’euros au milieu de terrain de l'Olympique lyonnais en échange d'une prétendue sextape du joueur.

Jeudi matin, face au juge, Benzema aurait reconnu être intervenu auprès de son coéquipier «à la demande d’un ami d’enfance approché par trois escrocs qui avaient en leur possession la sextape, selon une source proche du dossier citée par l’Equipe. Il a déclaré s'être mis d'accord avec l'ami d'enfance sur ce qu'il devait dire pour que son coéquipier négocie exclusivement avec lui.» Mais comme nous l'apprend l'Obs, des écoutes téléphoniques d'une conversation entre Karim Benzema et son ami d'enfance montre que le joueur aurait conseillé à Mathieu Valbuena de ne pas payer

Dans l'immédiat, les deux joueurs pourront-ils encore jouer ensemble sur un terrain de football? Aux yeux de la loi, la réponse est pour l'instant non.

Cette mise en examen, notamment pour «complicité de tentative d’extorsion», s'accompagne en effet d'un contrôle judiciaire. Si l’implication du joueur du Real Madrid n’a pas été établie et que la présomption d’innocence s'applique évidemment, la juge d'instruction a interdit tout contact entre les deux joueurs. Selon l’article 138 du Code de procédure pénale, elle oblige donc Karim Benzema à:

«S'abstenir de recevoir ou de rencontrer certaines personnes spécialement désignées par le juge d'instruction ou le juge des libertés et de la détention, ainsi que d'entrer en relation avec elles, de quelque façon que ce soit.»

C’est donc fort logiquement que les matchs des Bleus ou les rendez-vous à Clairefontaine ne pourront se faire qu’en présence de l’un ou de l’autre (ou d'aucun des deux, comme les deux prochains matchs amicaux). Y compris à l'étranger: si, hypothèse hautement improbable, Mathieu Valbuena et Karim Benzema étaient alignés ensemble sur une pelouse hors de France, la justice pourrait considérer qu'il y a une violation des obligations du contrôle judiciaire et convoquer Benzema dès qu'il reviendrait en France. De manière générale, chaque manquement aux décisions du juge ne ferait qu'aggraver la situation du joueur qui risquerait, dans le pire des cas, un placement en détention provisoire. La définition de «rencontre» et de «rentrer en relation» que l'on trouve dans la loi est suffisamment large pour couvrir tout un éventail de possibilités (y compris, bande de petits malins, le fait pour un avant-centre de se trouver à trente mètres de son pourvoyeur de ballons). Et si le juge apprend qu'une rencontre fortuite a eu lieu entre les deux joueurs, il faudra alors que Karim Benzema prouve sa bonne foi et démontre que cette rencontre n'était que pur hasard.

En revanche, en ce qui concerne le Real Madrid, les conséquences devraient être quasiment inexistantes. La star n'est pas interdite de sortie du territoire français et pourra donc refouler les pelouses espagnoles très vite. La seule hypothèse gênante pourrait être une rencontre entre le Real et Lyon mais les Rhôdaniens sont déjà quasiment éliminés de la Ligue des champions.

Rappelons par ailleurs que le juge peut prononcer à tout moment la levée du contrôle judiciaire. Une procédure qui pourrait servir si Didier Deschamps veut aligner ensemble les deux joueurs à l'Euro, dans sept mois.

L'explication remercie Christophe Bertrand (Cabinet Bertrand) et Tatiana Vassine (cabinet RMS), avocats spécialisés dans le droit du sport.

Retrouvez tous nos articles de la rubrique L'explication ici. Vous vous posez une question sur l'actualité? Envoyez un mail à explication @ slate.fr

 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte