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Le «parti de Poutine en Europe» est une «conjuration des autruches»

Vladimir Poutine, le 4 novembre 2015.

Vladimir Poutine, le 4 novembre 2015.

On pourrait presque le qualifier de «suicidaire, masochiste, animé par la haine de soi ou par le goût de la trahison». Il admire quelqu'un qui est «un ambitieux, un vaniteux, voire un nouveau tsar nostalgique de la splendeur grand-russe», mais surtout «un bâtisseur d’empire entouré d’idéologues dont la vision du monde est complexe, souvent robuste mais, en tous points, opposée à la nôtre». Tel est le portrait du «parti de Poutine en Europe», une «conjuration des autruches» que dresse Bernard-Henri Lévy dans un éditorial au canon publié par Le Point (et disponible en intégralité sur le site de sa revue, La Règle du jeu).

L'essayiste se réfère notamment aux récentes réactions occidentales à la visite de Bachar el-Assad à Moscou ou aux bombardements «massifs et indiscriminés» de la Russie en Syrie. Il estime que «ce type d’aveuglement n’est évidemment pas sans précé­dent» et se réfère notamment au contexte historique des années 1930: le titre de son texte, «Les nouveaux "moscoutaires"», est une référence au qualificatif souvent appliqué avant la Seconde Guerre mondiale aux soutiens du régime stalinien en France, et il compare également la situation actuelle à celle prévalant au moment de la crise des Sudètes en 1938. Il est d'ailleurs frappant de constater qu'une de ses formules sur le «lâche soulagement face à l’apparition d’un "homme fort"», également employée récemment par l'éditorialiste de Libération Marc Semo, est empruntée à Léon Blum qui, après les accords de Munich, avait expliqué hésiter «entre un lâche soulagement et la honte».

Dans un registre proche, on peut aussi lire, dans Témoignage chrétien, l'avocat Jean-Pierre Mignard, proche de François Hollande, qui dénonce les «copains de Moscou», ciblant notamment l'action de la Russie en Géorgie puis en Crimée et le soutien de Poutine à Bachar el-Assad, «un criminel contre l’humanité selon les critères du Tribunal de Nuremberg». Ou encore, dans Challenges, le géopolitologue Jean-Sylvestre Mongrenier, qui estime que des «représentants du courant pro-russe [...] ont tôt fait de jouer sur l’anti-américanisme, sans se soucier du fait que l’hostilité systématique aux Etats-Unis est l’un des indices les plus sûrs du déclin français, et ce depuis la défaite de 1871. [...] Dans le grand remue-ménage géopolitique qu’ils imaginent, la France est supposée retrouver sa puissance historique à travers une alliance avec la Russie, alliance simultanément dirigée contre les Etats-Unis et l’Allemagne (Le "Saint-Empire germano-américain du Kapital"?)»

À l'appui de son argumentation, Bernard-Henri Lévy cite notamment le journaliste Thierry Wolton, qui vient de publier chez Grasset les deux premiers tomes d'une Histoire mondiale du communisme. «Les réseaux pro-Poutine en France ne sont pas comparables à ceux de l’URSS d’autrefois», expliquait récemment ce dernier au quotidien suisse Le Temps. «Le système russe actuel n’a pas la même puissance déstabilisatrice. Mais les méthodes, à base de dons financiers généreux et de mensonges politiques sur la vision commune de l’histoire, se ressemblent.» L'article pointait nommément plusieurs membres du parti Les Républicains (Nicolas Sarkozy au premier chef, dont l'Elysée a récemment estimé que sa visite à Poutine s'était passée «de façon républicaine», mais aussi François Fillon ou Thierry Mariani) et du Front national, ainsi que des intellectuels comme Jacques Sapir ou Hélène Carrère d'Encausse. Début octobre, l'éditorialiste de Libération Alain Duhamel expliquait d'ailleurs qu'«il existe toujours à Paris un parti russe, disparate, contradictoire mais influent: anachronique s’il s’agit du Parti communiste, archaïque s’il s’agit des néogaullistes, logique en ce qui concerne le Front national».

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