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Le comble: bientôt un mur devant le Mur de Berlin?

Les touristes recouvrent de graffitis le Mur de Berlin | Steve Wilson via Flickr CC License by

Les touristes recouvrent de graffitis le Mur de Berlin | Steve Wilson via Flickr CC License by

La galerie à ciel ouvert qu’est le Mur de Berlin est vandalisée par les touristes et les autorités cherchent à protéger les fresques historiques.

Berlin (Allemagne)

Depuis quelques jours, l’East Side Gallery est en chantier. Le plus long tronçon du Mur de Berlin encore debout, qui s’étire sur 1,3 km à l’est de la Spree, la rivière qui traverse la capitale allemande, est en train d’être rafraîchi. Entièrement repeinte par des artistes du monde entier à la Réunification, cette «galerie à ciel ouvert» doit régulièrement être restauré à cause des inscriptions et des immenses graffitis laissés par certains des 3 millions de touristes qui se rendent chaque année sur les lieux. Ces graffs recouvrent progressivement les fresques originales au point que certaines ne sont mêmes plus identifiables –nous avons pu le constater la nuit passée en nous rendant sur place.

Comme le rapporte le quotidien berlinois Der Tagesspiegel, les travaux devraient durer jusqu’à l’été 2016. La dernière opération de restauration a eu lieu en 2009, à l’occasion du vingtième anniversaire de la chute du Mur. Ces travaux coûtent très cher à la mairie de Berlin: 230.000 euros.

Afin de protéger des graffeurs de passage les pans de béton qui sont en train d’être repeints, une barrière a été placée le long de l’East Side Gallery. Elle s’étire sur 150 mètres environ, de l’extrémité nord du tronçon du Mur jusqu’à l’ouverture qui permet d’accéder à ce que nous serions tentés d’appeler la tour de la honte, cet immeuble d’appartements luxueux construit par un ancien indic de la Stasi reconverti dans l’immobilier au ras du Mur de Berlin, sur l’ancienne «bande de la mort», qui avait nécessité de retirer des pans de ce monument historique de manière à aménager des voies d’accès, comme nous le rapportions sur Slate en 2013.

Interviewés par le quotidien Berliner Zeitung, les ouvriers chargés de la restauration indiquent que, sans cette barrière, leur travail ne servirait en effet à rien:

«À peine avait-on effacé les gribouillis sur une des fresques que des jeunes sont venus et ont sorti des bombes de peinture de leur valise et ont à nouveau bombé la fresque.»

Hors d’atteinte

En conséquence, cette barrière va être étendue sur la totalité du tronçon et laissée sur place jusqu’à la fin des travaux. Et devrait ensuite être remplacée par une autre barrière, voire, ironie du sort, un muret destiné à empêcher les touristes d’atteindre la paroi du Mur et de «les sensibiliser et leur faire savoir qu’il s’agit d’un mémorial et non du livre d’or de la capitale allemande».

Le district de Friedrichshain-Kreuzberg a d’abord songé à embaucher des gardiens, rapporte le Berliner Zeitung, mais cette option serait trop onéreuse. La mise en place d’une barrière de protection en plexiglas a été à l’étude mais finalement abandonnée en raison du risque qu’elle devienne elle-même la cible des graffeurs. Une rambarde qui s’arrêterait au niveau de la taille apparaît désormais au district comme la meilleure solution.

Une réflexion qui scandalise la journaliste Antje Kraschinski du Berliner Zeitung, attristée de voir une fois de plus un bout de liberté disparaître à Berlin:

«C’est fini l’époque où on pouvait faire des selfies en train de s’embrasser devant le baiser fraternel. Fini l’époque où on pouvait laisser en secret un “I was here”. Fini l’époque où on pouvait vraiment toucher un vrai morceau du Mur de Berlin, même s’il s’agit seulement du mur intérieur.»

Agacée, elle conclut son billet d’humeur par ces mots:

«On peut se demander quelle est la prochaine étape. Ce que je propose: un mur d’au mois cinq mètres qui bouche la vue et demander de payer pour entrer. Comme dans un musée.»

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