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Les cotes de popularité de nos politiques réservent quelques curiosités

Qui est le grand gagnant? | Tsahi Levent-Levi via Flickr CC License by

Qui est le grand gagnant? | Tsahi Levent-Levi via Flickr CC License by

Examinons avec attention la batterie de baromètres: ils peuvent apporter d’utiles mises au point.

Notre démocratie sondagière vit au rythme frénétique des enquêtes d’opinion. Celles-ci jouent, à n’en pas douter, un rôle excessif dans la stratégie des acteurs comme dans l’analyse des commentateurs politiques. Un examen attentif de la batterie de baromètres qui nous mitraillent constamment peut néanmoins apporter d’utiles mises au point.

1.JuppéChampions des inactifs et des riches

En cet automne, l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac d’il y a vingt ans caracole en tête de quatre baromètres que nous avons ici scrutés (BVAIfopIpsosTNS-Sofres). On ne se lasse pas d’admirer ce come-back d’un homme autrefois honni des Français pour avoir été excessivement «droit dans ses bottes».

L’Ifop nous apprend que 65% des sondés ont une «bonne opinion» d’Alain Juppé. Près de deux Français sur trois! Ipsos est un peu moins généreux. Ils sont ici 54% à porter un «jugement favorable» sur le maire de Bordeaux. BVA trouve, de son côté, 52% de personnes interrogées qui souhaitent que Juppé ait «davantage d’influence dans la vie politique française». Enfin, pour TNS, 42% aimeraient lui voir «jouer un rôle important au cours des mois et des années à venir». À chaque fois, malgré des questionnements différents, Juppé décroche le pompon.

«Amstrad» revient pourtant de loin. Sa «cote d’avenir», mesurée par TNS depuis 1990, a rarement été élevée. Elle a fugacement culminé à 63%, en juin 1995, au moment de sa nomination à l’hôtel Matignon. Pour plonger ensuite très vite, emportée par les bourrasques de la protestation sociale. En août 2006, Juppé était encore bigrement décoté avec 16% seulement de souhaits d’avenir...

Le profil de popularité de l’ancien président de l’UMP est plutôt heureux pour un aspirant conservateur à l’Élysée. Dans les listings d’Ipsos, Juppé n’est réellement populaire qu’à partir de 45 ans. Il plaît aux cadres et aux inactifs, nettement moins aux salariés modestes. Juppé est favorablement jugé par 63% des foyers gagnant plus de 3.000 euros net par mois mais par seulement 37% de ceux qui se contentent de moins de 1.200 euros. Mais tout cela n’est, après tout, pas vraiment un handicap pour un candidat à la primaire de la droite.

2.SarkozyDerrière Désir

Le contraste avec la position sondagière de Nicolas Sarkozy est saisissant. Le président de LR rame dans de très basses eaux de popularité. Au baromètre Ifop des «bonnes opinions», il arrive péniblement en vingt-cinquième position, un rang au-dessus de Valérie Pécresse mais un rang en dessous d’Harlem Désir. L’humiliation!

L’ancien président n’est ici apprécié que par 37% des sondés contre 63% de «mauvaises opinions». Il ne peut se consoler qu’en constatant que François Hollande obtient à peu près les mêmes scores à cette même question.

Dans le baromètre BVA, Sarkozy décroche cette fois-ci la vingtième place. Il est alors coincé entre Valérie Pécresse et Michel Sapin. Le «chef de l’opposition» arrive en dix-huitième position pour Ipsos, pour le coup entre Michel Sapin et François Baroin. Et il est, ce qui est plus fâcheux encore, devancé à la fois par Alain Juppé et François Fillon.

C’est dans le baromètre TNS que Sarko tient le mieux la route, occupant la quatrième place. La question porte ici non sur l’opinion que l’on se fait d’une personnalité mais sur le souhait de lui voir jouer un rôle important dans l’avenir: sans doute impressionnés par la détermination de «l’ex», 31% des Français l’envisagent favorablement. Mais l’ancien président obtenait, à ce jeu, des chiffres meilleurs avant d’annoncer son retour à la vie politique à l’automne 2014...

3.Marine Le PenToujours très rejetée

À force de répéter que le Front national «monte» et que Marine Le Pen aurait l’oreille du «peuple», on finirait par la croire divinement populaire. Il n’en est rien. L’action de la présidente du FN n’est jugée favorablement que par 27% des sondés contre 68% d’opinions inverses, selon Ipsos. Elle fait moins bien, ici, que Jean-Luc Mélenchon.

Le jugement sur sa personne n’est guère plus positif: 32% de «bonnes opinions» mesurées par l’Ifop contre 67% de mauvaises. Marine Le Pen reste la personnalité politique dont l’image personnelle est la plus sévèrement jugée –même Jean-François Copé fait un peu mieux qu’elle.

Il est à noter que la cote d’avenir TNS de la présidente du FN ne progresse plus depuis 2013 et tend même à décliner au fil des mois. Ces indications sont pour le moins contradictoires avec le refrain, souvent entonné avec des arrières-pensées tactiques, d’une Le Pen qui serait aux portes du pouvoir.

4.MacronNouvelle coqueluche de la droite

S’il existait une bourse de l’opinion, c’est la valeur qu’il faudrait acheter aujourd’hui... tout en se promettant de ne point la garder trop longtemps dans son portefeuille. BVA place Emmanuel Macron en deuxième position, juste derrière Juppé, des personnalités dont on souhaite qu’elles aient «davantage d’influence dans la vie politique française».

Le ministre de l’Économie n’arrive qu’en sixième position dans la baromètre d’avenir de TNS mais sa progression est forte dans la dernière période. Ces anticipations éminemment favorables ne signifient pourtant pas que le dernier «transgresseur» à la mode est adulé des foules.

Macron jouit d’une popularité honorable mais en rien délirante, avec 47% de bonnes opinions selon l’Ifop contre 40% de mauvaises. Son action, testée par Ipsos, est considérée de manière plus équilibrée encore: 44% de jugements favorables mais aussi 42% de défavorables.

C’est surtout son profil de popularité qui suggère un léger problème pour la suite de la carrière du «ministre d’ouverture», dixit Jean-Christophe Cambadélis, du gouvernement Valls. L’action de Macron est majoritairement contestée chez les électeurs qui ont élu Hollande en mai 2012 (40% de jugements favorables contre 49%) alors qu’elle est approuvée par ceux qui ont voté Sarkozy (55% contre 34%).

De même, la «macronomie» est autrement plus appréciée par les sympathisants de LR (61%) que par ceux du PS (46%). Or l’expérience prouve qu’il n’est jamais bon signe, pour le long terme, d’être soutenu par les électeurs du camp adverse. Même lorsqu’on méprise cordialement le suffrage universel.

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