Culture

Bernie Sanders prouve que le socialisme est une passion américaine

Temps de lecture : 2 min

Le candidat à l'investiture démocrate possède un programme incisif en matière d'économie qui surprend la scène politique américaine. Elle ne devrait pourtant pas s'en étonner.

Manifestation socialiste dans Union Square à New York en 1912 | Bibliothèque du Congrès via Wikimedia CC License by
Manifestation socialiste dans Union Square à New York en 1912 | Bibliothèque du Congrès via Wikimedia CC License by

Aux États-Unis, comme chez Marx, le mot «socialisme» a un sens fort (ce qui peut étonner en France). Aussi, a-t-il été banni du débat public depuis de nombreuses décennies. Sauf à titre d'insulte. Barack Obama s’est ainsi souvent vu «accuser» d’être socialiste. Mais, cette année, un des candidats à l'investiture démocrate n’a pas peur de ce gros mot et choisit même de le revendiquer: qu’on se le dise, Bernie Sanders, sénateur indépendant du Vermont et premier rival d’Hillary Clinton, prône un «socialisme démocratique».

N’ayez crainte bonnes gens, en admirateur du système scandinave, le socialisme démocratique de Bernie Sanders est avant tout une social-démocratie où des impôts élevés financent des services publics ambitieux. Le magazine américain de gauche The Nation explique pourquoi cette position le met en adéquation avec l’électorat démocrate actuel, tout en le rattachant à une vieille tradition américaine.

Le Parti socialiste américain

The Nation pointe la montée de la popularité de Sanders, notamment dans le Midwest réputé plus méfiant à l’égard des grandes entreprises, et tout particulièrement dans l’Iowa, État qui ouvrira le bal des primaires le 1er février. En dehors de la personne de Bernie Sanders, c’est l’idéologie dont il se réclame qui semble retrouver ses lettres de noblesse. Un sondage YouGov d’octobre 2015 indique que la popularité du socialisme auprès des électeurs démocrates était plus forte de douze points que celle du capitalisme.

The Nation explique que Bernie Sanders n’est pas un alien dans le paysage politique américain et que le socialisme n’est pas un simple produit d’importation européenne. Norman Thomas a même concouru six fois à la présidentielle américaine pour le Parti socialiste américain à partir de 1928. Avant cela, Eugene Debs dans les années 1910 avait attiré, par deux fois, près d’un million de voix pour le même mouvement.

Thomas Paine avait pensé une forme d’État-Providence et la possibilité pour celui-ci de distribuer des pensions

Hillary Clinton menacée?

Debs et Thomas étaient les dignes héritiers du grand Thomas Paine, partisan de la révolution américaine avant d’être élu député à la Convention pendant la révolution française, qui avait pensé une forme d’État-Providence et la possibilité pour celui-ci de distribuer des pensions de retraite et d’invalidité.

Un détail dans cette affaire n’a pas échappé à la sagacité du New York Magazine: Sanders a très peu de chances d’être élu et Hillary Clinton devrait réussir à juguler la dynamique qui porte actuellement son adversaire. Mais l’importance du «socialisme décomplexé» du sénateur du Vermont est ailleurs: à l’évidence, il a renouvelé les termes du débat et invité cette idéologie, longtemps considérée comme incendiaire, à la table des discussions américaines.

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