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Au Qatar, derrière les belles valeurs, le business mondialisé de l'éducation

Michelle Obama avec de jeunes élèves lors du World Innovation Summit for Education, à Doha, au Qatar, le 4 novembre 2015 | REUTERS/Naseem Zeitoon

Michelle Obama avec de jeunes élèves lors du World Innovation Summit for Education, à Doha, au Qatar, le 4 novembre 2015 | REUTERS/Naseem Zeitoon

À Doha, se tient le World Innovation Summit for Education. Et le soft power éducatif s’avère être un bon plan pour le Qatar.

Doha (Qatar)

Ici le ciel est bleu bleu bleu… et mieux vaut regarder vers le haut pour ne voir que la beauté de la ville. Doha. Au sol, du beige: du sable, des maisons basses, des travaux, des routes surchargées, des gens qui travaillent, balaient, accueillent, servent, conseillent, conduisent… Indiens, Asiatiques, Européens, d’où viennent-ils tous?

Nous, le public du Wise (World Innovation Summit for Education), venons du monde entier et sommes là pour parler d’éducation. Et comme les tours de verre qui reflètent le ciel, cela permet de regarder ailleurs. Le soft power éducatif, un bon plan pour le Qatar: de l’argent à investir sur une cause noble, des discours faciles –l’accès à l’éducation, l’éducation des filles, les belles causes. Dubaï fait la même chose avec le Teacher Prize. C’est ma première intuition.

Allons-y, c’est Michelle Obama qui prononce le premier discours après le mot d’introduction de la fameuse cheikha Moza. Le thème: l’éducation des filles; «let’s girl learn». Un sujet tout de même consensuel mais développé sur un mode assez personnel: en tant que fille noire issue d’une famille populaire, Michelle Obama mesure ce que la notion de stéréotype signifie ainsi que l’étendue du chemin parcouru. Et, pour Michelle Obama, il faut interroger les barrières culturelles et les faire tomber.

Ah oui? Mais un grand nombre de femmes de l’assistance sont voilées, parfois avec le visage couvert. Et, le moins qu’on puisse dire, c’est que le Qatar n’est pas un exemple de démocratie ni d’égalité des sexes. Le Wise est d’ailleurs un événement vivement critiqué pour cela.

Et donc? Que faut-il dire? Y faire? Y aller ou non? Cette année, j’ai dit oui. Je suis invitée ici (avion et hôtel) et coincée dans le fauteuil d’un centre de conférence ultra climatisé. J’écoute en ce moment même une conférence sur l’inclusion des filles et des jeunes filles grâce à l’éducation.

Mariages forcés et conflits

Le prix d’un sac Gucci, c’est toute l’éducation d’une fille

La table ronde réunit une ancienne Premier ministre australienne, Julia Gillard, Leymah Gbowee, la Libérienne prix Nobel de la Paix en 2011, et la princesse Mabel van Oranje pour son association Girls not brides. Mais la discussion est grave: c’est la pauvreté, le fait d’être victime de situation de conflit voire réfugiée qui compromet la scolarisation des filles. On y note aussi que, le prix d’un sac Gucci, c’est toute l’éducation d’une fille.

Et, de fait, tous les sujets sont là: les mariages forcés et les barrières culturelles à surmonter pour convaincre les familles de scolariser davantage leurs filles. On apprend aussi que, dans les camps de réfugiés, les familles marient leur filles encore plus tôt pour leur assurer une forme de «sécurité sexuelle».

Il y a sûrement dans cette table ronde une bonne conscience exacerbée et ostentatoire, gênante pour des observateurs qui connaissent la réalité de la politique de l'état qatari. Mais c’est peut-être davantage ici qu’en France que parler de l’importance de l’éducation des filles a du sens. Tout comme aborder le poids des conflits dans la région sur le destin des enfants.

Il faut avoir entendu les questions du public. Un jeune homme en habit traditionnel qatari s’est levé et a demandé s’il devait attendre qu’une jeune fille ait terminé ses études pour l’épouser. La princesse Mabel lui a conseillé d’attendre...

Solutions privées (et pas forcément sans profits)

Personnellement, je préfère que l’argent du Qatar servent à financer des projets pour l’éducation plutôt que des stades de foot climatisés.

La gagnante du prix Wise s’appelle Sakena Yacoobi, elle est afghane, elle dirige le Afghan Institute of Learning, une entreprise basée dans le Michigan dont le but est d’accroître la scolarisation et le formation des adultes. Ses premiers mots ont été pour les écoles, les enfants et les femmes de son pays. J’étais très émue.

Le thème du Wise cette année? «Investing for impact»

Mais ce qui me semble surprenant, c’est de voir quels types de solutions sont proposées: entreprenariales, privées et pas forcément sans profits.

Le thème du Wise cette année? «Investing for impact». Et c’est sûrement un tournant: quel meilleur domaine que l’éducation pour investir? et pour avoir de l’impact? L’entreprenariat éducatif se développe et se globalise. C’est pour observer cela que je suis venue.

Il faut sans relâche s’interroger sur ce que signifie le rapport de l’éducation à la démocratie mais pas forcément et seulement sur ce que veut dire aller se commettre dans une sommet organisé dans un pays non démocratique. La question qui se pose, c’est que signifie cette relation quand l’éducation est plus largement confiée à des partenaires indépendants et privés. Quand l’éducation devient un grand business mondialisé. Et c’est plutôt à cette réalité que les belles valeurs rappelées ici servent de paravent.

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