Partager cet article

Pourquoi on aurait aimé que Twitter reste sans cœur

Have I Told You Lately? (48/52) | Suus Wansink via Flickr CC License by

Have I Told You Lately? (48/52) | Suus Wansink via Flickr CC License by

Adieu l’étoile sur Twitter, tu étais tout ce qu’il restait d’original à ce réseau social.

Il y a quelques semaines, nous inventions Twitbook, le réseau social qui associe parfaitement Twitter et Facebook, sans réellement penser que l’un allait continuer à s’inspirer de l’autre de façon aussi outrancière.

Sauf que le 3 novembre, alors que la journée avait été plutôt plaisante jusque-là, notre petit train-train quotidien a basculé en quelques secondes; aux alentours de 16 heures. Twitter venait de remplacer nos chères petites étoiles par d’immondes cœurs plein de tendresse.


L'étoile «pouvait prêter à confusion»

Le like, le cœur, a remplacé l’étoile. On ne met plus un contenu en «favori», on «l’aime». Le like, c’est la marque de fabrique historique de Facebook. Que Twitter se l’approprie aujourd’hui veut dire beaucoup de choses (et déçoit une partie des membres de la rédaction).

Voilà ce que dit le communiqué de Twitter:

«Nous espérons que vous appréciez la nouveauté visible ce soir sur Twitter et Vine: l’apparition des cœurs! Nous avons modifié notre icône “étoile” pour passer des favoris aux cœurs et avons décidé de les nommer “J’aime” ou “likes” en anglais. Avec ce changement, nous souhaitons simplifier et enrichir l’usage de Twitter. Nous savons que parfois les étoiles pouvaient prêter à confusion, en particulier pour les nouveaux utilisateurs. Vous pouvez aimer beaucoup de choses, mais toutes ne peuvent pas être vos favorites.»


Une nouvelle que les utilisateurs les plus assidus ont évidemment eu du mal à digérer.


Va-t-on câliner les saillies de Morano?

Désormais, vous ne pourrez plus que retweeter (rediffuser) à vos abonnés un message posté par un autre ou lui faire un câlin à l’aide du petit cœur rouge. Mais que se passe-t-il si l'on veut simplement mettre de côté un tweet pour le retrouver plus tard et non pas exprimer notre approbation? N'y aura-t-il que l'amour pour répondre aux saillies de Nadine Morano? Twitter vient de mettre fin à l’un de ses plus beaux caractères: l’ambiguïté. 

Après une enquête auprès de 606 personnes, ils ont conclu qu’il pouvait y avoir vingt-cinq utilisations du favori sur Twitter

Car huit ans après la création de Twitter, le rôle de l'étoile, ajouté au site avant même le retweet, restait très difficile à définir. Dans un article posté en mai 2014, Slate.fr tentait justement de comprendre l’usage du favori grâce à la publication d’une étude menée par des chercheurs allemands et anglais. Après une enquête auprès de 606 personnes, ils ont conclu qu’il pouvait y avoir vingt-cinq (oui vingt-cinq) utilisations du favori sur Twitter.

«Je t'ai vu mais je m'en fiche»

L’étoile avait cela de particulier qu’elle était moins galvaudée que le «like». Ce n’était pas seulement appréciatif mais aussi une manière de conserver des liens intéressants via la page où étaient listés tous les favoris, un outil en somme (ce qui reste possible avec le cœur); là où le «j’aime» de Facebook a toujours été un signe de connivence ou de partage, souligne Buzzfeed en 2012 dans un article qui défendait que mettre en favori n’était pas forcément aimer. De plus, un favori pouvait aussi être un moyen de répondre à un tweet haineux à son égard pour dire «je t’ai vu mais je m’en fiche», ou encore d’envoyer des signaux discrets à la personne que l’on aimerait draguer.

Imposer un cœur, et le seul sentiment qui va avec, est donc une grande perte pour l’utilisateur du réseau social adepte du «c’était mieux avant» donc nous faisons aujourd’hui partie. Le seul gagnant de cette transformation est en fait Twitter lui-même.

Engager davantage les utilisateurs

Après une annonce discrète il y a quelques mois, ce passage définitif au «cœur» permet au réseau de se payer bon coup de com’ et de publicité. C’est d’autant plus important à une période où Twitter ne connaît pas la croissance comme son cousin Facebook.

Plus de monde pourrait avoir un retour sur nos posts, et serait encouragé à plus poster et à se rendre plus fréquemment sur Twitter

Chris Sacca

Comme le racontait Chris Sacca, un des premiers investisseurs, en juin dernier:

«Si Twitter intégrait un simple cœur dans chaque tweet, l’engagement exploserait dans tout le service. Plus de monde pourrait avoir un retour sur nos posts, et serait encouragé à plus poster et à se rendre plus fréquemment sur Twitter.»

Le groupe perd actuellement 132 millions de dollars, souligne The Atlantic dans un article intitulé «The Decay of Twitter» (en français, «le pourrissement de Twitter»).

Pire, aux États-Unis, Twitter n’a pas gagné de nouveaux utilisateurs en 2015.


 

Facebook n’a jamais eu besoin d’expliquer ce qu’était un “like” veut dire beaucoup de choses

Will Oremus

En quête de LA fonctionnalité

Ce qui a permis à Twitter d’exploser, ce n’est bien entendu pas le favori, mais la réactivité et l’exhaustivité du réseau social. Tous les messages y sont publiés et lisibles de manière ante-chronologique. Quand la révolution verte a lieu en Iran en 2009, les échanges se font là. Mais, au-delà de l’outil d’information en temps réel, Twitter n’a pas trouvé LA fonctionnalité qui lui permet de se rendre indispensable pour les internautes. L’équivalent de l'application de messagerie Messenger pour Facebook.

Alors comme le résume Will Oremus sur Slate.com, l’ambiguité du favori, et le potentiel attrait du cœur ont poussé les dirigeants de Twitter à faire ce choix, pour être toujours plus grand public:

«Le favori et ses ambiguités sont très bien pour ceux qui ont le temps de s’inquiéter de toutes ces nuances. [...] Mais le fait que Facebook n’a jamais eu besoin d’expliquer ce qu’était un “like” veut dire beaucoup de choses. Si Twitter veut récupérer des utilisateurs qui ne veulent pas passer des heures à essayer de comprendre comment fonctionne son service, il doit rendre les choses plus simples et intuitives, même si cela signifie se fâcher avec ses utilisateurs les plus loyaux. Jack Dorsey, le nouveau PDG de Twitter, sait tout cela. [...] Et pour toutes les pleurnicheries qu’il y aura aujourd’hui, je pense que ce choix sera vu finalement non pas comme une bonne solution, mais comme une solution évidente.»

Et même si on partage cette analyse, on va quand même continuer à pleurnicher un petit peu (et remplacer discrètement le cœur par un emoji étoile).

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte