Partager cet article

Le FBI veut enrôler les profs et les élèves pour repérer les apprentis djihadistes

Un djihadiste présumé Américain dans une photo diffusée par le FBI en octobre 2014 I REUTERS/FBI/Handout via Reuters

Un djihadiste présumé Américain dans une photo diffusée par le FBI en octobre 2014 I REUTERS/FBI/Handout via Reuters

L'agence doit lancer un drôle de jeu de sensibilisation interactif destiné à être utilisé en classe.

«Don’t be a puppet» («Ne sois pas une marionnette»). C’est le nom du jeu interactif mis au point par le FBI à destination des profs américains et de leurs élèves. Après avoir un temps refusé de commenter l’information révélée par de nombreuses associations musulmanes qui avaient été conviées à une présentation du projet, l’agence a fini par déclarer qu’en effet, «le FBI a développé un site internet conçu pour aider à sensibiliser sur le danger des prédateurs extremistes sur le web, avec la participation des élèves, des éducateurs, et des leaders communataires».

Dit comme ça, le concept semble proche du projet de lutte contre l’enrôlement djihadiste lancé par le gouvernement français. Mais alors que Stop Djihadisme veut faire de la pédagogie en s’adressant au grand public, la plateforme est ici destinée à être utilisée dans le cadre de l’école, sous l’égide des enseignants, et pendant les cours d’education civique ou de sciences sociales. 

Compartements à signaler

Le contenu du site, dont la mise en ligne a été repoussée, est encore flou; mais le Washington Post rapporte les propos de ceux qui ont assisté à la présentation, et qui ont pu voir en quoi consistaient certains exercices. Les élèves sont par exemple invités à choisir parmi les comportements suivants, celui qui selon eux mérite d’être signalé: 

- «Vous tombez sur le post de quelqu’un qui annonce qu’il va assister à un événement politique.» 

- «Une personne, dont le nom a une consonnance musulmane, dit qu’elle va voyager pour accomplir une mission.»

La bonne réponse est «une personne, dont le nom a une consonnance musulmane, dit qu’elle va voyager pour accomplir une mission».

Or, selon Hoda Hawa, directeur du Muslim public affairs council (MPAC) cité par The Nation, «il aurait pu s’agir d’une mission humanitaire, ou religieuse (...). Si ce genre de choses est montré aux élèves de collèges et de lycée, des enfants seront harcelés.» 

Risques de stigmatisation

C’est aussi ce que redoute Seamus Hughes, directeur adjoint du programme de l'université George Washington sur l'extrémisme: 

«Les écoles peuvent être un espace important dans la détection et la lutte contre la radicalisation, et les enseignants sont souvent les mieux placés pour repérer les signes. Bien sûr, cela doit être fait correctement, avec une formation adéquate, le respect des libertés civiles et sans stigmatisation.» 

La récente affaire de l’adolescent musulman arrêté pour avoir apporté une horloge artisanale en classe a montré comment l’école pouvait effectivement être le lieu de discriminations au nom de la lutte contre le terrorisme. 

Mais au-delà de la question des signes qui seraient censés prouver qu’un jeune est en voie de radicalisation, c’est bien l’idée de faire des élèves et des profs des enquêteurs qui pose question. Pour Hoda Hawa, «le FBI est en train de demander aux profs et aux élèves de se substituer à la loi».

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte