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Ce qu’il s’est vraiment passé derrière «Zola», cette incroyable histoire publiée sur Twitter

Capture d'écran du premier tweet racontant le week-end de «Zola». Via Twitter

Capture d'écran du premier tweet racontant le week-end de «Zola». Via Twitter

Il y a quelques jours, une jeune Américaine livrait sur Twitter une histoire sordide mêlant prostitution, kidnapping et meurtre. Ce qui a vraiment eu lieu est légèrement différent, mais tout aussi effrayant.

Le 27 octobre dernier, si vous avez passé une partie de votre journée sur Twitter, vous avez certainement vu des tweets mentionnant «Zola». Il ne s’agissait évidemment pas du célèbre écrivain français mais d’une jeune Américaine prénommée Aziah Wells, âgée de 19 ans et originaire de Détroit. En plus d’une centaine de tweets, elle a raconté un voyage sordide avec une femme qu’elle avait rencontrée dans un restaurant (Jessica), qui, comme elle, faisait des stripteases. Cette dernière lui avait proposé de partir un week-end pour se faire plus d’argent en dansant dans des boîtes de Floride. Sauf que la nouvelle amie d’Aziah allait lui expliquer être une prostituée et tout allait déraper dans un mélange sordide de passes organisées par un mac prénommé «Rudy», de tentative de suicide rocambolesque et même de fusillade meurtrière.

L’histoire, aussi invraisemblable soit-elle, est devenue fin octobre l’un des sujets les plus discutés au monde sur le hashtag #Zola et chacun y allait de sa réaction, entre fascination, effroi et éclats de rire.

 

«Quand vous réalisez que Zola a été témoin d’un meurtre et qu’elle a quand même posté cette histoire sans changer son nom.»

 

«Quand vous ne lisiez pas de livres puis quand Zola est arrivée.»

Comme l’expliquait alors le site Buzzfeed, certains ont rapidement demandé à ce que l’histoire devienne un film. La jeune femme affirmera même par la suite avoir été approchée par des producteurs.

 

«L’histoire de Zola a: -des personnages développés -des retournements de situation -une ambiance/un ton -un casting ethniquement varié -passé le test de Bechdel»

Seulement voilà, face au bruit provoqué par le récit d’Aziah, les autres protagonistes du récit, explicitement nommés dans les tweets, ont vite pris la parole pour se défendre et expliqué que la jeune femme mentait sur une grande partie de l’histoire. Mais quand on sait que le récit d’Aziah avait de quoi embarrasser les autres individus mentionnés, on peut se demander à qui appartient la version la plus romancée et éloignée de la réalité.

C’est pour cela que Caitlin Dewey, journaliste au Washington Post, a décidé de faire la lumière sur cette histoire. Si la jeune femme a refusé de répondre au journal, les autres personnages du récit et les forces de l’ordre ont permis de vérifier une large partie du récit.

Violences habituelles pour les travailleurs du sexe

Là encore, l’histoire est extrêmement détaillée mais nous pouvons tenter de la résumer en se concentrant sur les différences notables avec la version d’Aziah Wells. Jessica Swiatkowski, la «prostituée» rencontrée par Aziah Wells, est bien danseuse et l’a effectivement invitée en Floride afin de gagner plus d’argent lors d’un week-end passé à travailler dans les boîtes de nuit. Seulement voilà, elles n’auraient pas récolté autant d’argent que prévu; c’est donc à ce moment-là que serait intervenu un ami de Jessica, un mac du nom de Rudy, pour leur proposer de se prostituer. Difficile de savoir si Aziah Wells a été forcée de participer au trafic mais un profil aurait été créé sur un site de prostitution. En revanche, le petit ami de l’autre prostituée, Jessica, a raconté au Washington Post que l’un des clients serait alors devenu violent avec elle, tentant même de la kidnapper, entraînant un affrontement avec le mac. La police locale a néanmoins démenti la version de Wells, qui mentionnait des coups de feu tirés par celui-ci et la mort du client.

Après vérification, il s’avère que le mac en question, Rudy, s’appelle Akporode Uwedjojevwe, et qu’il est actuellement poursuivi, entre autres, pour agression sexuelle et proxénétisme. Une jeune femme a également pris la défense de Wells en expliquant qu’elle-même a été victime avec une amie d’une histoire similaire, lors de laquelle Akporode Uwedjojevwe, accompagné de Jessica Swiatkowski, les aurait forcées à se prostituer alors qu’elles avaient besoin d’argent pour rentrer chez elles après un road-trip.

L’histoire de Wells est donc fausse en partie seulement. Mais le problème qui se cache derrière est bien plus grave qu’on ne le croit, comme l’explique le Washington Post. «Il n’y a rien d’inhabituel (ou de drôle) à propos du niveau de violence» de cette histoire, écrit la journaliste. Sienna Baskin, du Sex Workers Projet, estime que «les réponses [à l’histoire de Wells] montre bien à quel point les gens n’ont pas conscience de ce qui se passe dans la vie des travailleurs du sexe». Selon une étude de 2014 publiée par l’American Journal of Public Health et citée par le journal, «entre 32 et 55% des travailleurs du sexe ont expérimenté la violence sur le lieu du travail pendant l’année passé.» Il s’agissait de violence physique, mais aussi de manipulation, de coercition ou d’abus physique. Derrière l'histoire de Zola et ses approximations, se cache donc une terrifiante vérité dont on ne parle que trop rarement. 

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