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Crash du Sinaï: la longue et meurtrière histoire des attentats aériens à la bombe

Le mémorial du vol Air India 182 à Toronto, Ontario | Jany via Wikimedia CC License by

Le mémorial du vol Air India 182 à Toronto, Ontario | Jany via Wikimedia CC License by

Ce type de terrorisme a été particulièrement pratiqué dans les années quatre-vingt.

L'A321-200 de la compagnie russe Metrojet a-t-il été détruit par une bombe placée à l’intérieur de l’appareil? Deux jours après sa dislocation en vol, le 31 octobre 2015, un des dirigeants de la compagnie indique que la «seule cause possible» pour expliquer l’accident est «une action extérieure», accréditant ainsi la thèse d’un attentat.

Ces déclarations font écho à celles du groupe Etat islamique. Sur Twitter, l’organisation terroriste a revendiqué le jour même la destruction de l’A321-200, sans préciser toutefois la manière. Si cela se confirme, ce serait la première fois que l’EI ferait exploser un avion de ligne, selon le journaliste Wassim Nasr de France24.

Depuis un siècle, six attaques de ce genre ont causé plus de cent victimes. La plus meurtrière est l'attaque du vol 182 Air India en juin 1985, qui a fait 329 morts. Une bombe avait été placée dans l’avion par des militants sikhs canadiens via une mallette, sans pour autant que ces dernier montent à bord. Ils souhaitaient venger la mort d’un millier de sikhs lors d’une attaque de l’armée indienne l’année précédente.

Précédents libyens

Parfois, les enquêtes sur les responsables des attentats prennent plusieurs décennies. En décembre 1988 et septembre 1989, la Libye fut ainsi accusée d’être responsable de deux attentats aériens.

Le premier, tristement connu sous le nom «d’attentat de Lockerbie», concerne le vol Pan Am 103, qui s'est désintégré après son départ de Londres, causant la mort des 259 passagers, plus onze personnes de la ville de Lockerbie, en Ecosse, où les débris se sont écrasés. Si la Libye de Khadafi est le coupable désigné et paye des indemnités en 2003, elle a toujours nié son implication dans l’attentat. En 2014, un documentaire diffusé sur Al-Jazeera accuse l’Iran d’être responsable de l’attaque, ce que nie la République islamique. En octobre 2015, deux nouveaux suspects de nationalité libyenne sont identifiés et l’enquête continue.

Le deuxième attentat a touché le vol UTA-772. L’avion est détruit le 21 septembre 1989 par une bombe entreposée dans la soute à bagages, faisant 170 morts. Après une enquête de deux ans, six mandats d'arrêts sont lancés contre des suspects libyens, qui seront condamnés par contumace en 1999. En 2011, l’ancien ministre des Affaires étrangères Abdel Rahman Shalgham confirme la responsabilité de la Jamahiriya.

Utilisé par Pablo Escobar

La Corée du Nord s'est également rendue responsable d’un attentat aérien. En 1987, des agents des services secrets nord-coréens furent mandatés par Kim Jong-il pour faire exploser le vol 858 de la Korean Air. Les motivations de Kim Jong-il, qui n'accédera au pouvoir qu'en 1994, étaient de déstabiliser le régime sud-coréen avant les Jeux olympiques de Séoul l'année suivante.

Le dernier drame de ce type a eu lieu en novembre 1989, en Colombie. Le vol 203 de la compagnie nationale Avianca avait décollé depuis cinq minutes quand il explosa en vol à moins de 4.000 mètres d’altitude, tuant les 107 passagers et trois personnes au sol. Le commanditaire de l’attentat n’était autre que Pablo Escobar, le chef du cartel de Medellin. Le baron du crime colombien cherchait ainsi à tuer le candidat à l’élection présidentielle de 1990 César Gaviria. Cependant, celui-ci n’était pas dans l’appareil lors de l’attaque.

L'enquête aboutira-t-elle?

Les précédents montrent donc que la recherche des coupables d'un attentat aérien peut sembler plus longue et plus complexe qu'il n'y paraît. Ainsi, le ministre russe des Transports, Maxim Sokolov, a beau avoir déclaré que la revendication du groupe Etat islamique ne pouvait «être considérée comme fiable», le magazine Time explique que le Kremlin n'a aucun intérêt à l'accepter:

«Cela risquerait de créer un dangereux lien entre la campagne aérienne russe en Syrie et la mort de plus de 200 civils russes. Et s'il propageait cette version, le Kremlin pourrait se retrouver tenu pour responsable d'avoir incité une attaque des terroristes.»

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