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François Hollande, ce jeune hyperconnecté malgré lui

François Hollande à Paris le 7 septembre 2015. Montage réalisé à partir d'une photo REUTERS/Charles Platiau.

François Hollande à Paris le 7 septembre 2015. Montage réalisé à partir d'une photo REUTERS/Charles Platiau.

Le président arrive sur Snapchat, le nouveau réseau social préféré des ados. La dernière étape de son étrange conversion aux réseaux sociaux.

Bientôt des images de François Hollande en train de vomir des arcs-en-ciel? L’équipe de communication du président vient en tout cas de franchir une nouvelle étape dans la gestion de sa vie en ligne. Dans les colonnes de Stratégies, Gaspard Gantzer, le patron de la communication de l’Elysée, mentionne l’ouverture d’un compte Snapchat «la première ou la deuxième semaine de novembre». «François Hollande sera le premier homme politique français à disposer d'un compte sur ce réseau», ajoute-t-il.

La nouvelle a de quoi étonner quand on sait que ce réseau social, qui permet de partager des images et des vidéos de façon éphémère, est majoritairement utilisé par des adolescents. S’agit-il d’une façon de séduire de futurs électeurs désintéressés par la politique? Evidemment. Début septembre, L’Opinion expliquait que l’exécutif cherche justement à «s’approprier les codes des réseaux sociaux pour capter un public jeune qui lui tourne le dos».

Le président et les réseaux sociaux, mariage contraint et forcé

Cela fait un certain temps que François Hollande a cédé à l’appel des réseaux sociaux, mais le chemin fût très long pour ce sceptique de la première heure. Rappelez-vous, en 2013, un journaliste du Lab d’Europe 1 était moqué par le président pour lui avoir demandé d’expliquer son absence sur Twitter. Deux ans plus tard, ses comptes Facebook et Twitter sont désormais alimentés chaque jour et ses conseillers lui font régulièrement des résumés de ce qui s’y passe. Une attitude normale en ce qui concerne ces deux réseaux. Une grande majorité des hommes et femmes politique ont ainsi décidé de communiquer en ligne, contournant ainsi les relais médiatiques traditionnels.

Mentionnons également, toujours en 2013, le lancement d’un compte Vine (qui permet de publier des vidéos de six secondes) ou encore d’un Tumblr avec une page dédiée à l’Elysée, même si cette dernière a été laissée à l’abandon quelques mois après son lancement.


Deux ans plus tard, nouvelle offensive, d'abord avec la nouvelle version du site de l’Elysée, inaugurée le 24 septembre. L’équipe de communication du président peut désormais agréger, directement sur la page d’accueil, les photos Instagram, les tweets et les Vines des différents comptes de l’Elysée. «Ce sont les moyens de communication du XXIe siècle, tout se passe là», avait alors expliqué au Monde Christian Gravel, directeur du service de communication du gouvernement, à propos des réseaux sociaux. Ont suivi ensuite ce que l’on pourrait appeler les réseaux sociaux «secondaires» car moins de Français y sont présents.

Après Facebook, Twitter et le site officiel, c’était donc au tour d’Instagram, l’application de publication de photos avec ou sans filtre comptant 5,5 millions d'utilisateurs en France. Sur le compte personnel de François Hollande, lancé le 1er octobre en présence du cofondateur d’Instagram, on peut voir une quinzaine de photos ultra-formatées, censées valoriser son action sur le terrain.

 

Cette après-midi, j'étais à La Courneuve pour lancer l'Agence France Entrepreneur.

Une photo publiée par François Hollande (@fhollande) le


Au bout d’un mois, 18.000 personnes se sont abonnées au compte. À titre de comparaison, la chancelière allemande Angela Merkel comptait plus de 87.000 abonnés six mois après son arrivée sur l’application. On constate ici que la fameuse «captation d’un public jeune» semble compliquée, voire impossible; la plupart des commentaires sérieux et engagés se perdent dans une marée de lol et d’insultes.

La communication politique est impossible à mettre en place sur Snapchat

Ces commentaires, choisis au hasard, illustrent pourtant le fossé qui ne pourra jamais être comblé entre la figure du président (qui ne sera jamais «normal») et de jeunes internautes qui, par réflexe, peuvent rejeter toute figure d’autorité. Comment l’Elysée peut-il penser que rejoindre Snapchat et le bombarder de messages politiques aura un effet bénéfique sur sa communication? Les membres ne pourront même pas interagir avec lui ou répondre aux publications formatées du train-train présidentiel. On peut donc légitimement penser que peu de jeunes décideront de s'abonner au compte du président. 

D'autant plus que Snapchat fonctionne comme le dernier bastion où les adultes et les parents n’ont pas encore débarqué en masse, notamment parce que ses codes et ses usages sont difficiles à cerner. Et quand on voit à quel point la rupture est consommée entre les jeunes et François Hollande, on peut se dire que l’arrivée du président et de ses armes de communications massives sur ce réseau-là pourrait être très mal vécue. Même les journalistes, véritable cible de la communication présidentielle, l'utilisent peu de façon professionnelle (seuls quelques médias anglo-saxons comme Buzzfeed, Mashable ou CNN s'en sont vraiment emparés). 

Autre problème: François Hollande risque avant tout d'y être moqué. Hillary Clinton l’a rejoint en août dernier dans le cadre de sa campagne et des parodies sont vite apparues, réalisées par les Républicains eux-mêmes, et des groupes conservateurs ont acheté des filtres pour moquer son audition dans le cadre la commission d'enquête sur Benghazi. Imaginez un instant que les opposants à Hollande s’emparent des outils créatifs très nombreux de Snapchat pour détourner le message présidentiel. Le coup de com’ pourrait là encore se retourner contre le président, qui y trouvera une nouvelle raison de se méfier des réseaux sociaux et de ses communicants, régulièrement critiqués pour leurs choix hasardeux

Mais alors, que diable François Hollande et son équipe espèrent-ils vraiment trouver sur Snapchat? Une récente étude de l’université du Michigan montre que Snapchat rendrait les échanges plus agréables et ses utilisateurs plus heureux. Alors souhaitons lui d’y trouver au moins un peu de bonheur, à défaut d’y trouver des électeurs.

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