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Le succès de Vald montre qu'«écouter du rap français» ne veut plus rien dire

Vald | Rzom_ via Flickr CC License by

Vald | Rzom_ via Flickr CC License by

Le rap français est devenu une musique comme les autres : impossible à définir. Trop de chemin parcouru, trop de guerres entre anciens et modernes, trop de codes transgressés... Vald en est un bon exemple.

L'album NQNT2 du rappeur Vald était l'un des plus attendu de la rentrée hip-hop. Que l'on aime ou non, il faut avouer que l'été s'est en partie fait au rythme de ses titres «Bonjour» et «Selfie», deux ovnis à leur manière dans le paysage du rap français. «NQNT» pour «Ni queue ni tête», preuve que l'absurde règne dans la musique de Vald. Et depuis un mois, les chiffres de téléchargements montrent que le délire plaît.


Le single «Bonjour», sorti en juin dernier, vient de claquer les 4 millions de vues sur YouTube. «C'est-à-dire que le mec arrivait/Tout le monde a dit Bonjour/Mais lui, il a pas dit Bonjour/Il s'est fait niquer sa mère/Il est parti chez lui/“Bonjour madame, je vais te niquer ta mère”/ Il a niqué la mère de sa mère/Pour enfin niquer sa mère/Non, valait mieux dire Bonjour.» Le titre peut laisser de marbre, ou faire rire. Au choix. Avec une instru trap, une reprise des codes hip-hop actuels et un texte ressemblant à du grand n'importe quoi, on pense aussi à une parodie de Booba et autres mastodontes du rap français.

Les gens défendent le morceau, en font une sorte de vérité, du coup ils ne réfléchissent plus

Vald


En fait, chacun se fait son avis, se met à théoriser sur ce que Vald a voulu dire, sur le message de «Bonjour». Ironie? Rap golri? Critique du rap français? Vald provoque: «Mon texte le plus abouti, mon œuvre la plus puissante.» Malin.

Une musique disciplinaire et codée

En interview, alors qu'on lui demande si les gens réfléchissent trop en écoutant sa musique, Vald déclare:

«Je trouve que les gens réfléchissent plutôt aux mauvaises choses. Ils se perdent sur des interprétations et surtout ils se perdent sur leur avis, sur l'importance qu'ils donnent à cet avis et à leur ressenti sur les morceaux. Ils le défendent, en font une sorte de vérité, du coup ils ne réfléchissent plus sur le morceau, ils réfléchissent sur eux-mêmes. “C'est ça qu'il faut dire! C'est ça qu'il faut penser!” Tsss, foutez le camp!»

Y a-t-il réellement besoin de réfléchir face à l'absurde? C'est une des questions que ce succès pose. Mais il montre surtout la capacité qu'a le public rap à théoriser sur sa musique. Trop certainement. Et cette capacité, cette envie permanente de réussir à définir le rap, provient de l'ADN de cette musique: disciplinaire et codée. Disciplinaire car la technique, la compétition et les comparaisons sont des arguments récurrents et historiques pour juger de la qualité d'un artiste. Codée car la crédibilité (biographique, ancienneté dans le milieu, ventes d'albums...) en est un autre. Ça n'est pas systématique, heureusement, mais c'est incontournable pour cerner l'histoire de cette musique.

On réfléchit à ce qu'est le «vrai rap», on peine à juger un rappeur dans sa globalité, préférant diviser les éléments musicaux (flow, instru, texte, timbre et punchlines). Vald ne s'emmerde pas avec ça. Il ne joue pas non plus au gars humble qui veut «s'opposer au rap bling-bling», que les médias généralistes adorent. Il est dans la provocation, mais est aussi compétiteur. Il rentre dans le game sans y rentrer réellement. Il fait réfléchir au rap français, mais joue la carte de l'absurde. Vald, s'il divise fans et détracteurs, est actuellement un des rares rappeurs à succès qui n'a pas de public défini, le seul à ce niveau de notoriété. Certains aiment, certains détestent, peu importe au final.

 Le rap a été digéré par les musiques pop, définitivement accepté partout et tout le temps au profit d'un public décloisonné

Nouvelle ère

Depuis environ six ans, le rap français a été le théâtre d'un élargissement phénoménal de son public en France. Résultat, qui l'incarne, qui en est le boss? Booba parce qu'il est le plus vendeur? Lino parce qu'il est considéré par beaucoup comme le lyriciste venu à la rescousse de ses fans avec son dernier album Requiem, sorti en janvier? Assassin parce qu'ils étaient pionniers? NTM parce qu'il sont les plus connus historiquement? Nekfeu ou PNL parce qu'ils ont leur portrait dans les médias en tous genres? Avec le renouvellement de génération, la digestion du rap par les musiques pop définitivement acceptée partout et tout le temps et le cloisonnement des publics, impossible de répondre sans provoquer de débat sans fin. Peut-être pour trouver un début de réponse critique et commercial, Jul, Nekfeu, Rohff et Booba ont tous décidé de sortir leur nouvel album ce même vendredi 4 décembre 2015.


En fait, le rap français est en train de devenir une musique comme les autres. Les divisions et les sous-genres ont toujours existé en son sein, mais jamais autant qu'aujourd'hui. Dire que l'on écoute du rap est aussi précis que dire que l'on écoute du rock. En 2015, il est partout tout le temps, parfois sans que l'on s'en rende compte. Si Vald le prouve aussi bien, c'est aussi parce qu'on ne sait même plus s'il cherche à casser les codes du rap français, à les parodier ou à les respecter. Il ferait presque les trois à la fois, montrant bien la difficulté de les définir désormais.

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