Tech & internet

Ces moments de honte qui vous guettent sur internet

Coline Clavaud-Mégevand et Stylist, mis à jour le 07.11.2015 à 12 h 33

Malaise... Plus que jamais, nos cyber-hontes sont à un clic de nous péter à la figure.

Voilà à quoi vous ressemblez quand vous venez de vous taper l’affiche sur le web | Rennett Stowe via Flickr CC License by

Voilà à quoi vous ressemblez quand vous venez de vous taper l’affiche sur le web | Rennett Stowe via Flickr CC License by

Il n’y a plus que votre tante qui dit Starbuck (avec un U) et pas Starbeuks qui pense qu’internet causera le déclin de l’humanité. Vous, vous ne voyez pas comment un truc qui vous permet de stalker les Kardashian H24 pourrait être nocif. Mais en quinze ans de pratique (et encore, on est gentils), vous avez établi quelques règles de bonne conduite comme: essayer de ne jamais devenir un mème/ne pas accepter la request de votre mère sur FB/essayer tant bien que mal de ne pas livrer toutes vos données personnelles à des entreprises basées dans des paradis fiscaux.

Sauf qu’il est manifestement de plus en plus compliqué de trouver l’équilibre entre ce qu’il faudrait faire (s’écrire des lettres manuscrites à l’encre sympathique) et ce qu’il est pratique de faire (envoyer un texto via Gmail, donc avec la NSA en CC). Résultat, votre Instagram est passé en mode privé mais il vous arrive encore d’essayer d’arracher la batterie de votre iPhone (bon courage) dans une tentative désespérée de stopper l’envoi d’un SMS imbibé. Surtout, depuis que l’antivirus AVG a annoncé que les historiques de navigation de ses utilisateurs seraient commercialisés, vous sentez que la situation est explosive. À raison: plus que jamais, nos cyber-hontes sont à un clic de nous péter à la figure…

1.En 2008, vous avez aimé la page Facebook de Calogero

Ce qui vous rassure: jadis défendues par des assos complotistes et quelques geekeurs d’alerte, la protection des données personnelles est devenue le sujet de préoccupation le plus schizophrène de la décennie. Tout le monde s’inquiète à fond tout en essaimant un max d’infos perso au fil des sites. Même double bind au sommet de l’État, qui vote l’ultra-intrusive loi renseignement, mais annonce juste après la création d’un «service public de la donnée», issu de la fusion de la Cada (la Commission d’accès aux documents administratifs) et de la Cnil (Commission nationale informatique et liberté).  Au même moment, aux États-Unis, la loi Sarbanes-Oxley, dénoncée par le New York Times, interdit à toute personne visée par une enquête d’effacer ses données de navigation (adieu «comment se débarrasser de sa gardienne»). 

Pendant ce temps, sur votre ordinateur: convaincue qu’en passant en navigation privée, on est aussi invisible que sur le deep web (en fait, pas du tout), on a oublié qu’internet n’oublie rien. Un rappel qui nous saute au smartphone à chaque fois que Facebook poste en tête de notre timeline un «souvenir» d’il y a cinq ans – comme le statut «Urgent: quelqu’un connaît un bon gynéco sur Paris??». Une hypermnésie mise en scène l’an dernier par le site Rue 89 avec une série de portraits d’internautes basés sur leur historique web. Dont celui de Jean-François, passé sur Paroles.net à la recherche d’«Il jouait du piano debout» car «en pleine conversation avec ses associés, il a voulu citer France Gall». On aurait aimé se moquer, et puis on s’est rappelé qu’on avait passé une heure sur Lyrics.com à la page de Maître Gims pas plus tard que la veille. D’ailleurs, à la terrifiante question «Quelle image aurait-on de moi si mon ordi était passé au peigne fin?» la comédienne Amy Schumer a avoué mi-octobre au Saturday Night Live: «Ce que je cherche le plus sur Google, c’est de loin “Est-ce que je peux picoler tout en prenant cet antibiotique?”.»

2.«C’est où l’Érythrée?»

Ce qui vous rassure: grâce à la prédiction orthographique, nos erreurs sont corrigées avant même qu’elles soient commises. Une boulette passe quand même entre les mailles du filet? On édite. La fonctionnalité créée il y a deux ans sur Facebook pourrait bientôt arriver sur Twitter à la suite d’une demande expresse de Kim Kardashian, cet été –une «très bonne idée», selon son CEO Jack Dorsey. Google va même plus loin: ses ingénieurs sont en train d’intégrer la correction simultanée en plusieurs langues à son navigateur Chrome –pour que plus jamais la recherche des mots «casus belli» ne se transforme en «ça suce belle» sous les yeux de votre voisin d’open space.

Pendant ce temps, sur votre ordinateur: aveuglée par ce sentiment de toute puissance, on se retrouve à balancer à tout-va des CV contenant quinze fautes d’orthographe (c’est le cas de 58% d’entre eux, selon une récente étude du site de recherche d’emploi Qapa.fr). Et notre autocorrect est devenu plus malpoli que Cartman à force d’intégrer nos insultes favorites. Du coup, on ne se donne plus la peine de regarder ce qu’on tape et notre cerveau d’assistée ressemble à celui d’un (mauvais) élève de CE2 qui passe sa vie sur les sites de conjugaison ou sur Capitales.com, depuis qu’on a lancé «Super pour la Suède!» à une collègue mutée à Copenhague.

3.René la taupe, c’est vous

Perdus de recherche

Inutile de googler ces termes. Ils n’existent pas. Merci qui?

 

  • Blumaise 

«Y avait aussi blumaise en huit lettres»: c’est ce que suggère l’un des montagnards planté devant l’émission «Des chiffres et des lettres», qui vient de secourir les Bronzés font du ski perdus dans la Coulée du Grand Bronze (rangez vos skis, celle-ci n’existe pas non plus).

 

  • Le médaillon d’Isis Novnak

Gad Elmaleh utilise cette référence inventée par ses soins pour se moquer des intellos qui font «des-blagues-que-que-eux-peuvent-rigoler». Private joke bac +8.

 

  • Une Impériale Affliction

Dans le livre Nos étoiles contraires, de John Green, le roman fait référence à un autre roman: Une impériale affliction, de Peter van Houten. Pas la peine de scroller tous les amazon.com du monde, ce livre et cet auteur n’existent pas. Dommage.

Ce qui vous rassure: consciente de l’importance de se faire discrète sur la toile depuis qu’on a vu Citizenfour, le docu sur Edward Snowden, on a compris l’intérêt de passer sur DuckDuckGo, le moteur de recherche qui ne stocke aucune information de navigation (et dont le trafic a bondi de 600% depuis le scandale de la NSA), et aux applis qui veulent protéger nos secrets. Tels les Anonymous, elles sont légion: Confide, qui produit des messages incompatibles avec les captures d’écran; Bleep, un WhatsApp crypté qui efface définitivement les messages au bout de vingt-cinq secondes, ou les moins glorieux Yik Yak et Secret pour le colportage de ragots masqués.

Pendant ce temps, sur votre ordinateur: de Snowden et Assange, on a retenu surtout ce message: aujourd’hui, tout le monde espionne tout le monde. Du coup, on n’éprouve plus aucun remords à être passée du gentil stalking de notre ex au recoupement d’infos façon Stasi. Désormais, vous savez que votre stagiaire n’a pas «une vilaine gastro» mais une bonne vieille gueule de bois (un ami en commun sur Facebook vous a mis sur la piste de ses photos «#MondayMojito» sur Instagram) et vous avez annulé un date avec un mec parce qu’ado il collectionnait les figurines Warhammer. Malheureusement, puisqu’on vous espionne forcément vous aussi, vous avez effacé l’intégralité de vos conversations intranet. Et passé la semaine à tenter de retrouver les infos pour votre présentation de jeudi, en expliquant à votre hiérarchie qu’«un malware a dû bouffer tous les fichiers»

4.Monde diplo 0 - Gawker 1

Ce qui vous rassure: la «filter bubble», c’est cette bulle invisible dans laquelle nous maintient internet en choisissant à coups d’algorithmes et à notre place le contenu qui nous intéresse le plus. Pratique, notre timeline Facebook a éjecté les camarades du collège à qui on ne parle plus depuis des lustres, pour n’afficher que les profils de nos meilleurs potes (et les promos sur nos marques préférées). Quant à nos résultats de recherche Google, ils sont calibrés en fonction de notre âge, genre et localisation et les réseaux comme LinkedIn, Twitter ou Instagram nous suggèrent de suivre tout un tas de gens passionnants dont on ignorait jusque-là l’existence. 

Pendant ce temps, sur votre ordinateur: plus moyen de se convaincre qu’on est une intellectuelle raffinée. On a beau utiliser des appli de curation de news comme Flipboard ou Nuzzel, notre page Facebook fait surtout remonter les pages faits-div’ de 7sur7.be (sur lesquelles on passe manifestement trop de temps). Et ça ne va pas s’arranger avec la nouvelle option Save Link de Facebook: en un clic, on se garde au chaud cette analyse de quatre pages sur la situation au Burkina Faso, tout en sachant pertinemment qu’on ne la lira jamais. Le plus honteux dans tout ça? Les explications vaseuses qu’on sert à toute personne qui nous surprend en train de scroller sur PerezHilton.com. Notre fil Instagram est saturé de starlettes en plastique? C’est qu’on s’intéresse aux «phénomènes sociologiques populaires». La page DPstream de «L’Incroyable Famille Kardashian» figure dans nos favoris? On se doit de connaître le parcours de Caitlyn Jenner, vu qu’on a quand même suivi un cours sur le gender à la fac.

5.Vous avez encore raté votre code

Ce qui vous rassure: les outils numériques sont désormais intégrés dès l’école primaire et, en septembre, le ministère de l’Éducation a annoncé qu’une épreuve de programmation informatique serait obligatoire au brevet des collèges. Une démocratisation en marche chez les plus jeunes, mais aussi les autres… On ne compte plus les outils pour réaliser un site web sans passer par la case école d’ingé –Wix.com, Jimdo, Weebly…– et le marché s’ouvre depuis peu aux applis: GoodBarber, un service frenchy, permet ainsi de créer des appli iOS et Android sans être plus geek que ça. D’ailleurs, la semaine dernière, on a modifié une balise html dans la newsletter de notre boîte et, depuis, on songe à intégrer l’organisation Hackers Sans Frontières.

Pendant ce temps, sur votre ordinateur: pour montrer qu’on est à la pointe de la technologie, on a supprimé le pavé «centres d’intérêt» de notre CV pour rajouter cinq lignes de «compétences informatiques», rappelant qu’en 2008 on a designé la plaquette de notre BDE sur Photoshop et qu’on maîtrise Excel. Problème: il ne se passe pas une journée sans qu’on demande à Yahoo Answers «Comment faire un saut de ligne à l’intérieur de la cellule B2?». À la maison, on se retrouve à demander à internet «Comment changer son mot de passe wifi?» ou «Peut-on désinstaller la Yahoo Toolbar?», qu’on est forcée d’utiliser depuis qu’on a téléchargé le dernier épisode de The Walking Dead sur un site bourré de pop-up avec des filles toutes nues «habitant notre région». Comble de la honte: les jours de grosse fatigue, on se retrouve à taper «Google» DANS la barre de recherche Google, ce qui nous ramène à la dure réalité: être plus jeune que la marque Apple ne fait pas de nous une digital native.

 

Coline Clavaud-Mégevand
Coline Clavaud-Mégevand (4 articles)
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Mode, culture, beauté, société.
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