Roman Polanski le fugitif
Son histoire tragique et sordide se confond avec celle de ses personnages.
- Roman Polanski à Madrid Novembre 2005 -
«Wanted and desired»: c'était le sous-titre de l'excellent documentaire de Marina Zenovich (sorti en 2008) sur Roman Polanski. Recherché et désiré, tel était de fait Polanski en 1977, lorsque les parents de Samantha Geimer — une adolescente de 13 ans — portèrent plainte pour viol sur mineure. Tel est encore, et c'est plus étonnant, le Polanski d'aujourd'hui: la justice californienne vient en effet de relancer une saga judiciaire qui a commencé il y a 32 ans en demandant à la police suisse d'arrêter le cinéaste à Zurich.
L'affaire est sinistre. Chargé de réaliser un reportage photo pour Vogue, le réalisateur de Chinatown, 44 ans, entraîne la jeune Samantha dans la villa hollywoodienne de Jack Nicholson, sur Mulholland Drive. Il lui fait boire du champagne et avaler des Quaaludes, un barbiturique connu en France sous le nom de Méthaqualone et utilisé comme drogue récréative pour ses vertus relaxantes. Comme en atteste sa déposition de l'époque, la victime oppose des refus répétés à Polanski, qui lui impose malgré tout une relation sexuelle. Les parents portent plainte et toutes les personnes impliquées dans l'affaire sont dès lors prises dans une incroyable tornade médiatique.
La suite est classique dans le système judiciaire américain: l'avocat de Polanski et le procureur négocient hors du prétoire avec le juge Laurence J. Rittenband. Ce qui mène Polanski à accepter de plaider coupable en échange de l'abandon de certains des six chefs d'accusation. Ce n'est donc plus pour viol mais pour «relations sexuelles illégales avec une mineure» que le cinéaste subit une «évaluation psychologique» et 42 jours de détention au terme desquels il est libéré. Le juge laisse alors entendre, devant avocats et procureur, qu'il va revenir sur leur accord et exposer Polanski à une sentence bien plus sévère. Dans le film de Marina Zenovich, Roger Gunson, le procureur de l'époque — guère soupçonnable de parti pris, affirme sans ambages que le juge Rittenband (aujourd'hui décédé), étourdi par le vacarme médiatique, a commis une faute grave. Gunson confie même, à propos du départ précipité de Polanski pour l'Europe début 1978: «A sa place, j'aurais fait pareil».
C'est la sortie du Pianiste (Palme d'or à Cannes en 2002, et oscar du meilleur film en 2003) qui ravive le débat aux Etats-Unis. Samantha Geimer, qui a aujourd'hui la quarantaine, s'exprime publiquement, et à plusieurs reprises, pour demander l'abandon des poursuites contre le cinéaste. Sans doute conforté par cette démarche et par le documentaire de Marina Zenovich (auquel il n'a pas participé), Polanski lui-même dépose un appel, en juillet 2008. Le juge Peter Espinoza confirme des anomalies substantielles dans la conduite de l'affaire par son prédecesseur mais refuse d'accéder à la demande du plaignant car Polanski n'est pas présent (et pour cause: il n'a pas remis les pieds aux Etats-Unis depuis 1978).
Est-ce cette récente démarche qui a relancé l'intérêt de la justice américaine pour le fugitif Polanski? Le documentaire de Marina Zenovich, ouvertement critique des manquements de la justice, qui a irrité en haut lieu? Est-ce tout simplement la célébrité du personnage qui suffit, aujourd'hui comme hier, à lui garantir une éternelle première place dans le cœur des juges et des médias? Bien plus que ses réussites de cinéaste, c'est l'assassinat de Sharon Tate à l'été 1969 qui a fait basculer irrémédiablement Polanski dans le monde des très grandes stars. C'est aussi ce qui enraya, à l'époque, la machine judiciaire et explique aujourd'hui la cascade de pétitions et de déclarations à l'emporte-pièce des grandes figures du monde de la culture.
Le problème, avec Polanski, c'est qu'on ne se lasse pas de parler de sa vie. De l'enfance dans le ghetto de Cracovie. De la déportation de ses parents (sa mère, enceinte, est assassinée à Auschwitz). De ses années de guerre passées, toujours en Pologne, dans une famille catholique à travailler dans les champs. Et puis de la gloire précoce, de l'amour fou avec Sharon Tate et du meurtre sauvage de la jeune actrice, elle aussi enceinte, par la famille Manson. De cette affaire de mœurs, enfin.
Mais à force de s'étonner de cette existence si mouvementée, à force de s'interroger et de débattre, on oublie de plonger au cœur du mystère, là où Polanski a tout dit: dans son œuvre. Près d'une vingtaine de films, d'une qualité exceptionnelle, qui racontent tous, obsessionnellement, l'histoire d'un personnage —homme ou femme, adulte ou enfant, innocent ou coupable— que l'univers tout entier conspire à détruire. Oui, c'est en regardant son Oliver Twist, sa Tess ou son Macbeth, sa Rosemary, son Locataire et son Pianiste, que l'on peut approcher un peu ce qu'éprouve sans doute aujourd'hui, dans l'attente de son extradition, Roman Polanski — l'enfant juif qui a survécu à la Shoah, le mari épris et le futur père dont on a tué la femme et l'enfant à naître, le violeur que sa victime a pardonné mais que le système refuse d'oublier, le grand cinéaste que sa maudite célébrité fait si souvent oublier.
Jonathan Schel
Image de une: Roman Polanski à Madrid Novembre 2005
Mis à jour le 29/09/2009 à 7h53













































Roman Polanski est, ou devrait être un justiciable comme les autres, mais sa notoriété et son entregent lui ont permis de fuir la justice pendant trente ans. Il est normal qu'il soit juger pour ce qu'on lui reproche pénalement et c'est à la justice de se prononcer. Ce qui est moins normal et qui pose problème, c'est cette levée de bouclier contre ce procès qui nous dira s'il y a culpabilité ou non, et surtout ce refus de la part de gens qui sont sensés soutenir toute forme de démocratie (je rappelle que la justice est une part irréductible de la démocratie). Les plaidoiries faisant appel à son enfance, à sa vie exceptionnelle, à son réel génie cinématographique comme les expose cet article sont à conserver pour les prétoires La célébrité n'est un gage ni d'innocence ni de culpabilité.
Être artiste donne t il le droit de violer une jeune fille de 13 après l'avoir droguée ?
Elle a pardonné, OK, est ce que ça donne droit au coupable de se poser en victime et de dire qu'on le persécute parce qu'il aime les très jeunes femmes (sic) : il a honte de prononcer le mot enfant.
Il a des circonstances à ce crime, mais l'auto-disculpation de l'auteur est indécente.
Pensons à toutes celles qui ont subi le même sort : à force de dire que ce n'est pas grave, on justifie l'intolérable. Abuser de la faiblesse d'autrui est un crime abominable.
Non, elle a pas pardonnée... elle a été indemnisée financierement... Et les condition de cette indemnisation devaient surement inclure ce pardon.
Aprés tout, pour quelques millions, n'importe qui dirait publiquement avoir pardonné...
Comme quoi, les gens riches et celebres ont plus de facilités à obtenir le pardon que les autres... (comme ils ont plus de soutien d'obtenir des soutien de ministres pour des actex abjectes et excecrables)
Cet article est parfaitement clair. Tout y est relaté le plus simplement et le plus complètement possible.
Il y a l'homme Polanski. L'artiste Polanski. Le fugitif Polanski.
L'homme Polanski : humain trop humain. Si son passé ne l'excuse pas, il peut cependant expliquer son comportement et doit être pris en compte par une vraie justice.
L'artiste Polanski : peut-être le plus grand cinéaste de la deuxième moitié du XXème siècle, il n'y a pas de doute la-dessus.
Le fugitif Polanski : il s'est soustrait à la justice en 1978 quand il a compris que son juge ne tiendrait pas la parole qui lui avait été donnée lors de son deal avec la justice.
C'est cette fuite qui le rattrape aujourd'hui.
Il est à souhaiter que cet imbroglio médiatico-judiciaire puisse être réglé de manière honorable et pour Polanski et pour la justice.
Polanski doit être condamné pour son crime, même si sa peine doit être commuée compte tenu des irrégularités de son procès en Californie, du fait de son grand âge, qu'il a payé des réparations à sa victime qui elle-même demande à ce qu'on en finisse avec cette affaire vieille de plus de trente ans.
Un ado de 13 ans télécharge un morceau de musique. Branle-bas de combat, Hadopi est bafoué. Que dit la classe politique ?
Une mère de famille écrit "Hou la menteuse" en commentaire d'une vidéo où l'on voit une ministre se faufiler dans un studio. Branle-bas de combat, la mère de famille est convoquée par la police. Que dit la classe politque ?
Un cinéaste reconnait avoir drogué et abusé d'une ado de 13 ans alors que lui-même avait plus de 40 ans. Il s'enfuit avant son procès, puis est rattrapé par la justice. Branle-bas de combat, scandale, pétition. Que dit la classe politique ?
Selon la classe politique, ceux-là même qui sont garants de l'égalité des citoyens : face à la justice il vaut mieux être un cinéaste criminel (rappelons que Roman Polanski a reconnu les faits) qu'un ado Hadopi-cide ou un mère de famille Youtubophile.
L'article nous explique qu'un délinquant peut être un artiste.
Cela fait des siècles qu'on le sait.
Ce qui est repoussant dans cette histoire, c'est qu'elle nous rappelle qu'un délinquant qui a des copains connus et puissants pourrait ne plus être considéré comme un délinquant. Ca aussi c'est connu depuis longtemps. Est-ce une raison pour l'accepter ?
La réaction de nos "élites" culturelles est a vomir.
Cela ressemble a un soutien de caste ou de compagnon de la jet set ministérielle.
La justice US n'est pas sans défauts mais il ne s'agit pas d'une dictature africaine.
Alors si M Polanski a des arguments a faire valoir qu il le fasse devant un juge US plutot que devant la presse française.
Et enfin quel est l exemple que nous donnons quand nous pardonons d office quelqu un juste pour ses relations et son statut ?
Finalement chez mitterands le deni est une façon de vivre.
c'est atterant de lire un tel article.
A en croire l'auteur de l'article, la seule personne qui serait à blamer serait le juge qui a eu la présence d'esprit de se rendre compte que 45 jours de prison pour un viol sur mineur n'est pas une peine suffisante même si l'auteur est un artiste.
Ce juge que vous critiquez et que vous vouez aux gémonies, est surement la personne la plus intelligente de toute cette histoire, puisqu'il a refusé que soit pris en compte le statut de cet individu et son argent (indemnisation).
Impressionnant de voir quelqu'un accabler un juge qui a fait excellement son travail dans le seul but de défendre un pédophile qui a juste voulu échaper à la justice.
Je suis scandalisé par le fait que MM. Kouchner, Mittérand, Lang et autres soient ...scandalisés par l'arrestation de M. Polanski en application du mandat d'arrêt international délivré par les autorités judiciaires américaines. C'est ahurissant!!!
Comment peut-on, à ce niveau de responsabilités politiques (présentes ou passées), faire autant de bruit, de lobbying afin d'empêcher une procédure judiciaire d'aller jusqu'au bout? Et quelle procédure!!! Celle engagée pour que M. Polanski réponde de sa responsabilité dans une infraction pénale dont la victime fut une mineure au moment des faits. Une infraction aggravée par certaines circonstances: "le fait que la victime soit mineure", "l'usage de produits stupéfiants ou à tels usages pour obtenir un consentement altéré", "utilisation de méthodes dilatoires pour attirer la fillette dans le domicile, lieu du crime" et "violation des termes de sa mise en liberté, par la fuite".
La responsabilité pénale de M. Polanski, en sus des témoignages de la victime a été corroboré par le comportement de l'accusé lui-même: le choix de la procédure du "plaider coupable" (pour la négociation de la peine) et le fait de quitter le territoire américain empêchant de facto la poursuite d'une telle procédure de jugement.
Concernant les délais mis en avant pour la prescription, il y a lieu de savoir que, dans une procédure classique, la prescription se calcule à partir du jour de l'infraction si aucun acte judiciaire n'est accompli depuis, ou bien depuis le dernier acte accompli par l'autorité judiciaire en charge de l'affaire. Présentement, il se trouve que la Justice américaine, vu la gravité des chefs d'accusation, a toujours fait en sorte à ce qu'elle soit dans les délais pour juger M. Polanski, d'où le mandat d'arrêt.
En France, pour des faits moins graves que ceux commis par M. Polanski, la procédure du mandat d'arrêt et de l'extradition est mise en avant quotidiennement. Pourquoi donc un tel remue- ménage? M. Polanski, de par sa notoriété et ses amitiés dans le sérail, serait-il devenu un "intouchable"?
Moi, la question que je me pose ce n'est pas de savoir pourquoi la Suisse a appliqué un mandat d'arrêt international. Mais bel et bien, pourquoi la France n'a-t-elle jamais arrêté et jugé (possibilité offerte par le Code de Procédure Pénale) M. Polanski pour des faits aussi graves qu'un viol sur mineure avec circonstances aggravantes?
La question reste posée. Et moi je continue à être dubitatif!
Laissons la Suisse et les USA, qu'on ne peut pas soupçonner de couver une justice aux ordres, rendre justice à la victime. Car à force de gesticulations, on oublie qu'une enfant de 13 ans a subi l'innommable de la part d'un homme dont les complicités politiques ont garanti l'impunité.
Et l'impunité lacère plus que les faits les victimes.