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Contrairement à ce que vous pensiez, la politique de l’enfant unique vient de l’Ouest

PROAnja Disseldorp | China portrait child via Flickr CC License by

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Contrairement à ce que vous pensiez, la politique de l’enfant unique n’est pas une création chinoise mais s’inspire d’idées malthusiennes européennes.

Vous pensiez que la politique de l’enfant unique était d’inspiration chinoise? Qu’il n’y avait qu’en Chine, pays considéré par autoritaire et réfractaire aux droits de l’homme, qu’avait pu germer une idée aussi effrayante? Eh bien pas du tout. C’est ce que démontre Susan Greenhalgh, professeure émérite à l’Université de Californie, qui rapporte une anecdote étonnante, et passionnante. Celle-ci est contenue dans un livre peu connu en France, paru en 2008, Just one child («Un enfant seulement»), qui montre que la Chine s’est en fait inspirée d’idées malthusiennes diffusées en Europe, par le biais d’un mathématicien expert en missiles qui était en voyage pour une conférence en Finlande, où il aurait rencontré un scientifique néérlandais.

L’histoire se passe en 1978, comme le raconte Matt Ridley, sénateur britannique et journaliste, sur son blog. Song Jian, mathématicien chinois expert en balistique, est alors à Helsinki, pour le septième congrès trisannuel de la Fédération internationale du contrôle automatique, dont le but est comme son site internet l’indique de «promouvoir le contrôle automatique dans tous les domaines». Un soir après le congrès, il s’attable dans un bar avec Geert Jan Olsder, un scientifique qui a écrit un papier sur le contrôle des naissances, rappelle le blog Freakonomics. Le Néérlandais lui parle du «Rapport sur les limites de la croissance» (en anglais «The Limits to Growth»), dit «Rapport Meadows», publié par le Club de Rome. Ce rapport s’est inspiré des travaux de Geert Jan Olsder notamment pour promouvoir une limitation des naissances, l’expansion démographique étant pointée comme l’un des plus importants facteurs de pauvreté par les experts de ce groupe de scientifiques réputés précurseurs en matière de développement durable.

Avortements forcés jusqu’à huit mois de grossesse

Song Jian, fasciné par le modèle mathématique de Geert Jan Olsder, qui définit un taux de natalité «idéal» selon plusieurs critères dont notamment le taux de mortalité, va revenir en Chine avec la ferme intention de changer la politique démographique de son pays. À partir de 1979, il se rapproche de Deng Xiaoping et parvient à le convaincre.

La suite est connue. Le général Qian Xinzhong, qui est chargé d’appliquer cette nouvelle politique, va ordonner la stérilisation forcée des femmes qui ont déjà deux enfants, l’implantation de stérilets dans le système utérin de toutes les femmes qui ont déjà eu un enfant –un retrait de ce stérilet étant considéré comme un crime–, l’interdiction pour les femmes de moins de 23 ans d’avoir des enfants et l’avortement forcé jusqu’à huit mois de grossesse des femmes enceintes qui ont déjà un enfant.

Progressivement, l’influence de Song Jian va décliner, jusqu’à ce qu’il soit définitivement écarté du pouvoir en 2011, au profit du réformateur Peng Peiyun. La Chine a depuis cette période régulièrement assoupli sa politique, mais le mouvement de vieillissement de la population est tellement avancé et les mentalités ont tellement changé que de nombreux commentateurs s’accordent pour dire que ces assouplissements n’ont eu que peu d’effet. Avec l’abandon officiel de cette politique ce jeudi 29 octobre, la Chine met fin à trente-cins ans de contrôle autoritaire des naissances… un peu tardivement, sans doute.

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