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La Coupe du monde de rugby signe la victoire des Anglais

Chris Robshaw, Owen Farrell et Joe Launchbury I Reuters/Jason Cairnduff

Chris Robshaw, Owen Farrell et Joe Launchbury I Reuters/Jason Cairnduff

…et leur domination éternelle sur le sport comme le prouve aussi le scandale de la Fifa. Les Français pourraient en prendre exemple.

La Coupe du monde de rugby, qui s'est terminée, samedi 31 octobre à Twickenham, par la victoire de la Nouvelle-Zélande sur l'Australie (34-17), a été un incontestable succès. Si la compétition n’a pas souri aux Français ou aux Anglais et si elle s’est déroulée selon un scénario relativement (trop) attendu à l’exception du joyeux triomphe du Japon sur l’Afrique du Sud, elle a montré qu’elle était bien un temps fort de l’agenda sportif avec de fortes audiences et des stades remplis de spectateurs. Ce, en dépit de son rythme lent dû à l’espacement des matchs et de tarifs parfois prohibitifs. Plus 2,4 millions de spectateurs (taux de remplissage de 97%) auront donc assisté à cette épreuve entamée le 18 septembre et qui aura rapporté 210 millions d’euros de revenus nets à ses organisateurs.

Au nom d’une rivalité pratiquement constitutive au rugby, les Français se sont beaucoup (et logiquement) moqués du XV de la Rose au moment de son élimination précoce au terme de la phase de poules. Mais les Anglais, au-delà d’avoir une meilleure équipe que celle du XV de France –avec beaucoup de jeunes talents pour mûrir jusqu’à la prochaine Coupe du monde au Japon en 2019–, ont prouvé qu’ils restaient bien les maîtres du jeu, si ce n’est au rugby (les autorités du rugby anglais se retrouvent dans la tempête après ce fiasco), au moins lorsqu’il s’agissait d’organiser un événement sportif de grande envergure.

Une ferveur inégalée

Trois ans après les impeccables Jeux olympiques de Londres, l’Angleterre –aidée par le pays-de-Galles et son stade légendaire du Millenium à Cardiff– a montré tout son savoir-faire en la matière, notamment en ne trahissant aucun signe de mauvaise humeur ou de désintérêt pour la compétition après son échec, sans retour, contre l’Australie (c’était il y a déjà quatre semaines). Les antres de Birmingham, Brighton, Exeter, Gloucester, Leeds, Leicester, Newcastle, Manchester, Milton Keynes et bien sûr Twickenham ont résonné d’une ferveur qu’il est impossible de dupliquer ailleurs et certainement pas en France.

En France, le sport est un (récent) fait de société regardé de haut ou de loin. En Angleterre, il est un sujet à part entière

Les Anglais, et par extension les Britanniques, aiment le sport plus qu’aucun autre pays sur cette terre et le traitent en conséquence avec tout le respect qui lui est dû quelle que soit la nation sur le terrain. Il n’y a qu’à consulter les épais cahiers dédiés au sport dans les quotidiens nationaux d’outre-Manche pour prendre la mesure de cette passion et comparer avec les maigrichonnes rubriques sportives (quand il y en a encore) de leurs homologues français (en dehors de L’Équipe et des quotidiens régionaux) pour constater que la France est un nain sportif comparativement à l’Angleterre et au reste du royaume. En France, le sport est un (récent) fait de société regardé de haut ou de loin. En Angleterre, il est un sujet à part entière de la plus grande importance.

Un modèle de pugnacité

Cette Coupe du monde de rugby a été l’occasion de rappeler cette évidence avec éclat comme le prouvent aussi tous les week-ends les rencontres de Premier League qui doivent autant leur succès médiatique à l’ambiance qu’elles dégagent qu’à la qualité des équipes présentées. Chaque année, Wimbledon n’a aucune peine à prouver pourquoi ce tournoi règne sur le tennis mondial. Au même mois de juillet, Silverstone, temple du sport automobile pour avoir accueilli le premier Grand Prix de Formule 1 de l’histoire en 1950, draine des foules records. C'était encore le cas cette année, lors du week-end du Grand Prix de Grande-Bretagne au moment où la F1 peine de plus en plus à garnir ses gradins à travers le monde notamment du côté de ces «nouveaux marchés» certes rémunérateurs pour Bernie Ecclestone, mais si peu épris de sport automobile. L’Angleterre ne déroge jamais à ses traditions sportives comme s’il s’agissait d’honorer la date d’un calendrier religieux.  

À l’heure de l’un des plus gros scandales de l’histoire du sport, la pugnacité et la virulence avec lesquelles les Britanniques ont dénoncé et continuent de fustiger le système de corruption au sein de la Fifa marque cet autre attachement au sport et à sa supposée «pureté» à laquelle nos «meilleurs ennemis», comme les Américains, sont viscéralement attachés (plus que les latins moins pusillanimes). Car sans le travail des journalistes d’outre-Manche, à commencer par les coups de boutoir et la remarquable ténacité du brave Ecossais Andrew Jennings qui avait déjà fait vaciller le Comité International Olympique (CIO) sur ses bases il y a quelques années, Sepp Blatter n’aurait pas été écarté du pouvoir et le château de cartes ne se serait pas écroulé à partir du moment où le FBI a pris le relais des enquêtes journalistes. 

Nulle inquisition de la sorte en France de la part de nos responsables politiques notamment auprès de la Fédération française de football

La clémence française

Et il était notable de voir à quel point ces journalistes des grands quotidiens londoniens pouvaient être sévères ces derniers temps avec Michel Platini quand, en France, les erreurs d’appréciation et la légèreté de notre ancien n°10 national étaient parfois traitées avec relativement de mansuétude et d’égards de la part des medias français qui semblaient encore l’épargner de critiques malgré les évidences de ses négligences sans juger le fond de l’affaire. C’est la force des Anglais: notamment par la puissance de la dérision, ils peuvent se moquer de leurs idoles en difficulté avec un humour féroce qui ne fait pas partie de notre culture journalistique. Pas de match, là encore, à l’instar de l’audition parlementaire publique convoquée en Angleterre, le 28 octobre, pour éclairer (s’il en était encore besoin) le personnel politique de Londres sur les dérives de la Fifa avec la mise sur le gril de l’un des dirigeants de la Fédération anglaise, Greg Dyke, obligé d’admettre que l'organisation «était corrompue depuis quarante ans» et avec la déposition de plusieurs représentants des sponsors liés à la fédération internationale.

 

Après avoir vu Manuel Valls voler au secours de Michel Platini, nulle inquisition de la sorte en France de la part de nos responsables politiques notamment auprès de la Fédération française de football (FFF) rangée derrière l’actuel Président de l’UEFA et fidèle à la Fifa lors de ces années de plomb et visiblement pas trop encline, demain, à faire tournebouler le système international (comme toutes les autres fédérations affiliées à cette organisation dévoyée). Une fois encore, en matière de sport, l’exemple est plutôt venu de Londres que de Paris. 

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