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On peut être allemand de l'Est et avoir son James Bond

Générique de «Das Unsichtbare Visier» | Capture d'écran YouTube

Générique de «Das Unsichtbare Visier» | Capture d'écran YouTube

Une série d'espionnage est-allemande, inspirée de l'agent britannique, a remporté un grand succès dans le régime communiste.

Aujourd’hui, pour nous, l’espion est-allemand type a les traits de Wiesler, cet agent chauve, pâlot et falot, qui surveille un couple depuis les combles de l’immeuble, dans le film La Vie des autres. Si Wiesler se laisse peu à peu submerger par ses émotions, loin de l’image du robot que le spectateur avait pu hâtivement lui coller à la peau, il n’y a rien dans ce portrait qui puisse redresser l’idée qu’on se fait de la Stasi, cette police politique mêlée de services secrets de la République démocratique allemande (RDA). Mais il n’en a pas toujours été ainsi, note la BBC, qui a visionné la série Das Unsichtbare Visier, soit Le viseur invisible, diffusée par intermittences en RDA entre 1973 et 1979. 

Les seize épisodes ont rencontré un vif succès (à la soviétique) auprès des téléspectateurs: le quart d’entre eux avait été vu par la moitié des foyers est-allemands, et un épisode avait même totalisé 60% de parts de marché.

James Bond avec la carte du Parti

Le personnage principal, Alexander, est visiblement inspiré de James Bond (à commencer par le générique). Il faut dire que le feuilleton a été pensé pour contrer l’attrait grandissant en Allemagne de l’Est pour l’espion britannique et ses gadgets, qui sont autant de vitrines du capitalisme anglo-saxon, et pour réhausser l'image de la Stasi. Par conséquent, l’espion est constamment en butte à la CIA, aux services d’Allemagne de l’Ouest et à d’anciens nazis apparemment pas étouffés par la rédemption. 

 

Ridicule? À moitié seulement, s’étonne l’article. Tout d’abord, les acteurs principaux sont très bons, la plupart des épisodes réalisés avec maîtrise et la série a la vertu de donner une vision sensible de l’Allemagne encore traumatisée et assaillie par un sentiment de culpabilité de l’Après-guerre.

À moitié seulement, mais à moitié quand même. Le héros a une aversion très prononcée pour les danses occidentales, comme le twist. Derrière une Argentine rencontrée au hasard d’une de ses missions se cache en fait une actrice allemande revêtue d’un masque noir. Les intrigues rocambolesques amenant l’espion à sauver le monde tous les quatre matins ou à mettre la main sur une arme chimique surpuissante dans un attaché-case dans un congélateur n’ont pas non plus aidé à la crédibilité de l’ensemble.

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