Santé / Sciences

Le curieux syndrome de ce Français qui ne se reconnaît pas dans le miroir

Temps de lecture : 2 min

Monsieur B., 78 ans, s’est mis à parler à son reflet, le prenant pour un étranger apparu dans sa salle de bain.

Cet étranger dans le miroir | Vox Efx via Flickr CC License by
Cet étranger dans le miroir | Vox Efx via Flickr CC License by

Certaines choses évidentes et quotidiennes peuvent devenir tout à fait singulières et étranges au premier dysfonctionnement du cerveau. Comme par exemple se regarder dans le miroir: sans la fonction qui nous permet de nous reconnaître, entrer dans sa salle de bain peut devenir une drôle d’expérience. C’est ce qui est arrivé à Monsieur B. pendant une dizaine de jours, un cas rapporté par la revue Neurocase en août dernier.

Ce Français de 78 ans s’est mis à parler avec son reflet. Mais il n’a pu que constater que l’homme répétait toutes ses phrases, et qu’il était sinon étrangement muet, comme le rapporte le blog Biomédicales de la revue Sciences et Avenir. Il apportait aussi tous les jours son repas dans la pièce pour converser avec l’étranger, et lui proposait chaque jour le couvert, ainsi que l’explique le Washington Post. Au bout d’un moment l’intrus devint agressif, et la fille de Monsieur B. décida alors de l’emmener à l’hôpital.

«Délire d’illusion des sosies»

L’homme est atteint, comme le rapportent les chercheurs de l’Université de Tours, d’un cas atypique du syndrome de Capgras. Ce syndrome, un «délire d’illusion des sosies», comme le résume le journaliste Mac Gozlan sur le blog Biomédicales, a été décrit pour la première fois en 1923 dans le Bulletin de la Société clinique de médecine mentale par le psychiatre Jean-Marie Joseph Capgras, qui narre le cas de «Mme M.», une femme qui «métamorphose depuis une dizaine d’années chaque personne de son entourage et même ses plus proches, comme son mari et sa fille, en sosies différents, successifs et nombreux».

À l’hôpital, les médecins ont découvert que Monsieur B. présentait des signes de la maladie d’Alzheimer. Si le syndrome de Capgras peut être associé avec des troubles psychologiques, il est aussi souvent (dans un tiers ou un quart des cas, selon Sciences et Avenir) lié à des causes neurologiques –or la maladie d’Alzheimer est une maladie neurdégénérative. L’une des explications, notamment, est la dégradation du «gyrus fusiforme», une partie du cortex qui permet d’identifier les visages.

Le cas est bien sûr différent pour Monsieur B. puisque c’est son reflet qu’il n’arrive pas à rattacher à quelque chose de familier. Mais fort heureusement pour ce patient, les médicaments habituellement utilisés pour traiter ce syndrome et plus généralement pour les malades d’Alzheimer ont fonctionné: après la prise d’antidépresseurs et d’antipsychotiques, Monsieur B. a cessé de prendre son repas dans la salle de bains. L’étranger était parti, tout simplement.

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