Votes de crise, par François Hollande
Les leçons des élections en Allemagne et au Portugal.
- Dans un centre de vote à Berlin, REUTERS/Christian Charisius -
Dimanche, c'était jour d'élections dans deux pays d'Europe.
En Allemagne, les citoyens étaient appelés à se prononcer sur le prolongement du mandat de Madame Merkel et sur la suite à donner à sa coalition avec le SPD.
La Chancelière triomphe mais avec l'un des plus faibles scores réalisés par la CDU depuis la guerre (33% des voix).
Le SPD s'effondre plus encore. Et c'est le parti libéral qui rafle la mise et devient le nouveau partenaire d'une majorité tournée davantage à droite.
Au Portugal, l'enjeu était de reconduire ou pas le Premier ministre socialiste José Socrates. Celui-ci sort gagnant du scrutin, mais perd sa majorité absolue au Parlement. La droite, divisée, est au plus bas, et la gauche de la gauche sur deux listes différentes, au plus haut (20%).
Quelles leçons tirer de ces deux consultations, un an après le déclenchement de la crise?
1. Les partis au pouvoir fléchissent, mais ne rompent pas. Leur érosion témoigne du mécontentement de l'électorat, leur solidité de sa crainte de tout changement. L'ordre et la stabilité deviennent des valeurs refuges.
2. Les petits partis prospèrent, où qu'ils se situent, plus à droite ou plus à gauche. Ils véhiculent la protestation et ne s'embarrassent pas du poids encombrant du réalisme. La crise les nourrit, mais pas suffisamment pour les rendre incontournables.
3. L'idéologie paraît secondaire. Centre droit et centre gauche sont regardés comme l'avers et le revers de la même pièce. Ils subissent le même déclin, celui des forces de gouvernement, auxquels les peuples livrent leur destin mais sans enthousiasme ni plus guère de confiance.
4. La social démocratie n'est plus identifiée comme un modèle à l'échelle de l'Europe, mais considérée pays par pays dans sa version locale. Moderniste à Lisbonne, usée à Berlin. Elle s'en sort quand elle dispose d'un vrai leader, Socrates au Portugal. Elle glisse en Allemagne, faute de trouver un remplaçant sérieux à Gerhard Schröder.
5. La gauche de la gauche progresse, elle publie des communiqués de victoire, bombe le torse et fait la leçon à coups de menton. Mais elle ajoute la nuisance à l'impuissance quand elle prend pour cible le seul parti avec lequel elle pourrait un jour gouverner: celui des socialistes. Elle construit ses succès sur la défaite de son camp.
6. Les verts plafonnent à moins de 10%. Nulle poussée écolo outre-rhin, pas davantage dans la péninsule. Un mouvement s'installe néanmoins en Europe, mais sans la dynamique que confère une alliance stratégique.
Chacun trouvera ici les analogies qui lui conviendront, et évaluera ces résultats à l'aune de ses préjugés. Je préfère en rester au constat. C'est la clarté, la cohérence et la crédibilité qui permettent de construire une victoire. C'est en étant soi-même qu'une force de gouvernement peut avoir une chance d'y accéder ou d'y rester. A douter de soi, on finit par faire fuir ses électeurs, cette leçon vaut aussi pour la France à travers les élections partielles.
François Hollande
Image de Une: Dans un centre de vote à Berlin, REUTERS/Christian Charisius
Mis à jour le 28/09/2009 à 17h08










































Cela reste tout de même une belle victoire pour " Angie " Merkel ! La nouvelle coalition avec les libéraux du FDP sera, certes, assez difficile, mais le pays tout entier peut compter sur le sérieux et l'aura de la chancelière ... Bien des femmes politiques françaises - à gauche, surtout - pourraient s'inspirer de son exemple pour constituer une véritable alternative. Hélas, nous en sommes encore loin !
Les liberaux sont les pragmatiques de la gestion, pas des idéologues ce que Mr Hollande a bien noté. Les budgets vont rapidemnt retourner à équilibre en allemagne, c'est peut être de ces gens là dont nous aurions besoin en France au moins pendant quelques années histoire de faire le sale boulot.
Ce forum est un repaire de gauchistes soixantehuitards... déclarez aussi ouvertement vos sympathies libérales vous expose dangereusement. Je suis sur que vous êtes déjà dans leur collimateur...
Comparer l’échiquier politique de la France et celui de l’Allemagne est un exercice intéressant mais qui ne doit pas faire oublier les différences fondamentales entre les partis politiques de chaque pays.
Si le PS décidait d’appliquer en France les réformes que Gerhard Schröder a décidé en Allemagne, nous serions en pleine révolution : Augmentation de la durée de cotisation pour bénéficier de la retraite à taux plein, réforme du système de santé, modération salariale, augmentation de la durée du travail.
Bref, à Berlin le PS Français serait considéré comme la gauche du SPD.
Espérons que l’exemple allemand donne un jour le courage aux leaders socialistes de mettre en œuvre les réformes qu’ils savent indispensables. Ce qui passerait par un peu moins de démagogie et un peu plus d’éducation économique de leur électorat. Et surtout qui permettrait au PS français de sortir de sa schizophrénie qui le pousse à proposer dans l’opposition l’inverse de ce qu’il fait une fois élu (et de ce que ses leader pensent en privé). C’est cette schizophrénie qui a conduit le PS dans l’état de délabrement dans lequel il est aujourd’hui.